[Interview] No Money Kids

No Money Kids ne s’arrête jamais. Formé par les inséparables Félix Matschulat et JM Pelatan, le prolifique duo indie rock revenait à la mi-novembre avec « Trouble ». Un troisième long format aux tubes puissants et passionnés, qui s’éloigne désormais de son electro blues pour explorer de nouvelles contrées musicales : pop, acoustique et hip-hop sans jamais renier leur essence originelle. À l’occasion de leur release party à la Maroquinerie dans une semaine tout pile, le jeudi 10 janvier, avec le trio rock déjanté Thé Vanille en première partie, Félix et JM nous font le plaisir de nous dévoiler les secrets d’écriture de ce nouveau disque qui fait la part belle à la mélodie et à leur regard conscient sur le monde.

crédit : Sergey Neamoscou
  • Hello Félix et JM, comment allez-vous ? Prenez-vous quelques jours de vacances avant d’attaquer votre grande tournée en 2019 ?

Félix : On va prendre un peu de temps pour se retrouver en famille et se remettre un peu de cette année chargée, mais pas très longtemps, car on prépare sans cesse de nouvelles choses…Que ce soit en compo, studio ou pour la scène. Et notre release party va arriver vite !

  • Après deux premiers albums, « I Don’t Trust You » et « Hear The Silence », vous revenez – déjà – avec un troisième album « Trouble ». Qu’est-ce qui régule sinon anime cette profusion créative au sein de votre duo ?

Félix : On se laisse guider par nos envies, ce qui nous rend beaucoup plus libres et nous permet probablement d’être plus « productif », même si je n’aime pas trop ce terme lorsqu’il est question de création.

JM : On a toujours envie de tester de nouvelles choses, faire évoluer notre musique tout comme ce qu’on propose sur scène…

  • On identifie votre duo en premier lieu à ce mariage audacieux d’une identité blues, originelle, à une dimension électronique, plus actuelle. De l’intérieur, comment avez-vous changé, modifié la formule de vos débuts pour composer ce nouvel album ?

Félix : On a préservé notre processus de création, mais il est impossible pour nous de refaire deux fois la même chanson, comme il est impossible pour nous de gommer notre identité. Au fil des morceaux, il y a une évolution et des directions nouvelles, car on ne se met aucune barrière, on suit nos envies…

  • On ressent en écoutant « Trouble » votre volonté d’ouvrir votre électro-blues à d’autres élans musicaux parfois plus pop (« My Loneliness »), plus acoustiques (« Nowhere Land ») ou plus transversaux aussi, en croisant dès l’ouverture le flow du hip-hop avec l’Américain Charles X sur « Chains ». Peut-on dire que cet album est le plus ouvert musicalement ?

Félix : Une chanson c’est comme la photographie d’un instant, et c’est ce qui explique cette diversité. Il y a les ressentis, les émotions, nos expériences personnelles, plein de choses qui rentrent en jeu, sans compter les artistes qui nous inspirent. D’un point de vue purement esthétique, pour notre deuxième album par exemple, j’étais dans un mood très « americana » alors que pour celui, c’était une période où j’écoutais beaucoup Lewis Del Mar, Grandson ou Beck, des influences beaucoup plus proches du premier album en définitive. Pour le côté pop, j’ai peut-être plus assumé mes influences sur celui-ci, et j’ai d’ailleurs eu une retombée en enfance vertigineuse en écoutant les Beatles en boucle jour et nuit…

JM : Il y a tellement de directions nouvelles et passionnantes dans les musiques de notre époque qu’il est difficile d’en faire abstraction, on est de grands fans de blues et de rock, foncièrement, mais on n’a jamais voulu faire une musique qui regarde dans le rétroviseur… Donc on essaye de condenser nos inspirations, nos influences, les techniques de production qu’on possède, le tout pour créer quelque chose qui nous ressemble.

  • No Money Kids, c’est une aventure qui dure depuis un bientôt 5 ans. Comment votre relation artistique et votre amitié ont-elles évolué au fil des années ?

JM : Elle se solidifie, avec le temps tout est plus simple finalement… Aussi on est quasiment voisin maintenant !

Félix : Oui, elle évolue comme celle d’un couple, donc il peut y avoir des hauts comme des bas. La tournée peut parfois être difficile par exemple vu qu’on est jour et nuit avec la même personne, mais s’il y a eu le moindre souci pendant la journée, tout s’oublie immédiatement dès qu’on est en studio ou sur scène !

  • Est-ce que cette collaboration passe d’abord par l’écoute ou de la concession des attentes de votre partenaire musical ?

 Félix : On s’embrouille tout de même beaucoup, gentiment, mais souvent ! Je crois même que la relation ne serait pas si saine sans ces prises de gueules. Mais l’osmose reste intacte, et on a toujours fonctionné comme ça.

