[Live] Pierre Guitard et Menoncle Jason à La Cité des Congrès de Nantes

À Nantes, les Éclats Francophones mettent un coup de projecteur sur plusieurs artistes québecois. L’initiative est d’autant plus excellente qu’elle nous permet, par de belles découvertes, de constater la richesse de la scène canadienne francophone. En bons ambassadeurs en tournée européenne, Pierre Guitard et Menoncle Jason ont su nous accueillir et nous présenter des répertoires admirables, bien que très différents. 

Menoncle Jason – crédit : Fred Lombard

Au-devant de l’éternel trio guitare-basse-batterie, Pierre Guitard se présente, Fender Telecaster en bandoulière. La formule est connue, mais manifestement pas usée et une étincelle pop-rock jaillit des accords des musiciens. Le chanteur acadien dévoile, entre remerciements et anecdotes sur son périple européen, les titres en grande partie issus du LP « Tuer la bête jusqu’à dimanche » sorti en octobre 2018. L’interprétation de ces textes mélancoliques est particulièrement juste et attire encore davantage notre attention. La voix est douce, posée, mais pleine de la conviction de l’auteur qui délivre ses mots.

Fidèle au disque parfaitement produit, la prestation emprunte aux arrangements de la new wave. Les guitares usent de la reverb et peu de la distorsion pendant que la basse leste l’ensemble de ses notes rondes. Mais n’allez pas imaginer des musiciens stoïques en proie à des pensées sombres. Bien qu’il déclare que « les gens heureux l’énervent », Pierre Guitard est assez subtil et pour que le pop-rock ici servi soit incandescent et apporte une touche d’espoir.

Les interrogations de l’artiste tournent autour de la solitude, du désir et l’amour. Outre le caractère forcément exotique de ces chansons nées de l’autre côté de l’Atlantique, on est séduit par la douce lueur de ces chansons introspectives qui pourrait rapidement s’éteindre si elles n’étaient pas interprétées avec tant de grâce. Pierre Guitard nous rappelle à quel point la scène pop rock québécoise regorge d’artistes talentueux qui ont en commun la spontanéité et le génie mélodique. À nous de découvrir ce répertoire injustement inexploré et faire honneur à ces chansons inspirantes et inspirées.

Seul en scène sur « Flancher » et « La Flamme », Pierre Guitard remet au goût du jour la ballade intimiste. Il nous invite à vivre davantage nos émotions comme un appel à plus d’humanité avant que ses trois acolytes reviennent pour balancer un « Je t’aime » puissant. La guitare rythmique se fait alors abrasive tandis que les solos sont toujours clairs et habiles. « Mis à nu » qui représente parfaitement l’univers plein de doutes, mais aussi d’espoirs de Pierre Guitard clôt ce set qui aura été chaleureusement salué de bout en bout.

Ils ont beau être, pour cette deuxième partie, affublés de casquettes et lunettes de soleil et répondre à des pseudos dignes d’un western, on reconnaît sans mal les musiciens qui passent sans mal de la pop de Pierre Guitard à la country roots de Menoncle Jason.

C’est une véritable immersion dans le Nouveau-Brunswick à laquelle on a droit. On assiste au stand-up d’un véritable personnage : Stetson, lunettes fumées et une bière à portée de main. Les histoires qu’on a entendues dans le long format « Dans son prime » (décembre 2016) sont aussi savoureuses sur scène quand bien même on imagine qu’il serait encore plus appréciable de les écouter dans un bar bondé et bruyant de la Belle Province.

Les titres se suivent entrecoupés des explications de textes de l’artiste, ce qui s’avère fort utile au vu du vocabulaire difficile à saisir par le public français. On se délecte cependant de ces histoires de trafic (« Viande de moose ») ou de chasse à faire hurler les véganes (« Dear Deer »). La basse exécute ses gammes, la caisse claire est tout en roulements et la guitare lead est nerveuse. La voix du baryton de Menoncle Jason se pose avec nonchalance et l’on écouterait longtemps ce jeune gaillard barbu nous raconter ses parties de cartes et son goût prononcé pour la marie-jeanne. On pense alors à l’influence probable de Willie Nelson, icône country et fervent consommateur de weed, mais la présence de Johnny Cash semble encore plus forte à travers le ton toujours narquois utilisé par le barde originaire de Memramcook. En digne héritier de la outlaw country, il joue au mercenaire qui pose des trappes à ours sur sa yard et nous invite à la boucler : « Slack ton harias ! ». Dépaysement garanti, on vous dit !

Certains ne retiendront peut-être et non sans plaisir que les stéréotypes pittoresques de la prestation certes très imagée. Il faut pourtant considérer l’audace d’un artiste et d’une scène bien présents au Nouveau-Brunswick qui ne craint pas d’ignorer les modes quand ici la chanson française est mal acceptée et encore considérée comme désuète.

La soirée se termine dans l’enthousiasme et l’on salue les organisateurs des Éclats Francophones (La Cité des Congrès de Nantes, la Bouche d’Air – Salle Paul Fort) pour ce beau projet et la qualité de sa programmation. Nombreux sont les artistes qui habitent la Francophonie. Ils sont toujours charmants, fougueux et croiser leurs routes fait du bien.


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