[Live] Le Printemps de Bourges 2015 – mardi 28 avril

Avant-dernière journée dynamique et cosmopolite pour le festival, qui nous fait regretter que tout s’arrête demain soir tout en offrant de beaux moments d’apothéose.

Last Train par Fred Lombard (1)

Il n’y a pas à dire : cette édition du Printemps de Bourges cuvée 2015 restera dans les annales, notamment grâce aux nombreux et divers iNOUïS qui nous ont été offerts. Et souvent en basculant d’un genre à un autre sans crier gare. Pour preuve, le folk de By The Fall, subtil et pénétrant, délivre chaque spectateur du poids de la fatigue accumulée au fil des jours, en berçant ses mélodies sensibles et versatiles (tout n’est que surprise et admiration) de boucles électro discrètes mais profondément essentielles.

By The Fall par Fred Lombard

La voix se pose doucement sur ces sols humides après une averse d’été, quand on savoure la sensation aqueuse sous nos pieds nus. Une prestation magnifique, magique même, qui nous introduit à la perfection aux moments plus électriques qui s’annoncent.

Plus pop et lisse, la musique des Havrais d’Aloha Orchestra, sans révolutionner le genre et avec une monotonie trop répétitive, se laisse écouter et regarder avec curiosité, bien que l’ensemble manque de panache et que les éclairages, trop diffus, aient desservi l’interprétation globale.

Aloha Orchestra par Fred Lombard

Il faut espérer que le groupe trouve d’autres sentiers live à explorer pour oser révéler le potentiel énorme que l’on soupçonne chez eux. Wait and see…

La révélation de cette surprenante journée viendra sans conteste du concert des Français de Last Train. Et le mot est faible. Le quatuor originaire de Mulhouse est incontrôlable, alternant rock lourd et furieux et moments de grâce venant d’une autre dimension, comme nous emportant au milieu d’un espace où les météorites rock s’entrechoquent et se fracassent pour émettre les sons graves et sulfureux d’un monde inconnu et hypnotique.

Last Train par Fred Lombard (2)

Le groupe s’éclate et nous laisse épuisés mais heureux ; l’expérience, plus qu’excitante, est essentielle, ornée d’éclats de lumière noire destructeurs et ravageurs. En plus de se révéler humainement chaleureux et sympathiques, les quatre cavaliers forment une entité à découvrir de toute urgence pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore et, pour l’auteur de ces lignes, le meilleur moment du festival, tous genres confondus.

Retour au calme avec les Suisses de Puts Marie, qui nous offrent rien de moins qu’un blues rock sous haute tension, entre influences américaines et puissance d’évocation harmonique toute en intensité. On se laisse prendre au jeu en admirant ces mélodies de guitares saturées et d’orgue accompagnant une voix tout en souffrance et confidence.

Puts Marie par Fred Lombard

Les chansons sont à la fois tendres et noires, comme un film des années 50 égaré pendant des années mais dont on viendrait de retrouver les bandes. Granuleuse et lumineuse, la musique de Puts Marie est essentielle et plus qu’originale, apportant les bleus à l’âme qui manquaient depuis le début des festivités.

Changement de décor radical et direction la rue Théophile Lamy pour un concert en appartement, Rock In Loft, ouvert avec maestria par The Plans. Le set est d’une sincérité qui force le respect, alternant moments d’énergie rock purs et influences synthétiques toujours au service de chansons imparables et dynamiques.

The Plans par Fred Lombard

L’ambiance intimiste du lieu offre une vision personnelle et encore plus marquante de la performance du trio, que l’on espère, à l’aube de la sortie de leur nouvel EP, voir très rapidement sur de plus grandes scènes.

Le temps du changement de plateau, Jagas nous offre un moment éprouvant et magnifique de chanson française dans une interprétation sur le fil, fragile et tendue, mais qui pénètre le cœur et le fait suinter d’émotion pure.

Jagas par Fred Lombard

On attend de voir un véritable concert de ce musicien qui a décidé, à juste titre, d’évoluer hors des sentiers battus.

Kursed reprend les affaires en main et délivre avec sagacité et précision un rock qui devient un véritable bain de jouvence comme il nous a rarement été donné d’entendre.

Kursed par Fred Lombard

Le groupe fonctionne à la perfection, s’écoute de manière concise et transmet une volonté communicative de sauter en l’air et de se déhancher, entre sensualité et rythmes blues rock qui enlacent et ne nous lâchent plus. Un beau moment personnel et confidentiel, à la dimension précieuse et mémorable.

Mais on est loin de se douter du phénomène non identifié qui s’apprête à poser sa lumière aveuglante et chaude sur nous. Jeanne Added s’invite à la danse, crête blanche en avant et idées aussi longues que ses mèches, puis prend tous les risques au fil de son électro-rock à classer parmi les produits dangereux, car totalement immersifs.

