[LP] Parcels – Day/Night

Trois ans après la sortie de leur premier LP éponyme, Parcels a pris le temps nécessaire pour élaborer un double album, « Day/Night », en guise de second volet à leur discographie au format long. Entre la couleur et le noir et blanc, entre les instrumentaux lumineux et les ambiances sombres, entre le jour et la nuit, le groupe australien a choisi… de ne pas choisir.

En choisissant d’amorcer le voyage sur « LIGHT », Parcels offre une longue ouverture cinématographique à ce double disque de 19 titres. D’abord porté par les instruments à cordes qui lui confère une dimension grandiose, le titre voit se succéder les couches instrumentales et ce doux riff si caractéristique de la fièvre funk qui anime la musique des cinq australiens. Surgit finalement la voix de Jules Crommelin (chant, guitare), qui se dévoile comme un lever de soleil faisant briller ses rayons de plus en plus fort, avant de se trouver accompagnée par celles – en chœur – de ses partenaires.

À l’introduction lumineuse de la première partie répondra celle de son sequel, « SHADOW », au sein de laquelle l’empreinte cinématographique gagne en densité et profondeur.  Plusieurs fois, le nouvel opus s’apparente à la bande originale d’un film sans image (« Inthecity », « Icallthishome », « Nightwalk », « Inside »…), où interludes orchestraux et bribes d’enregistrements ambiants stimulent les sens et suffisent à susciter la construction mentale d’un univers filmique. Cet attrait pour l’image était déjà sensible sur le précédent opus, notamment à travers l’esthétique et le clip de « Withorwithout », dans lequel jouait Milla Jovovich.

Parcels nous fait ici voyager d’un paysage à un autre, d’une temporalité à une autre et parsème le trajet de respirations instrumentales. Les violons et instruments à cordes y jouent toujours un rôle notable, participant à une certaine grandiloquence souvent offerte par le 7e Art. Mais c’est certainement sur « Neverloved » que l’équilibre semble le plus parfait. C’est ici le piano et ses accords graves qui s’expriment d’emblée pour guider la trame générale du morceau. Sorte de poursuite dans laquelle on cherche à immerger l’auditeur, le titre fait montre d’une production extrêmement riche et soignée.

crédit : Remi Ferrante Hartman

De la pochette du premier album – où s’affichaient leurs jeunes visages prêts à s’envoler en tournée – le groupe n’a conservé que la thématique du voyage comme point commun à ce second volume. Plus sobre, l’artwork de « Day/Night » traduit aussi une certaine quête de maturité, de calme et de sérénité.

Pour donner vie à ce nouveau projet, le groupe a justement décidé de se servir de la période de pandémie pour opérer un retour aux sources, au sens le plus primaire du terme, en renouant avec la côte Est australienne. Après des années remplies de prestations live autour du monde qui les ont fait passer d’un EP confidentiel à un premier LP très promu, de première partie à tête d’affiche, au milieu d’une collaboration avec Daft Punk et de nombreuses promos sur les plateaux TV européens, les cinq amis semblent s’être mis en quête d’immobilité et de silence.

C’est là-bas, sur leur terre natale – eux qui sont venus s’installer à Berlin – que le processus de création a débuté, « dans cet endroit où l’on se sentait connecté à la nature et où l’on réalisait à quel point l’Australie nous avait manqué, la beauté de la terre, le fait d’être connecté à elle… », comme le confie Pat Hetherington (claviers, chœurs, guitare).

Mais c’est bien en Europe, et plus précisément dans les studios de La Frette-sur-Seine, proche de Paris, que l’album s’est terminé et a trouvé sa forme finale.

Paru au début de l’été, « Free » – premier extrait pop sans grandes fioritures – exprimait d’ailleurs cette quête de liberté absolue dont les membres du groupe sont empreints. Mais c’est bien au sein des singles suivants, comme « Comingback » et son clip absolument grisant et porté par la vitalité, que le Parcels fait montre de ce besoin de s’exprimer librement après l’enregistrement de ce disque lors d’une nouvelle période de confinement.

Si on retrouvait la bande exactement là où on l’attendait, entre grande qualité de production, énergie dansante et signature sonore affirmée, c’était surtout la première fois que le chant principal accueillait Noah Hill (basse, chœurs).

La voix de Noah s’impose également sur le troisième single et incontournable titre de ce nouvel opus, « Somethinggreater ». Superbe crescendo d’émotions et de vibrations, le morceau est une synthèse du cheminement entrepris par les cinq musiciens. Mélancolie et vigueur se côtoient, nous invitant tour à tour à danser ou à scander les paroles d’un refrain exceptionnel d’intensité, au fil de riffs bondissants tantôt funky, tantôt plus rock, et d’une basse qui vrombit.

