La boîte mail de la rédaction d’indiemusic déborde de propositions en tout genre, mais il suffit parfois d’un détail pour déclencher la curiosité et passer la première marche de l’écoute. Pour la jeune musicienne Norma, il aura donc suffi de voir le nom du célèbre studio BlackBox, fondé par les indispensables Iain Burgess et Peter Deimel, déversant depuis 1993 une vision indispensable à la musique indépendante. Et le jeu en valait la chandelle : c’est un vrai vent de fraîcheur qui a parcouru notre plaisir immédiat, suivi d’une prise de recul nécessaire pour prendre toute la mesure de cet étonnant premier format court.

Les femmes occupent depuis quelques années le devant de la scène indépendante, à l’image des PJ Harvey, Björk et autre My Brightest Diamond pour les plus célèbres. Mais l’univers du rock est encore empreint d’un machisme latent, qui ferait rentrer un peu trop facilement nos talentueuses musiciennes, souvent compositrices et auteurs exceptionnelles, dans des cases pré-formatées, en utilisant bien souvent des arguments très éloignés de l’artistique. Peut être une façon de refuser l’indéniable puissance créative qui émane aujourd’hui de la féminité ? En tout cas sur « Badlands », Norma dévoile une personnalité et une créativité dont nous n’effleurons pour l’instant que les contours tant les possibles semblent immenses.
Vous pouvez faire l’expérience : laissez-vous entrainer par « Girl in the City » morceau d’introduction, à la saveur sucré-salé, parfois proche de la rupture et basculant soudain dans un refrain irrésistible : un peu comme si l’énergie et les guitares acérées de Shannon Wright rencontraient l’insolence de Melissa Laveaux. « Badlands » est ainsi définitivement un disque pop, mais dont les tentations pour un rock nerveux et frondeur sont toujours activées, prêtes à bondir à la moindre occasion.
Emmenée par une écriture agile et sans complexe, qui pourrait rappeler celle de Regina Spektor, les compositions de Norma affiche une ambition qui ne fait aucun doute. Le single « Lost & Found » est de fait définitivement taillé pour les radios, introduit de main de maître par un piano nonchalant. Mais point de racolage en vue, quand la musique est aussi parfaitement incarnée par sa créatrice, elle peut tout se permettre. Sur « Work ‘Til U Get It », par exemple, Norma ravive (sans le savoir, elle était trop petite) l’esprit qui habitait des monuments pop des années 90’s comme Veruca Salt ou Elastica pour aller taquiner The Dø sur leur propre terrain. En guise de conclusion, « Badlands » se referme sur l’envoûtant « Oh, Lord », à la douceur toute relative, qui hésite sans jamais se prononcer entre le profane et le sacré. Devant un tel aplomb, notre regard se tourne d’ores et déjà vers un futur album (en début d’année 2017 ?) qui suscitera sans aucun doute beaucoup d’attentes et de fantasmes, à la fois parfaitement amené par les cinq joyaux de ce premier EP et devant au minimum relever le défi provoqué par cette indéniable réussite.

« Badlands » de Norma est disponible depuis le 18 novembre 2016 chez In the City.
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