[LP] Nero Kane – Tales of Faith and Lunacy

Alternant lueurs pâles et obscurité émotionnelle à fleur de peau, « Tales of Faith and Lunacy » avance inexorablement le long d’un chemin de croix dark folk dont les foudroyantes douleurs se font lancinantes et épidermiques. Une route sauvage, où la cinématographie  de la musique elle-même n’a besoin de rien d’autre que de notre imagination et de nos souffrances.

Chaque dieu mérite son dû. Un jour ou l’autre, il viendra le chercher, certainement quand le promeneur solitaire s’y attendra le moins. Il n’est pas nécessaire de sombrer dans le blasphème pour atttirer le regard des êtres supérieurs ; il suffit simplement de frôler leurs mains fatiguées, pendant le long de cieux gris et épuisés. Nero Kane a fréquenté ces limbes, ces doutes et l’émergence d’une énergie obscure, pierre maudite et païenne l’ayant condamné à l’errance éternelle. Porté par celle qui demeurera sa muse pour les siècles à venir, Samantha Stella, il marche, sans repère, sans but. « Tales of Faith and Lunacy » l’étire entre le besoin de croire en quelque chose et la triste vérité qu’il a découverte lors de la gestation de son Magnum Opus. Dans les plaines abandonnées où les corps des plus téméraires – ou des plus insensés – gisent sans repos, il a regardé le soleil, au loin, son éclat terne ne lui rendant aucun reflet. Soumis à la tentation, il a préféré mettre en musique ses désirs, ses fantasmes. Et les consumer jusqu’à les réduire en cendres disséminées tout autour de la Terre.

L’album est une peine inconsolable, le testament funèbre d’une quête dont le but, en apparence inatteignable, n’était pas celui auquel Nero Kane s’attendait. Cherchant l’illumination, il a trouvé l’humanité dans son plus déplorable et misérable état. C’est là que sa mission a pris tout son sens : « Tales of Faith and Lunacy » est un regard empli de lucidité et de folie, les visions ésotériques qu’il projettent nous tenaillant jusqu’à l’étouffement. Par sa splendide insalubrité incantatoire, le disque crée une ampleur sonore terrassant les images les plus rationnelles. Les références religieuses demeurent les fantômes hantant les couloirs de l’âme du compositeur et de sa partenaire, leurs chants sacrificiels nous heurtant de plein fouet et bouleversant toutes nos croyances. Entre l’aurore et le crépuscule, ces sept étapes d’une route infinie n’apportent ni le repos, ni le trouble ; elles sont vivantes, créatures diurnes et nocturnes tournant lentement autour de nous afin faire tourner nos sangs jusqu’au vertige ultime, lorsque nous tombons et que notre seul salut dépend de deux consciences qui, elles, ont survécu à l’impensable et écrit le témoignage du calvaire ultime. Merveille de prières et de silences célestes, d’interrogations existentielles demeurant sans réponse, « Tales of Faith and Lunacy » rédige, sur le parchemin des siècles, les légendes modernes d’une inévitable et magnifique agonie. La quintessence de la foi et du doute, de la révélation et de l’incertitude.

« Tales of Faith and Lunacy » de Nero Kane, disponible depuis le 30 octobre 2020 chez Nasoni Records / BloodRock Records / Anacortes Records.


Retrouvez Nero Kane sur :
Site officielFacebookTwitterInstagramYoutube

Partager cet article avec un ami