Dix ans après la publication de ses premières démos, Oklou – alias Marylou Mayniel – révèle son premier album « choke enough » et réussit à offrir une suite enivrante, poétique, extatique et très attendue à « galore », sa dernière mixtape en date.

En tout premier single, « family and friends » donnait déjà une bonne impression de ce qu’allait ce premier disque officiel d’Oklou : à la fois un tournant, par la nouvelle exploration sonore entreprise, mais aussi un prolongement de l’univers envoutant, lumineux et de la signature musicale développés jusqu’ici par l’interprète.
Oklou nous guide vers l’harmonie autant au fil de sa voix de tête fluette si bien distillée que d’une mélodie ambiante qui multiplie les strates électroniques, à l’instar de la musique baroque où l’expressivité passe par la répétition, le contrepoint et les ornements, pour enrichir constamment la partition.
C’est d’abord dans un ensemble de titres organiques et flottants que s’ouvre « choke enough ». Un ensemble qui contribue à construire l’atmosphère onirique déjà développée sur ses EP et mixtape précédents. « endless » poursuit cette quête de l’éthéré, du céleste et nous envoûte par le prisme des claviers et de la voix soignée de l’artiste française, à l’instar de « thank you for recording », titre qui se drape d’une électronique aux touches presque médiévales, à la frontière d’une musique de jeu vidéo rétro en 8-bit – que l’on retrouve sur « obvious » – qui ne sont pas sans rappeler la direction artistique d’un musicien comme d’Eon.
C’est pourtant un autre Canadien bien identifié de la scène électronique indépendante, Casey MQ, qui s’est attelé à la quasi-intégralité de la production du disque aux côtés d’Oklou. Une collaboration fidèle et faite pour durer entre les deux artistes, qui s’étaient déjà associés sur un EP (« For The Beasts » en 2017) et la mixtape « galore » (2020) qui avait donné une ampleur internationale à la carrière de Marylou Mayniel. On retrouve également dans l’amorce de cet album la présence par bribes d’A.G. Cook – directeur de création de Charli XCX, producteur et DJ britannique à l’aura certaine – chargé d’amener une touche à la fois plus pop et brute. Comme sur « ict », piste qui opère un certain tournant et nous fait doucement entrer dans une dimension plus club, nous transporte progressivement jusqu’à l’extase grâce à un tempo en crescendo presque inarrêtable au cœur du titre.
Ce crescendo se prolonge cette fois-ci tout au long des quatre minutes que dure « choke enough », l’un des récents singles qui donne son nom à l’album, et nous emmène du dancefloor de la boîte de nuit jusqu’au cœur d’une arena tant le titre se mue en un hymne pour stade lorsque la répétition de couches électroniques successives se gonflent, se saturent et explosent…. Avant de se relâcher dans le dernier tiers, au fil de la voix tendrement vocodée d’Oklou, pour nous faire frissonner.
En incontournable de l’album, « choke enough » fait montre de la qualité de production de ce premier opus complet et de l’unité créée dans l’exploration musicale entreprise par son interprète.

Dans une veine tout aussi mémorable, « take me by the hand » développe un univers immédiatement enivrant porté par la rondeur rêveuse des synthétiseurs, où les notes rebondissent les unes contre les autres dans une confusion tout à fait harmonique ; ou une harmonie tendrement confuse. La voix d’Oklou vient ponctuer chaque moment de la chanson avec une poésie folle et s’impose comme le doux pendant de la voix vocodée plus brute de Bladee, qui offre un contrepoint à l’onirisme du titre dans une veine alternative et un registre plus terre à terre.
Dernier single en date empreint de paroles sensibles, comme toujours chez Oklou où les émotions à fleur de peau s’expriment sans détour (on notera la présence du titre « (;´༎ຶٹ༎ຶ`) » représentant l’émoticône japonaise connue sous le nom de weird smile – sourire étrange indiquant la nervosité ou la gêne), « take me by the hand » dépeint l’importance d’un amour inconditionnel où le lien sentimental est capable de transcender tout conflit, tout moment délicat pour permettre à la connexion physique de naître à nouveau. Illustré d’un clip unique réalisé par Tohé Commaret, artiste visuelle passée par la Berlinale, la rêverie prend corps visuellement grâce à une succession de ralentis tendrement flottants.
Au milieu d’un interlude (« forces ») et de balades sensibles (« plague dog ») parfois aux accents de synthpop tranquille (« want to wanna come back »), l’album accueille en son exode l’un des meilleurs titres composés jusqu’ici par Oklou.
« harvest sky », lui aussi chargé de promouvoir la sortie de ce LP, est un appel clair et direct à la transe par la danse. Dans la même veine que « choke enough », le titre passe un cap supplémentaire dans la dimension électronique et club grâce à sa référence évidente à l’eurodance caractéristiques de la toute fin des années 1990, période qui a tant marqué les esprits de ceux ayant grandis à cette époque. Oklou, née en avril 1993, lie ici ses influences à celles de la jeune interprète américaine Underscores qui la rejoint en featuring, elle qui est née en avril 2000 au tournant même de cette ère où l’EDM (electronic dance music) régnait en maître.
En tournée européenne, à guichets (quasi) fermés, et américaine, Oklou nous offre l’occasion de s’enivrer lors de trois dates parisiennes – les 4 et 5 mars à La Cigale et le 13 mars au Trianon – avec on l’espère d’autres concerts à venir pour faire vivre cet album particulièrement grisant et doux pour l’âme.
« choke enough » d’Oklou, sortie le 7 février 2025 chez Because Music.
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