[Interview] Nine Million Witches

Auteur du magnifique « The Rapture », petite merveille de rock mélodique mâtiné de pop dynamique et aérienne sortie en octobre dernier, le trio Nine Million Witches est parvenu à se tailler une solide réputation, tant musicale que scénique, partout où il passe. Et il faut bien admettre que cela n’est pas dû au hasard, tant la qualité instrumentale et artistique de ces musiciens hors-norme n’est plus à démontrer, flirtant allègrement avec les genres sans jamais les imiter, mais en les interprétant toujours à leur manière, entre perfection et intelligence. À quelques jours de leur passage au Crossroads Festival, Damien Landeau (chant, guitare et synthé) a bien voulu nous éclairer sur ce projet précieux et qui, petit-à-petit, trace sa route sans temps mort ni erreur de parcours.

crédit : Harold Leroy / Rorold
  • Bonjour et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Tout d’abord, peux-tu nous présenter Nine Million Witches, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ? Comment est né le groupe ?

Salut Raphaël ! À la base, c’était un projet entre mon frère (batterie) et moi (guitare/chant) ; on venait de quitter notre ancien groupe commun et on a eu envie d’un projet plus direct et plus accessible. En gros, garder le gros son qu’on aimait tant sans avoir peur de laisser parler notre côté pop. On a vite été rattrapés par la nécessité d’avoir un bassiste pour le live et, après plusieurs essais, Ludo s’est imposé à nous comme une évidence ; il sait tout faire, basse, claviers, chant… Du coup, il a complété la formation très naturellement, en amenant une touche plus moderne et électro. Aujourd’hui, deux ans et un album plus tard, mon frère (Ludovic, aussi !) a dû prendre un peu de recul par rapport au groupe pour des questions de disponibilité (on joue évidemment plus et plus loin) et est remplacé sur cette tournée par Pablo, nouveau venu dans l’équipe.

  • Votre premier album, l’exceptionnel « The Rapture », est sorti en octobre dernier et impose d’ores et déjà un style qui vous appartient pleinement, entre rock incisif et électrique et passages plus apaisés. Comment structurez-vous vos titres, notamment lorsque l’on écoute des chansons aussi ravageuses que « How Long ? » et « Drop Ur Gun » ?

Quand j’ai écrit « How Long ? », j’avais justement envie de jouer sur les nuances, comme tu le dis, d’écrire un morceau avec beaucoup de dynamique. Il est aussi le fer de lance de l’album : il doit représenter ce qu’est le groupe en quelques minutes, le mix stoner/pop/électro. J’y ai donc intégré tout ce que j’aime : des grosses fuzz, de la delay, des solos, un kick bien fat (voire carrément infra sub façon électro), des synthés analo et des passages aériens et poppy, avec un chant à tendance langoureuse ! (rires) Le scream, je ne sais pas faire ; je le laisse à Ludo, qui s’est d’ailleurs chargé de la voix lead sur « Drop Ur Gun ». Ce morceau, c’est un peu la même histoire, mais en flux/flow plus tendu, plus nerveux. C’est une espèce de gros hip-hop baveux sauce spaghettis. On s’est fait plaisir sur les ambiances, sur l’intro ou le pont par exemple, qui contrastent avec les gros refrains farcis à la fuzz, aux gros synthés et avec des voix très produites.

  • Nine Million Witches, c’est avant tout une expérience auditive, un voyage aussi cendreux que lumineux. Vous parvenez à alterner la puissance et une certaine forme de sensualité dans vos créations. Quels sont les rôles de chacun de vous lors du processus de composition ? Comment naît une chanson, pour vous ?

En général, je fais la musique et y greffe ensuite ma ligne de voix. Et Ludo m’aide sur l’écriture des paroles, la partie que j’aime le moins et qu’il maîtrise bien mieux que moi. Sur certains titres (« The Rapture », « Glass Tears » et « Drop Ur Gun »), on a carrément gardé ses lignes de chant, qui étaient meilleures que celles que j’avais pu proposer. Il chante d’ailleurs deux des morceaux en question.

  • « Monster » est certainement l’un des titres les plus immédiats de l’album, la transition parfaite entre sa première et sa seconde partie, notamment grâce aux chœurs. En apparence, par rapport aux autres, il est plus simple, plus direct. Un besoin de respirer dans le disque ?

