Rencontre avec Robi

Avec son univers en noir et blanc, et ses textes intimes et tranchants, Robi intrigue forcément. À trois semaines de la sortie de son premier album « L’hiver et la joie », Robi met son projet à nu et y dévoile la dualité qui parcourt cet album sur indiemusic. Rencontre.

Robi
crédit : Frank Loriou
  • Bonjour Robi, avec « L’hiver et la joie », ton premier album verra le jour début février. La première pierre dans l’entreprise de cet album, à quelle occasion a-t-elle été posée ?

Je ne me souviens pas précisément, la composition de l’album s’est faite dans la continuité du premier EP sorti en octobre 2012. Je ne conçois pas un album comme une entité en soi, mais comme la photographie d’un temps donné. Je n’arrête jamais de composer. Ça m’angoisse de me retourner.

  • Je trouve qu’il y a une sorte de contraste évident dans le titre même de ton album là où l’hiver symbolise pour moi la nuit, le froid voire le silence, à l’inverse, si l’on veut, de la joie. Ton album manifeste-t-il à travers les sujets abordés cette envie de développer un univers tout en nuances ?

Effectivement, ce titre traduit le rapport que j’entretiens avec la vie, au-delà même de l’album. À savoir une conscience aigüe que tout contient son contraire, avec toutes les variations chromatiques d’un extrême à l’autre. L’hiver, pour moi qui ai grandi dans le pôle inverse, est à la fois un fantasme et une peur. L’hiver contient mes excès, il me maintient en alerte. Certains moments de bonheur sont parfois aussi angoissants que d’autres, terribles, peuvent être rassurants, donner du sens… et en cela être une joie.

  • Y’a-t-il des périodes dans ta journée qui se trouvent plus propices à l’écriture d’une chanson ?

Il n’y a pas d’heure ni d’endroit plus approprié qu’un autre, mais ce sont toujours des moments en mouvement. J’ai besoin de me mettre physiquement en branle pour composer, de me mettre au tempo de mon émotion. Car c’est toujours l’émotion le moteur chez moi. Et l’émotion n’est jamais limpide, claire. Chez moi, en tous cas, elle est souvent complexe…  voir contradictoire. Le rythme, le balancier de la marche m’aide à mettre tout cela en ordre ; à mettre une note, un mot après l’autre.

  • En découvrant le clip de « On ne meurt plus d’amour », je me suis dit que le graphisme était quelque chose de finalement très lié à ton univers musical. Est-ce véritablement le cas ou considères-tu que chaque élément peut évoluer indépendamment.

Il l’est devenu oui. Dans le refus que j’avais de voir mon projet « marketé » par d’autres, je me suis rendue compte que j’avais besoin d’aller jusqu’au bout de moi-même à travers un univers visuel dont je serais maître et garante. C’est une façon de me respecter. Et puis de la contrainte est né ce plaisir fou de l’image. Je n’aurais jamais soupçonné à quel point ce peut-être jouissif.

  • La pochette de ton album est en noir et blanc, ton premier clip l’est également. D’autres couleurs sont-elles les bienvenues dans l’univers de Robi ?

Le noir et le blanc contiennent toutes les couleurs, en positif et en négatif. Et ils offrent déjà à eux deux une palette de nuance folle. C’est encore une histoire de double, de miroir, d’extrêmes.

  • A l’écoute de ton album, on ressent un certain attrait pour le minimalisme, et également une envie de défendre un projet plus atypique, hors cadre.

Le minimalisme est une démarche qui m’intéresse en tout et tout le temps. La première formule scénique était très minimale, j’étais accompagnée par Jeff Hallam avec seulement la voix, sa basse électrique et des loops. Puis le duo s’est enrichi d’un clavier-guitare-percussions, ce qui permet de conserver un vrai minimalisme tout en ouvrant beaucoup de possibilités d’arrangements. Et, si je défend ce postulat de minimalisme, en concert nous faisons finalement autant l’expérience du vide que du trop-plein…

Robi - L'hiver et la joie

  • J’ai cru comprendre en discutant avec Frank Loriou, qui a réalisé la pochette de ton album, qu’un label, « Les Disques de Joie », avait été spécialement créé pour la réalisation et la distribution de cet album. Comment avec Frank vous êtes-vous mis ce projet un peu fou en tête ? L’autoproduction était-il une exigence de ta part et pourquoi avoir fait ce choix au combien défendable ?

Nous avions envie d’être libres artistiquement. Nous croyons sincèrement et fermement aux aventures de passion et de patience. Et à l’indépendance. Pour l’instant , tout nous laisse penser que nous avons eu raison. C’est évidemment beaucoup de travail, d’énergie, de temps, et c’est un risque financier important, bien sûr. Mais c’est le prix de la liberté. Frank s’est énormément investi dans le projet, c’est lui qui a la vision sur le long terme, l’énergie, l’intelligence et la persévérance.

  • Je vais revenir à la fameuse pochette de ton album révélée il y a quelques jours. Comment la mets-tu en lien avec le titre de ton album ou avec l’un des titres de ton album ?

À mon sens, cette pochette contient l’ambigüité du mouvement qu’elle évoque. Est-ce quelqu’un qui plonge ? Est-ce quelqu’un qui, au contraire, émerge ? Il y a un mouvement dont on ne saurait dire s’il est d’espoir ou de désespoir…ça me ressemble assez. C’est Frank justement qui est avant tout photographe, qui a fait cette photo, ainsi que le graphisme. J’en suis très fière.

  • Y a-t-il des titres un ou deux titres que tu affectionnes plus particulièrement sur cet album et pourquoi ?

Non, je n’ai pas assez de recul pour en préférer un plutôt qu’un autre. Ce n’est pas ma place. C’est aux autres qu’appartient le droit et la possibilité d’en juger à travers leur prisme. Moi je les aime tous. Celles que j’aimais moins n’ont même pas été enregistrées.

  • L’hiver et la joie sortira le 4 février prochain, y’aura-t-il des dates de concerts prévues qui te donneront à toi et à Jeff l’occasion de présenter cet album à ton public ?

Jeff et Boris ne joueront pas sur la tournée à venir, qui nécessite une trop grande disponibilité par rapport à leurs agendas surchargés (rire). Ils ont été remplacés par Bertrand Flamain et Valentin Durup, tous deux très talentueux également. Nous venons de terminer une résidence au Centre Culturel Paul Bailliart à Massy, et mon tourneur, Yapucca Productions, est en train de monter la tournée 2013. Vous pouvez d’ores et déjà réserver votre soirée du 25 mars, pour venir nous écouter à La Boule Noire.

  • Dernière question pour ma part, sachant que tu as un tatouage – qu’on peut également apercevoir sur la pochette de ton disque -, si ton album devait se matérialiser par un emblème tatoué, sur quoi ton choix se porterait-il ?

Ce n’est pas évident comme question … peut-être une image en miroir, comme dans le clip de « On ne meurt plus d’amour » ? Tout traite de dualité dans cet album.

  • Merci beaucoup Robi.

Un grand merci (bis) à Loïc Suty d’Ivox.

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