Parcels redonne ainsi du sens au concept de groupe. Au sein de cette clique, personne n’est effacé, tous se retrouvent sur la même ligne – comme lors des prestations live – chacun peut s’exprimer. Les influences et les styles se mélangent, fusionnent sans se bousculer et forment un tout complètement extatique.

Dans cette lignée, « Famous » – qui a tout d’un single à paraître – nous projette sur le dancefloor au fil de rythmes disco auxquels Parcels nous avait habitué. Avec son refrain en guise d’hymne sur lequel chacun lâchera autant ses hanches que sa voix au diapason avec le groupe, le morceau promet d’intenses moments lors des lives. On imagine aisément les cinq musiciens digresser et jammer ici et là (comme au fil de l’ambiance plus jazzy de « Daywalk »), épris du plaisir à jouer ensemble comme ils semblent en avoir à chacune de leur apparition sur scène.

Mais c’est sur un autre titre que la grâce du groupe est au zénith. Grandiose dès les premières notes et à nouveau très cinématographique, « LordHenry » met nos sens en extase. Summum funk, le titre se scinde en deux parties : l’une instrumentale, portée par un riff de guitare galopant, une caisse claire claquée supportée par une basse ronde et profonde ; l’autre, chantée, tel un cri du cœur rempli d’espoir, ouvrant les perspectives, laissant les pensées voyager vers des horizons ensoleillés, emplis de lumière. Dans cette alternance entre un rythme de course inarrêtable et de ruptures de tempo, les chants choraux surgissent pour créer un titre mémorable. « LordHenry » – l’un des meilleurs morceaux composés par le groupe, et qui fera montre de sa puissance lors des concerts – s’impose comme la quintessence de ce que Parcels sait faire de mieux en terme d’énergie.

Au milieu de rares titres doucereux plus anodins, « Day/Night » sait aussi tamiser les lumières pour rendre l’ambiance intime. Tendre invitation au frisson, « NowIcaresomemore » fait place à la douceur des paroles qui sauront parler aux âmes sensibles et évoque l’importance des sentiments sincères et profondément ressentis. Déclaration à l’être aimé sans détour et musicalement très simple, cette ballade portée par les cordes aiguës d’un riff élégant offre un temps à l’introspection.

À propos de cette quête de l’intime, Jules Crommelin déclare justement : « C’était une décision consciente de créer un environnement commun où nous pouvions vraiment entrer en nous-mêmes et créer un espace pour être un peu plus vulnérables ensemble. »

crédit : Alex Waugh

Assez varié dans ses mélodies et expérimentations, ce double album possède une matière sonore que le premier opus n’offrait pas, et se situe dans la lignée du « Live Vol.1 » paru au printemps 2020, grâce notamment sa qualité de production studio très soignée.

Globalement moins synthétique et pop, l’album pourra néanmoins dérouter les auditeurs des premières heures. Parcels créé ici un univers qui lui est propre et hors de la zone de confort à laquelle un groupe aurait aisément pu se rattacher au moment de s’atteler à un second LP. Jules confie à ce propos :

« Je n’ai pas pensé une seule fois à la potentialité que les gens soient déçus. Il y a bien sûr eu un moment où je me suis dit « j’espère que les gens sont prêts pour ce voyage ». Mais nous avons fait ce que nous devions faire et cette peur initiale s’est vite effacée. Nous n’aurions pas pu faire autre chose, nous n’aurions pas pu nous forcer à faire quelque chose de différent que ce que l’on souhaitait. Certaines personnes seront toujours contrariées par le changement, et d’autres seront prêtes à l’accepter. »

Porteur de plusieurs incontournables au milieu de nombreuses expérimentations instrumentales, ce double album tentaculaire – quasi intégralement autoproduit – se montre tour à tour lumineux et sombre, léger et profond, empreint de vivacité et de sérieux. Au milieu de cette collection de chansons et de cette quête d’identité, Parcels confirme qu’il est avant tout un collectif poursuivant sa croissance musicale à toute vitesse et jalonne son parcours de réinventions sonores osées pour un groupe dont les deux premiers EP n’ont paru qu’il y a six et quatre ans. De quoi se montrer toujours plus curieux pour la suite…

crédit : Remi Ferrante Hartman

Pour fêter la sortie de « Day/Night », Parcels se produira devant une Cigale à guichets fermés le 5 novembre, avant d’entamer une première tournée américaine et de revenir visiter l’Europe et la France entre l’été et l’automne 2022.

« Day/Night » de Parcels, sortie le 5 novembre 2021 chez Because Music.


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