[Création #12] Nicolas Ly

L’ancien frontman du groupe rock bruxellois Applause, au passé de mannequin et d’acteur, s’illustre depuis 2019 en solo, avec pour seule limite sa créativité à la vision cinématographique haletante. Nicolas Ly se met un peu plus encore à nu pour la sortie de son premier EP « Rue de la Folie » ; un clin d’œil appuyé à la vie parisienne trépidante du quartier de la Folie-Méricourt ; lieu de toutes ses inspirations et évasions dans l’irréel. Auteur-compositeur-interprète et acteur central des clips de sa complice Élisa Baudoin, il est aujourd’hui l’incarnation d’une pop française au romantisme écorné, dont la mélancolie exigeante et sobrement mystique transperce chaque fêlure. Sa part d’ombre et de lumière, nous avons proposé à Nicolas Ly de la questionner dans ce nouveau numéro de Création, notre carte blanche aux artistes qui explorent leur démarche créative comme ils la ressentent, à travers leur prisme sensible et inventif.

Comment parler des chansons ? Comment les expliquer ? Quand elles existent précisément pour exprimer des choses qu’on ne peut dire ou expliquer. Je ne sais pas si je pourrai y répondre, mais je pourrai peut-être soulever quelques questionnements.

« La vie a beaucoup plus d’imagination que nous » disait François Truffaut. C’est le cas de mes chansons ! Elles ont beaucoup plus d’imagination que moi. Elles ont leur vie propre.
À travers mes chansons, je tente d’inventer un monde où le rêve côtoie la réalité, où le Paradis se trouve au troisième sous-sol, et où l’Enfer peut prendre la couleur d’un matin brumeux au bord d’un lac ou le bleu des ecchymoses sur le visage d’une femme…

Au-delà de toute morale, de tout jugement de valeur, de toute mise en avant de mon ego, je crée un monde pour mieux disparaître dedans, et me fondre parmi ses créatures. À travers mon EP « Rue de la Folie », je tente de dresser un inventaire du pire et du meilleur qu’on puisse faire par amour. Et pour cela, il faut descendre profondément en soi, là où ça fait mal, et faire remonter ses craintes, ses souvenirs, ses sensations, bonnes ou mauvaises, pour leur offrir une nouvelle lumière. Une lumière qui « pop » !

Les belles choses sont toujours plus fascinantes lorsqu’elles cachent un secret, parfois mon même monstrueux.

Les mélodies, elles, me viennent parfois en rêve. Lorsque j’ai beaucoup trop travaillé un morceau et que je suis le nez dans le guidon et vois flou, il faut relâcher la pression (regarder un film ? Voir un concert ? Aller au musée ? Dormir !)  Parfois, si elles sont bonnes, les mélodies reviennent en rêve. C’est comme un moment sacré. Elles remontent à la surface. Mais il faut être prêt à les attraper ! Les mélodies, comme les idées, sont comme des poissons comme dirait David Lynch. Mais les plus beaux poissons, aux couleurs les plus rares, vivent dans les abysses, dans la « Midnight Zone », là où l’océan est si profond que même l’eau ne transporte plus la lumière. C’est un paradoxe. Mes chansons en sont remplies, de paradoxes. Certaines chansons sont même construites autour d’un seul paradoxe : « Mon Paradis est au Troisième Sous-Sol ».

Mais tout cela ; la démarche créative, la pêche aux idées, etc., c’est un processus bien solitaire, parfois douloureux. Que serai-je sans mes équipes ? Un fou avec une canne à pêche, posté au bout de la rue de la Folie, et qui attend un poisson bleu ? Que serai-je sans les personnes précieuses qui travaillent à mes côtés depuis 2016 ? Elles sont mon premier public. J’ai une confiance aveugle en leur recul critique, c’est un premier pas vers une connexion avec l’auditeur, ce qui est très important pour moi. Nous avons signé ce pacte de confiance mutuelle et, aujourd’hui, nous avançons pour vous présenter ces chansons dans la plus belle lumière qui soit.

Quand je parle de mes équipes : je parle d’Élisa Baudoin, qui réalise mes clips et mes images. Élisa, j’ai su tout de suite que c’était la bonne personne quand, après nos rendez-vous, je me rendais compte que nous avions la même vision de mon projet, nous avons nombre d’inspirations communes telles que Buñuel, Jodorowsky, Magritte, Lynch. Hitchcock avec ses baisers de cinéma, qu’il éclaire comme des scènes de crime. Lynch, dont le bleu des images oscille entre le merveilleux et une inquiétante étrangeté. Toutes ces références, nous les avons mises symboliquement en commun dans une boite. Et lorsqu’Élisa pioche une de ces idées de clip pour moi, dans cette boite noire, c’est toujours le parfait écrin pour mes chansons. Et à plus forte raison que nous travaillons ensemble depuis des années également avec Loumir Orsoni (Raisonance), nous nous côtoyons tous les jours, et je peux dire que mes équipes sont souvent au courant bien à l’avance, de ce qui se trame dans mon propre cerveau. Mais tout cela encore ne s’explique pas vraiment. Ce sont les affinités, les rencontres qui font que nous nous enrichissons entre artistes, et sommes plus fort individuellement. Être artiste, c’est jouer à un jeu très sérieux, même viscéral, autour de ses fragilités. C’est pour cela qu’il faut être bien entouré, pour ne jamais retomber…

Dans la vie, je suis quelqu’un de plutôt discret, je ne fais pas de vagues comme on dit. On me remarque peu dans une foule et cela me convient. Mais alors d’où vient ce besoin irrémédiable de monter sur scène devant tous ces gens et de leur ouvrir mon cœur, dans les moindres détails ?  Je suis homosexuel, mais je n’en ferai jamais un thème central, je suis d’origine asiatique, mais je n’en ai jamais porté l’étendard ; ma seule raison d’être est de rêver et faire rêver, et délivrer une musique la plus proche de mon cœur. Ma prise de position est uniquement poétique. Et ce besoin de poésie n’a jamais été aussi présent qu’aujourd’hui. C’est le pari de mon EP « Rue de la Folie », et de l’album qui va suivre. Alors bienvenue dans mon monde !

« Rue de la Folie » de Nicolas Ly est disponible depuis le 17 juin 2021 chez Raisonance.


Retrouvez Nicolas Ly sur :
FacebookTwitterInstagram

Partager cet article avec un ami