[Live] Rank et Fontaines D.C. au Sonic de Lyon

Affiche singulière au Sonic en ce début février, puisque la date affiche complet depuis dix jours mais que la première partie semble avoir ramené au moins autant de monde que la tête d’affiche, mais pas exactement le même public. Les local heroes de Rank partageaient ainsi la scène des comètes irlandaises du moment, Fontaines D.C.

crédit : Molly Keane

Honneur aux Lyonnais, puisque Rank, groupe existant depuis une bonne dizaine d’années et comptant trois albums à son actif, ouvrait donc le bal ce samedi-là. C’est toujours un peu particulier de se dire qu’un groupe de quadras joue en première partie d’une formation de petits jeunes qui n’ont même pas sorti d’album ou d’EP, mais dès que le chanteur-bassiste (un combo garant de charisme) Sayba entame le concert, on oublie ce type de pensées et on embarque pour un bon moment post-punk pétri d’influences bien reconnaissables (Joy Division, Interpol…). Le début du concert, sur « Stained », un extrait du dernier album en date intitulé « Fake Memories », n’est pas encore tout à fait au point.

La basse et la batterie se détachent nettement, ce qui n’est pas pour nous déplaire, mais on mettra plusieurs morceaux à réellement entendre la contribution du claviériste dans l’ensemble du groupe. Peu importe, après ce tour de chauffe, le groupe démontre son habileté à distiller des lignes de basse très efficaces, des plans de guitares ciselés, et le batteur presque à lui seul un show complètement différent, montant plusieurs fois sur son tabouret pour haranguer la foule – manquant de se vautrer sur ses toms, au passage – ou effectuant un strip-tease visiblement attendu par quelques fans vers la fin du concert. Nous terminons cette mise en bouche locale en nage, pas d’avoir sauté partout – même si le concert était de si bonne facture qu’un ami que nous ne nommerons pas pensait avoir vu la tête d’affiche – mais parce que le Sonic s’est changé en sauna sous l’effet de la foule nombreuse et compressée. Des retrouvailles sympathiques avec un groupe que nous avions un peu perdu de vue.

Le public des premiers rangs, jusqu’alors essentiellement peuplé de trentenaires et de quadras tranquilles, se mute soudain en une foule dense et excitée, plus jeune, mais aussi plus mixte et plus alcoolisée. Le nouveau phénomène punk du moment, vanté par leurs pairs britanniques Shame ou IDLES, va monter sur scène. En titubant, puisqu’au moins la moitié des membres des Irlandais de Fontaines D.C. semble un peu trop avinée pour fonctionner à plein régime. Le chanteur, un étonnant croisement entre un frère Gallagher des débuts et le Damon Albarn de 1994 (plutôt séduisant donc), est sur une autre planète. Il se cramponne à son pied de micro, pétri de tics et tirant une tête qui n’augure pas forcément grand-chose de bon. Mais c’est le bassiste, qui, osons-le, ressemble à ce moment-là à un déchet, nous préoccupe le plus. Il renverse son verre de rouge dans la foule en essayant d’accéder à la scène, parfumant ainsi les premiers rangs pour tout le concert, tachant copieusement son t-shirt pourtant déjà d’une propreté douteuse, et grommelle en arrivant finalement sur l’estrade. Quel spectacle étrange de voir une foule aussi compacte et enthousiaste pour un groupe qui n’a sorti qu’une poignée de deux titres et qui se présente sur scène ivres morts sans avoir la notoriété ou la carrière pour excuser ou justifier une telle prise de risque !?

Néanmoins, dès le début du concert, le groupe éteint tout doute à ce sujet. « Big », leur dernier single, déchaîne un public qui semble en connaître déjà les paroles par cœur – là encore, phénomène fascinant, on se sent presque vieux en voyant cela. Le chanteur semble habité dès qu’il a le micro, et se retrouve agité de tics dès qu’il ne chante plus. Les musiciens envoient sacrément bien un post-punk géométrique, presque intello, tendant Television, Gun Club ou Gang of Four. La setlist est à moitié constituée d’inédits dont les titres ne sont pas aisés à deviner car raccourcis sur le papier qui nous servira de témoin (tel un « Sha x3 » ou un « Roy’s » mystérieux), mais les meilleurs moments du concert arrivent après le tube « Too Real », très efficace. Le tandem « Hurricane Laughter » et son mantra « there is no connection available » ainsi que « Boys in the Better Land » démontrent la capacité d’un groupe aussi jeune à écrire de vraies bonnes chansons à la fois complexes et fédératrices, avec une plume littéraire et incisive. C’est d’ailleurs sur la première que le concert perd un peu les pédales, l’ivresse (du groupe ou du public) prenant le pas et nous entraînant dans un tourbillon de pogos chaotiques, de chants hypnotiques (pas vraiment besoin de connaître les paroles pour en assimiler les rudiments rapidement), et d’énergie sauvage. Jouant en fin de set leur tout premier morceau « Liberty Belle », le groupe conclut sur une ballade irlandaise, probablement des Pogues (ou alors un pastiche), et visiblement intitulée « Dublin City » (le fameux D.C. de leur nom), comme pour réaffirmer s’il était besoin avec un tel accent leur fierté de ne pas être anglais.


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