Oui, il fait du bien après trois titres très chargés et nous paraissait une bonne transition vers le reste du disque. On aimerait faire plus de morceaux de ce format à l’avenir, plus directs, plus courts.

  • Vous explorez même le psychédélique avec « A Wicked Game » ; sans parler d’influences, d’où vous viennent les inspirations nécessaires à la construction d’une chanson ?

De tout ce qu’on a pu écouter dans notre vie. On ne va pas se mentir, tout n’est qu’une réinterprétation personnelle de choses déjà entendues, qu’on aura digérées, assimilées et fusionnées en y ajoutant notre sensibilité du moment. En ce qui concerne les paroles, ce sont soit des choses liées au vécu, soit un regard sur des thèmes qui nous parlent , le tout de façon imagée. En ce qui concerne ce titre, raconter l’égarement qu’on peut avoir avec une personne et la « non-façon » de s’en sortir, mais pas de manière frontale, en laissant la porte ouverte à l’interprétation.

  • « The Rapture » est un disque vivant, une collection d’hymnes à l’émancipation et à la quête d’un plaisir coupable dans l’extase fournie par le rock. Est-ce ce que vous ressentez lorsque vous écoutez certains autres albums, et lesquels en particulier ? Est-ce un besoin vital pour vous, afin de vous sentir libres et de pouvoir vous lâcher sur scène ?

Oui, même si je ne me sens coupable de rien quand j’écoute du rock ! Mais je vois ce que tu veux dire et c’est une façon de se sentir libre et de rester en marge. On encourage nos auditeurs à en faire de même. C’est un peu le thème de l’album, d’ailleurs.

  • Le son de « The Rapture », bien que très soigné, sonne comme s’il avait été interprété en live. Comment se sont déroulés son enregistrement et sa production ?

Pour tout te dire, on a tout enregistré en « re-re », instrument après instrument, faute de capacités techniques suffisantes (l’album a été enregistré et produit par nous-mêmes, chez nous). Mais on a tout fait pour garder nos prises les plus vivantes possibles, en limitant au maximum l’edit, par exemple. Par contre, c’est une chose qu’on aimerait faire sur le prochain enregistrement, créer une base live en studio sur laquelle on ajoute ensuite notre crème, la prod’ maison faite de synthés, de samples et de dizaines de voix (sur « Glass Tears », on a jusqu’à 24 pistes de voix simultanément). En ce qui concerne le mix, il a été fait en studio par l’excellent Guillaume Doussaud du Swan Sound Studio, à Caen.

  • Vous laissez tout partir et résonner de façon orageuse sur le dernier titre, « Glass Tears » ; en plus de synthétiser l’ensemble du disque, il pousse les potards à fond et libère les chiens, en quelque sorte. Il oriente également vers un son plus ample, moins sec. Une orientation pour vos futures réalisations ?

Pas sûr, l’avenir nous le dira. Mais si « Glass Tears » peut être vu comme l’aboutissement du disque et de notre cycle d’écriture du moment, ce n’est pas dit que la suite y ressemblera.

  • Quelle est l’importance de la scène, pour vous ? Est-ce un moment de liberté, pendant lequel vous vous laissez porter et vous vous accordez des moments d’improvisation ?

C’est le contre-pied du disque. Les morceaux peuvent être plus rock’n’roll, plus bruts,. On fait sauter les verrous et on balance le plus gros son possible, à trois. L’improvisation ne se prête pas forcément aux morceaux actuels ; on se limite à ces solos allongés ou à des parties repensées, mais tout est prévu à l’avance.

  • Vous allez participer au Crossroads Festival de Roubaix ; et dire que l’on est impatient de vous voir sur scène est un euphémisme ! Qu’attendez-vous de ce moment particulier ?

Montrer que c’est toujours cool de faire du rock et que l’électro pop, y’en a marre ! (rires) Non, sérieusement, on est pressés d’en découdre, très contents de participer à ce beau projet (bravo d’ailleurs pour la prog’ très éclectique), et on espère repartir avec un max de contacts !

  • Quels sont vos projets dans les mois à venir ?

Enregistrer de nouveaux titres, et tourner, tourner, tourner.


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