[LP] NOUR – Vain Bleak and Iconic

L’exigence esthétique et musicale du label nantais Kythibong induit de fait, des sorties d’albums singulières, qu’il convient d’écouter avec une oreille extrêmement attentive pour ne pas passer à côté de petits trésors de la musique indépendante comme « Vain Bleak and Iconic » du trio tourangeau NOUR.

L’écoute prolongée de cet album s’apparente une succession d’expériences sonores troublantes, parfois déconcertantes, mais surtout foncièrement rafraichissantes. Aucune certitude ne peut réellement ressortir de ces moments privilégiés que nous proposent Thomas, François et Bastien (d’ailleurs déjà réuni au sein d’un précédent vaisseau nommé Tasty Granny) : si la tentation est grande de considérer cette œuvre iconoclaste comme un joyeux bordel en forme de fourre-tout, elle nierait a contrario, et seulement par principe, une étonnante cohérence d’ensemble. NOUR n’est pas si foutraque qu’il veut bien en avoir l’air.

Le trio navigue certes à la marge de la pop et du folk, mais toujours pour mieux y revenir. À l’inverse, il n’hésite pas à s’aventurer dans les contrées reculées du post-rock, de la noise, du post-punk, du math-rock, à travers de subtiles digressions instrumentales, mais toujours pour mieux s’en extraire quelques instants après. Si la liste des groupes survolés par ces envolées lyriques et dissonantes pourrait recouper une grande partie de notre discothèque de fans passionnés de musiques alternatives comme une évidence, c’est bien sûr la figure inévitable de l’immense Robert Wyatt qui plane au-dessus de ce disque libre et lumineux. Nour partage avec le grand poète à la barbe blanche cette approche libre (libérée ?) et naïve de la musique. Si la biographie évoque sans surprise, The Olivia Tremor Control, Mercury Rev, Deerhoof, nous pourrions suggérer Battles sur l’énergie rythmique de « Pretty Tale », PVT sur le travelling sonore de « Silverdust » ou encore Polvo sur le grunge déviant de « Totally Awesome » (que nous considérons d’ailleurs comme le sommet grisant de ce LP). Chacun de ces nouveaux éléments de comparaisons ne donne pourtant qu’une image très partielle de la quintessence même de Nour.

En effet, les trois compères se distinguent par de véritables obsessions esthétiques, qui façonnent toute la singularité de leur groupe. En premier lieu, ils accordent un soin constant, à la question des harmonies vocales, quel que soit le contexte : bruyant (« Dear Terry »), planant (« A Doleful Rise ») ou spirituel (« Guide »). D’un point de vue instrumental, le groupe entretient un équilibre fragile, mais décisif, des forces en présence à travers une stimulation ludique permanente entre la guitare, la basse, les claviers, la batterie, mais sans réelle prise de pouvoir (même si de manière très personnelle, notre cerveau part souvent en vrille grâce à l’inventivité de Thomas à la guitare).

À la différence de beaucoup de disques bien plus évidents, mais souvent plus classiques, cet album se bonifie au fur et à mesure des écoutes, déclenchant de nouvelles sensations, parfois contraires, allant de la stupéfaction à l’euphorie, de l’évasion mentale à l’addiction… Dans une industrie musicale de plus en plus déshumanisée et clinique, il est important que des exceptions comme « Vain Bleak and Iconic » viennent déranger nos habitudes et notre petit confort culturel très encadré, en s’attaquant (de manière totalement bienveillante) en priorité à notre sensibilité primaire.

crédit : Arthur Lusson et Tiffanie Pichon

« Vain Bleak and Iconic » de NOUR est disponible depuis le 26 avril 2019 chez Kythibong.


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