[LP] PHÔS – À l’oblique

Retrouver Watine dans l’écrin si particulier de la poésie française est toujours une expérience hors du temps, une diction à la fois musicale et verbale dans laquelle on ne peut que totalement s’immerger. Mais avec « À l’oblique », sa voix trouve un écrin harmonique où les boucles instrumentales l’aident à franchir les limites d’un au-delà artistique insoupçonné et profondément émouvant.

crédit : VEL (Caroline Lysiak)

Une histoire qui nous est contée. Une série de chapitres, liés les uns aux autres par des nappes synthétiques introductives, des sons célestes, spatiaux, cosmiques. « À l’oblique » : le dessin d’un satellite, d’un vaisseau inconnu et dont la chute paraît inéluctable, sans pour autant qu’il s’éteigne. Une sonde stellaire parcourant les constellations, lentement, aux côtés du silence. Watine et Intratextures entremêlent leurs capacités respectives dans un ouvrage libre et complet, dont la troublante sensibilité se dessine ici ou là, sur des enveloppes mélodiques que le timbre de la première bouscule, interroge, interprète à sa façon. Le résultat fascine, ose et nous transperce le cœur.

La parole solitaire de Watine épouse les soirs de solitude, les tourments de l’âme méditative. L’ambition introductive du lent et duveteux « Un mouton et une rose » n’est pas, contre toute attente, le dénominateur commun d’une œuvre protéiforme ; bientôt rejointe par la véracité sensitive de « « Mensonges des sentiments », véritable déclaration d’intentions et, surtout, flamboiement des visages aléatoires d’une vie de plaisirs interdits et de jeux dangereux (« L’as est tombé sous la pancarte »), la tragédie épouse les guitares perpétuellement menaçantes, cris bouche bée de la déception et de la colère. « À l’oblique » voit ses racines se fragiliser, les éléments les imprégner, sauvagement (« L’horizon est restreint », « Le grain de peau »), ou les caresser pour mieux les amadouer (l’errance mystique de « Dans la brume », l’espoir créatif en complète renaissance de « Sur les crins des archets »). Affrontant les éléments, ne cédant jamais à la chute, l’opus s’illumine, nous éclaire et nous oriente dans le déchaînement de nos troubles psychiques et amoureux.

Monologue intérieur voué à devenir exemplaire et éternel, « À l’oblique » est la parole de ces impressions que l’on préfère taire, de ces exacerbations morales que l’on contient en soi, sans jamais les avouer. Le dessin idyllique d’une mélancolie qui, malgré ses atours de malédiction, nous oblige à nous relever, à affronter.

crédit : Nicolas Barrie

« À l’oblique » de PHÔS, disponible depuis le 9 novembre 2019 chez Catgang Music.


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