[Clip] Philémone – Fête grise

Prenant, comme point de départ, l’apprentissage de la dissimulation des sentiments lors de l’enfance et de l’adolescence, « Fête grise » de Philémone pose frontalement cette question essentielle : comment se réapproprier nos émotions pour vivre, pleinement, les relations que la vie nous offre ?

La mise en danger de soi-même est au cœur de « Fête grise ». Elle est tout d’abord liée à une forme éducative qui, dans le monde où nous vivons, refuse toute manifestation sensible. Il faut enfermer les passions, jouer le jeu du rationnel. De ce fait, les images d’archives que nous offre Philémone impactent encore plus la réception que nous en faisons : l’innocence, belle, tendre, a un goût amer si l’on observe, quelques secondes seulement ce qu’elle est devenue. Un constat s’adressant malheureusement, tout autant, à nous-mêmes. Il reste la danse, l’extase des corps et des gestes. Il reste cette « Fête grise », ce compromis cruel entre exaltation et retenue. Dès lors, même le plus charnel des slows est en péril. Même cette proximité, ce lâcher-prise, peut basculer à tout moment. Mais Philémone tient à profiter, toujours plus, de cette chance.

« La vie est une fête grise qui éteint mes sentiments / La pensée sous emprise, l’amour sous le ciment. » Les limites de la faculté d’adaptation d’un être hypersensible éclatent au grand jour sans que l’on s’y attende. Elles coulent le long des murs froids de « Fête grise », que le face-à-face avec la musicienne rend d’autant plus réels ; mais son regard, fort, affirmé, nous rassure. Et si, finalement, une issue était possible ? La lumière, au-delà de la gravité, apparaît. Tant pis pour les concessions ; il faut vivre, quoi qu’il en coûte. Et ouvrir les cloisons étroites que Philémone, debout et magnifique, fragilise par sa musique et sa parole. Remercions-la, intensément.


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