[Live] Nothing, The Waltz et Garm au Ferrailleur

Le bruit s’est décliné en trois versions bien distinctes au Ferrailleur mardi 26 avril. De l’indus au shoegaze en passant par du noise, trois groupes ont défendu plus ou moins bruyamment/brillamment leur vision de la déflagration.

Nothing © Fred Lombard

Les jours rallongent en ce printemps répondant aux attentes des amateurs d’afterworks en terrasses, mais ce n’est pas une raison de savourer bien avant la tombée de la nuit la noirceur mélancolique de Garm. Le duo composé de David Enique (guitares et machines) et de Gaël Caudoux (chant) s’empare avec puissance de la scène du Ferrailleur. Le dépaysement est immédiat et on se laisse emporter dans ce tourbillon qui mêle le désespoir de la new wave à l’âpreté de l’indus. La voix de Gaël, également auteur de romans et dessinateur d’imaginariums fascinants, paraît encore plus convaincue que sur l’EP du groupe parue en 2020. Ajoutons à cela le jeu très physique d’Alex Jadi à la batterie et nous voilà soufflés par une performance surprenante.

On pensait tout connaitre de la new wave, craignant même l’ennui d’un genre qui a vu tant de groupes virer à la caricature à l’aide de lignes de basses et de nappes synthétiques trop entendues. Mais le plaisir de s’immiscer dans cette atmosphère dont on ne sait pas si elle est sèche ou moite est aussi agréable que coupable. Entre les coups de boutoir de la batterie (« Seybelane ») et le malaise provoqué par des beats obscurs, les plaintes de Gaël s’imposent comme celles d’un prophète punk donnant peu d’espoirs de trouver la lumière au bout du tunnel. La guitare aurait gagné à être plus mise en avant dans ce fracas mélodique, mais on ne regrette pas ce voyage tumultueux au cœur des ténèbres.

Pas du genre à caresser dans le sens du poil, les cinq membres de The Waltz font grincer les cordes d’entrée de jeu. Dissonance et lourdeur s’invitent sur scène sans préavis et peuvent heurter les plus sensibles. Les curieux, quant à eux, se doutent que le groupe est malin et n’est pas là uniquement pour une démonstration bruitiste. Noisy, cette valse l’est assurément et l’on se rappelle du talent des groupes flamands à façonner un rock indé audacieux piochant dans tellement d’influences. À entendre ces éclats de pop, de folk et de heavy metal, on devine sans mal le souhait de The Waltz de vouloir brouiller les pistes. Et c’est un succès ! Que la tension baisse ou monte, les morceaux tirés du récent « Looking-Glass Self » sont totalement captivants.

On est surpris à chaque mesure par l’affront donné par ces musiciens faussement nonchalants. Sans être exubérant, le jeu de batterie est d’une efficacité remarquable et la basse balance un groove lourd et badass (écoutez donc « Egocide »). « Enter The World » est une pépite qui serait la rencontre entre les Pixies et Black Sabbath. Il aura fallu croiser The Waltz pour être témoin de ce miracle. Sûr qu’on va suivre longtemps les pas de ce groupe abrasif !

L’intro se fait lancinante et quasi mystique pour Nothing. Les larsens se font d’abord feutrés et les musiciens sortent peu à peu de la pénombre. Avec un line-up modifié, le groupe qui fait l’objet d’un véritable culte défend le magnifique « The Great Dismal » qui n’a pas perdu de sa force depuis 2020. Les sourires sont présents dans la salle, mais on déplore que la finesse dont fait preuve le groupe en studio laisse place à une bouillie informe. Les couches de guitares s’empilent grossièrement et c’est l’émotion qui en fait les frais. Les impeccables « Say Less » et « April Ha Ha » sortent délavés de ce traitement et les quelques mots sympathiques de Domenic Palermo envers le public seront une maigre consolation. Les morceaux se succèdent et la magie n’en finit pas de ne pas opérer. La légende qui entoure le groupe, n’ayant pourtant qu’une petite décennie au compteur, aura peut-être trop pesé dans la balance. L’admiration reste intacte, mais l’on chasse la déception du soir en se replongeant dans les enregistrements du shoegaze envoûtant du groupe de Philly.


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