Raphaël Herrerias berce la Dame de Canton

On a d’abord marché dans les rues parisiennes, sous une pluie fine. On est aussi monté voir les toits de Paris, la nuit. On est allé à La Dame de Canton après. Les week-ends sont parfois vides d’excitations, mais riches de simples joies. Les concerts font parfois partie de ses routines. Et revenir à La Dame, c’est comme revenir à la mère. En son sein, c’est se faire bercer par les vagues qui reviennent taper sur les quais. On était passé dire « Bonjour » et on est finalement resté écouter.

Raphael Herrerias
crédit : Fred Lombard

Parfois, on vient en pensant que la musique qui saura retenir notre attention ne se fera entendre qu’en deuxième partie de soirée. Souvent, on se trompe et alors on découvre des petits bijoux, sans grand artifice, mais tellement simple et précieux. Tellement peu attendus qu’ils en deviennent sûrement plus grands de sens. Raphaël Herrerias a été cette surprise. Et puisqu’on ne l’attendait pas au tournant, il a pu dévaler la pente sans obstacle.

Sur scène, ils sont deux, même si on sait que c’est lui qui mène la barque. Ils sont deux et c’est à la guitare qu’ils s’accrochent, comme un navire s’accroche à la vision des sémaphores. Dans le jeu des cordes, il y a cette nécessité de toujours rester éveillé, de ne pas sombrer dans l’oubli et l’ennui. Alors c’est quelque chose de tendu qui est offert. Tendu, mais pas dangereux. Tendu et tellement mis en abîme. Sur le devant de la scène, ce sont les mots de Raphaël qui sont exposés. Ils sont justes et pour cela parfois tout risque de s’écrouler. Parce qu’à coup de sincérité, l’écriture se veut parfois bancale, prenant les chemins des combinaisons littéraires trop faciles. Mais l’homme est excusé, puisqu’il sait aussi si bien mêler les mots et l’océan. Les mots et l’amour. Car il est ici toujours question de cela. Dans toute sa déclinaison de l’éternel au maudit.  « Le Phare » et puis, plus loin, « L’amour aventure ». Une corde qui casse. Deux reprises anglaises, Radiohead et Bob Dylan. Le tour est joué. Cette première partie a enveloppé le public de sa voix empruntée et imposante. Le pari est réussi et à présent on a envie de suivre de plus près ces deux garçons.

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Juliette Durand

étudiante en cinéma, arpenteuse des scènes parisiennes et passionnée des musiques qui prennent aux tripes