Il y a un mois, à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Philippe Prohom s’était livré sur son art, dans les pages d’indiemusic. Posé sur les banquettes du Train Bleu, l’homme avait parlé « De ne jamais se faire violence, même dans la promo, dans tout le temps que je prends. Ne pas s’inquiéter, essayer de s’éloigner des peurs et des angoisses qu’on peut avoir autour d’un projet, et surtout se dire « ce n’est pas ma vie ». Son concert n’est donc pas l’histoire d’une vie, mais l’histoire d’un soir. D’un sacré soir.

Un concert est le fait d’un artiste, de musiciens, de techniciens. Il est aussi question d’une salle, qui parfois mérite une attention particulière. Prohom s’est installé pour ses deux dates parisiennes à La Boule Noire. Et l’obscurité qui ambiance ce lieu est forcément à souligner. La salle n’est pas aimée de tous. Je l’ai aimée. Tout en longueur, elle se donne de faux airs de saloon enfumé. Atmosphère tamisée et feutrée. Le lieu est particulier et donne forcément une résonance singulière, à celui qui saura l’apprivoiser.
Sur scène, Prohom dompte le rock. Alors, il n’est plus seulement question de bière et de blousons noirs. De codes et de modes. Le rock se vit en énergie et en conviction. Le rock se vit dans son être. Le rock en est devenu plus intègre, plus perçant dans la bouche de l’homme. Et sous ses touches électro, il en devient fascinant. D’ailleurs, ce qui submerge en premier, lors du concert, c’est la puissance de la musique. Voir avec quelle force elle se déploie et ricoche sur les murs et dans nos âmes. Il y a là, quelque chose de surhumain. Le son est un géant qui nous recouvre. Ils sont trois à entourer Prohom. Une batterie. Une guitare. Des machines. Le tout est superbement maîtrisé. La finesse dans la puissance. Épuré dans le chaos. Et malgré ça, tout est plus normal. Dans la peau de Philippe Prohom, la musique s’habille de naturel et de sincérité. Entre les morceaux, il est alors question d’anecdotes, d’humour et forcément de promo. La musique est un métier. Un concert est un travail. Et l’artiste lyonnais sûrement un grand charpentier de la langue française.
Prohom a l’art de mener les mots là où ils seront les plus efficaces. Ses textes sont clairs et francs. Cette précision verbale se retrouve sur scène. Prohom chante comme certains poseraient un flow. Il est alors question de rythme, de mots hachés avec sens, d’un bras imposant qui mène la cadence. Le texte est en lui même physique, incarné et incarnant une réalité. Une réalité alarmante. La voix est profonde et incisive, sans pour autant en être dangereuse et violente. Le cheminement de la performance suit celui de l’album. Le concert commence par un très pessimiste « Comment lutter », quand une heure plus tard il s’achèvera sur l’éclairement d’« Un monde pour soi ». Comme est le disque, la prestation est un apprentissage des humeurs, des vérités et du monde. Cependant, Prohom ne s’attache pas seulement à ce qui est de plus neuf, de plus actuel. L’homme choisit de partir à la quête de son répertoire et renaît « Ça oublie d’aimer », titre du premier album de l’artiste. Les mots ne vieillissent pas. Les phrases résonnent toujours plus.

Un concert de Prohom est fabuleux de paradoxes, de confrontations, de rencontres. Quand rock et électro s’apprivoisent, là où les mots et l’homme s’unissent. Oui, il est question de communion. Le plaisir de l’artiste et celui de la foule, ne font qu’un.



















