Une succession de chansons folk et country dont la sève humaine coule le long des veines et des esprits ; Oktoba va droit à l’essentiel, sans fard, et avec une dévotion totale pour ses genres de prédilection.

Des signaux de fumée sur des plaines désertes, alors que tout semble perdu, que l’on s’est égaré dans un paysage inconnu, aride et brûlant. Comment trouver un point de repère, une source à laquelle se désaltérer dans ce climat hostile ? Avec « Smoke Signals », le jeune compositeur britannique Chris Athorne, sous le pseudonyme d’Oktoba, nous permet de trouver un chemin vers le salut, à travers une collection de chansons folk délicates et simples. Immédiates, devrait-on dire ; car ici, la musique, dans sa nudité la plus sensible, demeure à chaque instant indispensable pour, enfin, boire le calice jusqu’à la lie. Et se rafraîchir, encore et toujours.
Un disque flamboyant, précédant un sentiment chaud et confortable d’émotions à l’état brut. L’auditeur se laisser porter le long de rivières acoustiques dont la sobriété transcende les âmes, entre chœurs discrets (Something New) et un piano mélancolique et juste (Run). Tout au long de son premier disque, Oktoba crée une succession d’arrangements francs et savants, sans jamais tomber dans le piège de la facilité. Chaque détail est soigné (le sifflement et l’harmonica, parfaitement complémentaires, de « Aeroplane »), ciselé et perfectionné (le monologue de violoncelle de « Tongue Tied »). Aucun hasard, donc, si l’art du songwriter devient irrémédiablement attachant et vital, car bienvenu dans les tourments du quotidien. Des ballades éphémères mais allant droit au cœur, sans pudeur, sans maquillage inutile (Sticks and Stones).
Ces contes et légendes d’une personnalité exposée devant nos yeux, chantée en toute délicatesse par le compositeur, s’insinuent dans notre moelle épinière et nos neurones, comme la plus somptueuse des promenades en solitaire. L’introspection est évidente, mais prouve également qu’elle peut être universelle, pour peu que l’on se donne la peine de la partager ; ce que fait ici le créateur de ces histoires rationnelles et sentimentales, ces constats de vie qui sont les nôtres mais que l’on n’ose avouer. Ce quotidien à jamais bouleversé par des complaintes optimistes et réalistes, dont la candeur n’a d’égale que la formidable sagesse. On s’incline alors devant une pareille maîtrise d’un style parfois trop complaisant, mais ici mis en valeur avec charme et humilité.

Un album aux doux parfums de méditation et de regard sur soi-même, en toute simplicité. Oktoba signe une œuvre merveilleuse, une confidence profonde de l’être et de ses tourments.
« Smoke Signals » d’Oktoba est disponible depuis le 29 octobre 2015.