Jeanne Added par Fred Lombard

La dame danse, donne de la voix avec une pureté aussi inouïe que sa musique elle-même déroute et noie les repères sous une incroyable vague tranquille dévastant tout sur son passage. On l’attendait sans trop savoir ; on en ressort sous le charme, en cherchant où l’on est, tant l’expérience est riche autant que déstabilisante. Un énorme coup de cœur et un succès largement mérité, surtout par les temps qui courent. Exemplaire à tous niveaux.

Vous prendrez bien quelques racines rock et blues pour digérer et vous sentir mieux ? C’est ce que vous propose The Wanton Bishops, à grands coups d’harmonica et de riffs perdus entre le bayou et la ville qui ne dort jamais.

The Wanton Bishops par Fred Lombard

La musique nous défrise, nous fait oublier tous nos soucis et tracas du quotidien pour nous entraîner dans une danse folle, stetsons sur le crâne et santiags aux pieds. Un plaisir immédiat et direct, qui nous fait instantanément oublier le froid qui couve dehors.

Imaginez maintenant un mélange improbable de noisy, de ragga et de rock’n’roll à l’ancienne ; vous aurez ainsi une idée précise du set de Zun Zun Egui. Les guitares déchirent les tympans dans une cavalcade sur un cheval cabré d’ores et déjà incontrôlable ; les rythmes s’étirent avant d’accélérer sans crier gare ; la folie gagne le quintet jusqu’à l’apothéose.

Zun Zun Egui par Fred Lombard

Une sorte de rock progressif sous ecstasy, mais dont les effets secondaires sont aussi ravageurs que bienfaisants. Aucune pause ni fuite possible : l’effet est instantané et difficile à contrer. Même les amplis transpirent devant un tel assaut fracassant et lancé à pleine vitesse ; c’est dire !

On se retrouve ensuite pris dans une valse nous conduisant tout droit dans les déserts arides des états de l’Ouest américain. Une ville abandonnée s’ouvre devant nous, avec pour seul centre d’activité apparente un bar dans lequel on entre pour découvrir que celui-ci est en fait un cabaret où tous les plaisirs interdits se chevauchent et engendrent le désir.

The Growlers par Fred Lombard

Maîtres de cérémonie de cet univers à part, mariant à la perfection le country rock avec un sens certain du burlesque (sous sa forme la plus noble), The Growlers nous aide à étancher notre soif insatiable d’ébats ininterrompus et suaves. Alors que naît dans notre ventre la déliquescence du corps pour ne satisfaire que l’âme, virevoltante et délurée.

S’il vous reste un peu de potentiel auditif dans les cages à miel, n’hésitez pas une seconde à aller voir et écouter The Bohicas. Là encore, on pourrait penser qu’il ne s’agit que d’un énième groupe de blues rock, mais les apparences sont trompeuses.

The Bohicas par Fred Lombard

Le quatuor montre une joie écervelée et sans borne à fouler les planches avant de les enflammer à grands coups de manches et de basses ronronnantes, le tout porté par une batterie tout sauf mécanique. De la violence contrôlée qui fait battre du pied et remuer la tête. Dans une intonation à la fois douce et agressive, le trio de tête avance toutes dents dehors pour mordre et laisser des cicatrices indélébiles. Qu’il est bon d’avoir mal, des fois…

Comme si ce n’était pas assez (eh oui, une journée aussi intense qu’émotionnellement éprouvante), l’assaut final sera rock’n’roll ou ne sera pas. Peignant des riffs heavy sur ses toiles déjà grises et profondes, les Californiens de Rival Sons distillent leur venin peu à peu dans nos veines avant qu’il ne monte au cerveau et annihile toute résistance.

Rival Sons par Fred Lombard

Limpide et terrifiante de force mélodique, leur musique pénètre sous la peau, s’y glisse et s’insinue de manière vicieuse avant de laisser nos corps imploser, pris d’une chaleur et d’une envie de bouger qu’on ne peut repousser. Les cris se mêlent à une voix étrange, tantôt brisée et tantôt chaude, au milieu des meilleures attaques auditives de la soirée ; ce qui n’était pourtant pas chose facile. On nous avait dit beaucoup de bien de Rival Sons ; autant avouer que tous les avis étaient encore loin de l’évidence d’avoir ici affaire à un quintet plus qu’enthousiasmant. Essentiel.

Les semelles en feu, pansant les plaies et bleus de la lutte rock à laquelle nous sommes heureux d’avoir participé, nous nous dirigeons, lentement mais inexorablement, vers l’achèvement du festival demain. Et on doit avouer que le spleen et le blues guettent déjà, et que cette journée nous a fait, pendant quelques instants, oublié que la fin était malheureusement proche…


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