  • Le rock et le blues ont originellement joué un rôle de témoin d’une époque, avec sa noirceur et sa réalité. On retrouve dans votre musique, un propos engagé derrière certaines de vos chansons : le militantisme dans la musique, c’est une composante de votre projet qui vous tient à cœur ?

Félix : Le militantisme n’est pas le terme exact, par respect pour les vrais militants de terrain. Mais ça n’enlève rien à nos convictions bien entendu, et il est compliqué de ne pas parler de ce qui nous entoure, de notre société et ses dérives. Mais l’engagement politique dépasse les paroles, donc on se situerait plus dans le témoignage. C’est effectivement un de nos moteurs de création.

JM : Il est difficile de faire abstraction de ce qui nous entoure ou de ce qu’on vit, donc il y a forcément une vision de tout ça dans notre musique…

crédit : Sergey Neamoscou
  • Pouvez-vous d’ailleurs nous parler de ces thèmes forts dont vous avez choisi de vous emparer sur ce nouvel album, exemples à l’appui ?

Félix : « Chains » qui ouvre l’album traite du sentiment d’enfermement et de la solitude des sociétés modernes. « The Street » est comme un cri de défiance envers les classes dirigeantes, « Radio Song » se moque de l’industrie musicale… De manière générale, même lorsque les textes parlent d’amour ou de thèmes plus légers, j’essaye de rattacher le thème à une situation et un angle précis.

  • Au côté de ces titres engagés, vous avez notamment choisi de reprendre à votre sauce : « Crazy » de Gnarls Barkley. Si on remonte dans le temps, près de douze ans plus tôt, le titre original du duo américain a-t-il eu une influence sur la musique que vous jouez aujourd’hui ?

Félix : Énorme influence, tu veux dire ! C’est un titre tellement ovni qu’il nous a vraiment marqués. Le texte, la compo, la production, tout est incroyable. C’est d’ailleurs grâce à ce titre que je me suis intéressé à Danger Mouse (la moitié du duo) qui a ensuite travaillé avec The Black Keys, Portugal The Man, Beck…

JM : Ce titre est véritablement crossover, dans ce sens il nous ressemble beaucoup…une certaine folie.

  • Y’a-t-il d’autres titres que vous avez pris l’habitude de reprendre tous les deux et qu’il vous arrive de jouer sur scène, ou que vous envisagez un jour d’enregistrer à leur tour ?

Félix : Mis à part « Aller plus haut » de Tina Arena… Non.

JM : Pas vraiment, mais pourquoi pas un jour !

  • « Trouble » a un côté très cinématographique, ce qu’on retrouve dans le soin apporté à vos clips, et ce depuis votre premier EP. De la musique à l’image, comment travaillez-vous l’identité globale de No Money Kids. Un son implique-t-il chez vous un scénario sinon un script à l’écran ou laissez-vous carte blanche à des collaborateurs extérieurs ? Je pense notamment à Leigh Powis qui a signé vos derniers clips de « Hush Hush » à « Chains » en passant par « Rather be the Devil » ou « Take me to your Home » sur votre précédent opus.

Félix : Dans un premier temps, on discute avec Leigh, Roy Music et Alter-K pour choisir la chanson, puis on échange autour des paroles avec Leigh et on lui donne habituellement carte blanche pour proposer un scénario et y apporter son interprétation. On donne notre avis et nos éventuels souhaits ensuite, mais on lui fait entièrement confiance. On connaissait son esthétique et s’y retrouvait vraiment lorsqu’on a commencé à travailler avec lui, et dès les premières images, on a vu que ce mec et son équipe étaient vraiment des super bons, aussi bien sur le fond que la forme. Depuis la tournée du premier album, c’est essentiellement avec lui que l’on travaille.

JM : La musique et l’image se rencontrent souvent par des hasards de recherche et d’émotions. Elles ne sont jamais une traduction formelle des textes, et c’est ce qui est intéressant !

  • La release party de votre nouvel album « Trouble », c’est dans très peu de temps, le 10 janvier 2019 à la Maroquinerie ! Avez-vous une relation particulière avec cette salle parisienne ? Et que nous réservez-vous pour cette date en particulier ?

Félix : Pour ma part, ce sera mon premier concert à la Maroquinerie donc j’ai hâte d’y être. Pour cet album, on a fait évoluer le côté scénique et pris le temps de travailler le show comme on le souhaitait. À force de travailler en studio avec tous ces synthés, guitares, effets, etc., on a décidé de les amener avec nous sur scène donc oui, il va y avoir du nouveau !

JM : Et ce sera une belle soirée, ça, c’est sûr !


Retrouvez No Money Kids sur :
Site officielFacebookTwitterBandcampSoundcloud

Partager cet article avec un ami