[LP] OSTED – Blind Reflection

Dans les vapeurs éthérées d’un rock fiévreux, OSTED trouve l’inspiration qui le conduit aux confins des reflets aveugles dont il illustre les visions les plus fantasmagoriques.

Quelques notes de guitares, des rythmes d’abord lents, prenant leur temps. Tout, chez OSTED, est histoire de patience ; celle qui mène à l’implosion, au repli sur soi avant le déferlement émotionnel. « Blind Reflection » joue de ses ambiguïtés, s’épie, s’observe, caché dans notre angle mort. Il faut savoir attendre son heure, laisser la proie sans défense. Les mélodies introductives de chaque titre se dessinent avec sérénité, précision et deviennent, en quelques secondes, implacables : des vagues rock que l’on n’a pas vues arriver, qui nous déséquilibrent et nous entraînent avec elles dans les profondeurs et les ténèbres.

En fouillant dans les décombres et autres dommages collatéraux du disque, on comprend mieux pourquoi ce dernier nous a autant captivés. Dès les premières secondes de « The Sun, Darling », de son mantra espérant le partage d’un moment privilégié, la tragédie s’impose en filigrane, cruelle et mordante. L’accélération atteint son paroxysme, délivre la chaleur étouffante d’influences post-punk savamment amenées et dosées. « Fade Away » marche puis se met brusquement à courir, suit le pas avant de mieux emprunter un chemin de traverse cabossé. Plus loin, « You Dance » admire l’ondulation des corps, la sensualité de la solitude, avant que « No Lies » n’assène ses coups harmoniques, ses arrêts brusques et ses démarrages en trombe lançant la machine à plus vive allure. OSTED focalise son énergie sur l’écriture et, plus que tout, sur l’exécution et la progression de ses créations : sans jamais répéter le même schéma, les musiciens parviennent au contraire à varier les plaisirs venimeux, de la légèreté dansante de « Faces » au spleen électrique du fabuleux « Exit ».

L’aveuglement promis par le titre de l’opus, notre perte de nous-mêmes face à l’absence de notre double, s’avèrent beaucoup plus insidieux qu’ils n’y paraissent ; « Blind Reflection » laisse s’intensifier l’éclat pour nous permettre de l’accepter et de savoir que sa lumière pourra, dans les mois et les années à venir, nous inciter à regarder sans crainte les recoins sombres de nos âmes.

crédit : Carl Neyroud

« Blind Reflection » d’OSTED, disponible depuis le 29 novembre 2019.


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