[LP] Niagara – Hyperocean

Quand l’électro la plus dense rencontre les mélodies pop les plus entêtantes, le résultat ne peut que faire des étincelles. Et c’est à un tel spectacle que Niagara nous convie, pour une rencontre aussi vibrante que sincère.

Niagara - Hyperocean

La musique expérimentale ne rime pas forcément avec une manière somme toute hermétique de n’inventer que des pistes pratiquement inaudibles pour le commun des mortels. En effet, il arrive parfois qu’elle devienne abordable, notamment dans le cadre de l’électro. Et, pour les plus sensibles, de la pop. À tous ceux-là, on ne pourrait que conseiller de jeter une oreille attentive au nouvel album du duo italien Niagara, « Hyperocean ». Dans cet opus intelligent et impressionnant, David Tomat et Gabriele Ottino ont décidé de concentrer leur propos sur un thème principal : l’eau. Celle qui contient toutes les molécules salvatrices et nécessaires à la vie, mais qui peut également être trouble, mouvementée et charriant tous les éléments possibles. Et c’est bien ce que l’on retrouve à l’écoute du disque : une sensation de flottement autant qu’une impression continue de viscéralité et de profondeur, dans un cadre en perpétuelle évolution.

Tout semble s’écouler de manière totalement fluide et savante dans ce nouveau disque. Que ce soit au niveau de rythmiques synthétiques rappelant le bruit de galets charriés par la mer (« Mizu », « Fogdrops ») ou au fil d’une rivière sonore précise et soutenue (« Drift », « Alfa 11 »), le duo exploite toutes les possibilités qu’un genre parfois trop réducteur leur offre ; avant, toutefois, d’aller toujours plus loin dans l’expérimentation de nouveaux territoires musicaux (« Roger Water », « Solar Valley »). Sans jamais perdre de vue un objectif de plaisir dans la noirceur des mélodies, les deux compositeurs réfléchissent intensément avant d’interpréter et d’arranger, afin de provoquer une écoute active et jamais rébarbative pour l’auditeur. Un esprit à la fois cartésien et jubilatoire, qui trouve ici ses lettres de noblesse dans des moments d’une incroyable présence harmonique (« Twin Horizon »). Beaucoup plus abordable qu’il n’en a l’air, « Hyperocean » ne cesse à aucun moment de nous transporter dans les abysses, là où les créatures les plus mystérieuses évoluent en toute liberté.

Les voix, déformées par l’omniprésence d’effets numériques, sont un guide constant au milieu du tumulte, rappelant dans ces chants de la déliquescence que l’élément pop a toute la place nécessaire pour homogénéiser un ensemble déjà passionnant, mais cherchant une âme supplémentaire afin d’exister. Elles conduisent l’évolution au sein d’un LP dense et inépuisable, souvent porté lui-même par ses propres ouvertures à des saturations ou pulsations inédites. Sans jamais s’interroger sur le bien-fondé de sa démarche, Niagara laisse son imagination se répandre sur des terres artificielles arides et qui, à ce contact, deviennent sources vivantes et lumineuses d’un art trop souvent impersonnel. On a rarement entendu une aussi belle manière de marier l’esprit et le corps numérique, dans une démarche où la technologie est mise au service de l’humain, et non l’inverse. Une prouesse substantielle et qui n’a de cesse de forcer le respect et susciter l’admiration de chacun, pour une formidable épopée.

Niagara

« Hyperocean » est aussi obsédant que troublant. Mais il est d’ores et déjà certain qu’il fédérera beaucoup de mélomanes issus de milieux différents, sans susciter une seule seconde plus que l’intérêt qui lui est dû. Une œuvre passionnante, du premier titre au dernier.

« Hyperocean » de Niagara est disponible depuis le 29 avril 2016 chez Monotreme Records.


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