[Live] Le Printemps de Bourges 2015 – lundi 27 avril

À l’instar du climat, la programmation de ce début de semaine a amené un changement radical dans les concerts proposés et offert un nombre élevé de coups de cœur immédiats.

Fuzeta par Fred Lombard

On ne le dira jamais assez : sur cette 39e édition du festival, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Chaque nouvelle aube laisse miroiter de nouveaux talents bien cachés dans les heures qui précédaient leur révélation, comme c’est le cas pour Martin Mey, qui a la lourde tâche d’ouvrir le bal des iNOUïS du jour. Et il relève le défi haut la main, jouant immédiatement dans la cour des grands.

Martin Mey par Fred Lombard

Évoluant dans une pop oscillant continuellement entre ombre et lumière, sa musique devient, au fil de chansons s’écoulant comme la plus tourmentée des rivières, un battement de cœur accompagné d’une prestance scénique remarquable et prenante. Remportant l’unanimité et une victoire par K.O., le jeune artiste, en plus d’être généreux et disponible, mérite largement tout le bien que l’on pense de lui et donne tout simplement envie de l’accompagner autant que possible dans ses futures aventures.

Plus sage mais tout aussi intéressant, Peter Pitches nous offre une pop mâtinée d’éléments atmosphériques sur lesquels des guitares hypnotiques viennent orner des structures où rien n’est laissé au hasard.

Peter Pitches par Fred Lombard

Mélangeant les genres dans un véritable souci d’homogénéité, le groupe atteint ses objectifs avec un grand sens de l’arrangement et de l’interprétation. Tout au plus pourra-t-on regretter un set parfois trop statique, mais qui laisse augurer du meilleur dans les années à venir.

La déflagration électro et punk de la journée nous sera livrée par Milan, dans un tumulte orageux et gris qui pourra rebuter les cœurs les plus sensibles. Tout est ici question d’immédiateté et d’urgence, les litanies proches de la transe se mêlant aux sons mécaniques et froids d’instrumentaux aussi lourds qu’intelligents.

Milan par Fred Lombard

On s’éloigne, grâce au duo, des resucées du rock extrême des années 90 que certains ont trop tendance à parodier, pour mieux s’enfoncer dans la boue saumâtre des déflagrations sonores qui nous percent les tympans et nous laissent hagards. Une expérience intrigante et inédite.

Moins tourmenté mais tout aussi addictif, le pop-rock de Rouge Congo est parfaitement bien huilé et se laisse apprécier à sa juste valeur. Mis en avant et perfectionné par une performance sans faille du groupe, le style est immédiat, enrichi d’arrangements délicats et étonnants. La communication des membres entre eux, mais également avec leur public demeure un exemple de respect et d’écoute, qui permettra à beaucoup de débutants de trouver le chemin à suivre pour véritablement exister.

Rouge Congo par Fred Lombard

Certains leur reprocheront un manque d’originalité ; il convient cependant de ne pas omettre la qualité inébranlable des compositions et un sens impeccable de la création, qui achèvent de mettre en avant les dons innés de cette entité à guetter précieusement au fil du temps.

Après la lueur vient la noirceur, celle de l’encre imprimée et suintante des pages rock écrites avec précision par Bantam Lyons. Là où d’autres auraient préféré une énergie débridée, le groupe prend le temps de poser des ambiances entre la pénombre et l’éclat, marchant d’un pas lent mais assuré sur des routes poussiéreuses et mystérieuses.

Bantam Lyons par Fred Lombard

Le fardeau est lourd à porter dans ce quotidien troublant et funeste que l’on voit se déliter sous nos yeux, mais des rayons émergent de tels nuages bientôt incandescents et hypnotiques. Une révélation qui confirme la fascination que l’on éprouvait déjà pour le projet.

Et de fascination, il en est également question quand il s’agit d’aborder le cas des Montréalais de Groenland. Même si celle-ci est d’un tout autre niveau. Leur pop superbe et iridescente, joyeuse et parfois mélancolique, laisse paraître un ensemble musical entre intimité et besoin vital d’exulter et de partager.

Groenland par Fred Lombard

Personne ne pourra le nier : leur passion est communicative. On conservera tout au long de la prestation un grand sourire aux lèvres, un bonheur d’être là et de fusionner avec les joies et aurores boréales du collectif. De telles révélations, on en veut tous les jours !

Changement d’environnement : nous voilà en plein air pour accueillir Fuzeta sur la scène Printemps des Régions. Défi de taille : transformer l’essai marqué grâce à la musique du quatuor et à sa gentillesse sans nulle autre pareille. Et autant le dire tout de suite : on est heureux de les porter dans nos cœurs.

Fuzeta par Fred Lombard

Le set est admirable de précision et de chaleur, tout en offrant une dimension encore plus affective de chansons déjà merveilleuses d’intelligence et d’émotion. Un moment rare et précieux qui est passé beaucoup trop vite, tant on reste suspendu aux lèvres de ces musiciens décidément à part. Alors, oui, on continue l’aventure avec eux, et plutôt deux fois qu’une !

Qu’attendre d’un groupe que les fans rencontrés dans le public qualifient de « meilleur groupe français actuel » ? La pression d’une telle définition risque-t-elle de peser sur les frêles épaules des membres de Colours In The Street ? La réponse est non : le rock savant de l’entité les rapproche de dignes représentants du genre au niveau international.

Colours In The Street par Fred Lombard

La délicatesse des arrangements et de l’interprétation les font même côtoyer les plus grands : on pense notamment à Coldplay dans ses plus grandes heures, avec une touche supplémentaire de sensibilité qui enivre et fait chavirer. Le talent n’a pas d’âge, et Colours In The Street le confirme avec brio.

Âmes sensibles, s’abstenir : le final de cette journée déjà chargée est tout simplement dantesque. Une explosion sonore nous perce les tympans grâce à l’art incomparable d’I Am Un Chien !!. Collection d’uppercuts massifs entre metal et indus, les compositions du trio sont un mur du son que l’on franchit avant d’en conserver de sérieuses séquelles. Les samples frappent, les guitares tranchent, la voix fait vibrer les cloisons du cerveau et nous fait écarquiller les yeux, tant le spectacle total semble aussi surréaliste qu’impressionnant… et traumatisant.

I Am Un Chien par Fred Lombard

Les apparences ne trompent pas : personne ne sera épargné. Le public restera en complète fascination devant un show millimétré et libre, une éruption sensorielle hors du commun dont on ressort vidé mais avec la sensation décisive et radicale d’avoir assisté à l’apocalypse la plus remarquable qu’il nous ait été donné de contempler depuis des années. Faire ainsi partie du cataclysme n’a jamais été aussi génial et addictif.

Alors qu’il ne reste que deux jours avant que le festival ne ferme ses portes, l’excitation est à son comble et fait oublier la fatigue. On attend le jour d’après avec une impatience mêlée à un besoin vital de rôder toujours plus le long de scènes qui n’ont pas fini de révéler leurs secrets.


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