[Live] Portugal. The Man et Steaming Satellites au Bataclan

S’il fallait résumer en une expression l’esprit de 2017, « heureuse nostalgie » serait sans doute l’antithèse adéquate. Nostalgie de la seconde partie des 80’s, comme si en ces temps troublés nous cherchions du réconfort dans un passé plus candide. Une époque douce, prospère, enfantine. Une époque finalement idéalisée, voire utopique. Il n’y a qu’à prêter un œil à la pop culture actuelle : du dernier album d’Alex Cameron aux kids de « Stranger Things », nous cherchons plus que jamais à effectuer un retour en arrière. À défaut de vivre une seconde enfance, nous nous créons un idéal pop et parfois kitch. Derrière cette fameuse « culture populaire », nous cherchons juste à communier avec l’autre, à nous rapprocher les uns des autres par peur de la solitude et de la tristesse du « vrai » monde. Alors avec nos t-shirts de seconde main et nos baskets à scratch nous nous égosillons sur les refrains d’icône façon Gloria Gaynor. Les Lords de Portland sont la parfaite incarnation de cet esprit et en grands nostalgiques que nous sommes, d’une époque que nous n’avons pas connu, nous nous rendons au Bataclan les acclamer.

Portugal. The Man – crédit : Alice Tabernat

Guitares surf, clavier pop et mélodies roots : si de prime abord tout cela semble brouillon, il n’en est rien en live. Les Autrichiens de Steaming Satellites donnent corps à cette mosaïque qui, bientôt, ne forme plus qu’un seul et même objet. Tandis que Max Borchardt s’énerve sur son micro avec sa voix grave et bluesy, le concert verse tranquillement vers la mélancolie pailletée d’une fin de boum. Si le set est agréable, il n’est pas forcément marquant et pâtit peut-être d’un léger manque d’interaction avec le public.

La salle est plongée dans le noir, les spots bleus s’allument faiblement et les cinq Lords entrent en scène. Parka fermée et casquettes vissées sur la tête, John Gourley et ses comparses de Portugal. The Man entament les premières notes d’« Another Brick in the Wall » suivies par le superbe « Purple Yellow Red and Blue ». Le refrain est repris en chœur par une fosse euphorique à l’idée de retrouver les Américains quatre ans après leur dernier opus. La voix singulière du chanteur et les projections psychédéliques diffusées en fond de scène nous convient à un trip hypnotique oscillant entre tubes, à l’instar de « Modern Jesus » ou « Feel It Still », et longues boucles instrumentales.

Un esprit d’heureuse nostalgie émane de la formation, comme si les membres exprimaient involontairement des souvenirs d’enfance. Ces trentenaires nous apparaissent plus comme des enfants aux corps d’adultes, des « adulescents » dirait peut-être un journaliste peu scrupuleux. Ce retour en arrière est d’ailleurs clairement concrétisé par la superbe reprise de « Don’t Look Back in Anger », titre majeur des frères ennemis Gallagher. Le sol tremble, les cœurs se serrent et les voix crient. À défaut de beaucoup parler, Portugal. The Man communique en créant une certaine communion entre les spectateurs, comme si les rangs se resserraient. Les quelques blagues projetées font sourire, mais c’est surtout le rappel, composé de « Hip Hop Kids » et « Holy Roller », qui accompagne la foule au sommet de son enthousiasme et clôt en beauté ce concert.

Malgré des musiciens légèrement en retrait, Portugal. The Man a délivré une fois de plus un concert d’une indéniable et inégalable qualité, assaisonné d’un soupçon de nonchalance hipster.


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