Sur les hauteurs d’un post-rock exalté, Nanook of the North dresse tous les mécanismes du sous-genre et les saupoudre de tendresse.

Qui dit Nanook, dit inuit. Mais à première vue, rien ne laisse entrevoir un tel rapprochement. Pourtant, c’est bien dans l’arctique des hommes à harpons, des igloos, des hordes de huskies et autres bêtes à neige que le nom du groupe doit tout – ou presque – puisque Nanook fut le premier esquimau filmé pour un documentaire de 1922 et dont l’humanité ait connu l’existence. Incidence ou coïncidence ? Qu’importe ! Ce Nanook-là n’est pas l’intrépide autochtone des glaces, mais plutôt une bande de fétichistes gallois qui préfèrent la passion des sons à celle des pieds couverts de cuir (de phoque ?!).
2012. On descend plus au Sud, à Cardiff, où Nanook of the North s’est formé autour d’une irrésistible envie de rassembler les textes et les bouillons d’inventions de chacun. L’alchimie est incroyable. Celle-ci est généreusement multipliée dans une musique d’éclats et de crescendos nuancés, comme le seraient ceux d’une glace en fusion. Leur premier EP du même nom, enregistré et mixé par le groupe, propose quatre titres exaltés d’un bric-à-brac d’influences riches et diverses : l’électro extensible et turbulent d’Islet (« Nanook »), le math rock de Foals (« We Jump »), le post-rock halluciné d’Explosions in the Sky (« Virgin Sands »), en les soupçonnant d’utiliser quelques d’e-bow, artefact signé du leader Jónsi (Sigur Rós). Au milieu de ces rafales, le paratonnerre « Panda Eyes » contrôle la tempête environnante et révèle l’attendue atmosphère ambiante du post-rock. Une ballade électrique qui joue la carte de la retenue, divinement dirigée par la voix veloutée du morceau.
Des yeux brillants, une mâchoire qui tremblote, des poils qui essaient d’atteindre le firmament, des nuées crépusculaires en fond… Telles ces réactions qui s’enchainent après un reflux exemplaire de renaissance. Piano à bord cette fois, « Panda Eyes » se refait une beauté un an plus tard entre les murs de Rockefield Studios – une aubaine quand on connait les lieux (The Maccabees, Simple Minds). Deux jours d’enregistrement bénis des cieux qui permettent de ressortir le titre en tant que single et de rendre, par la même occasion, hommage à leur ancêtre inuit. Tout vêtu de glace lumineuse, le clip vidéo de « Panda Eyes » est un enchainement épuré de doux travellings qui caressent le minéral dans ses moindres détails. La caméra scrute les projections charnelles de la belle Pixie Meadows qui embrasse la froideur du glacier jusqu’à l’éclatement final. Un travail de précision décerné à Josh Henry Bennett de la compagnie galloise Storm+Shelter, qui a réalisé en autres le magnifique clip de « From Gold » (Novo Amor).

Novo Amor, Scriber, Josh Bennett, Ed Tullett, Nanook… Une famille qui ne cesse de s’agrandir. Des êtres qui s’agrippent sur une même ardeur musicale, telle une bouteille de plongée sur laquelle on miserait toute notre vie, à défaut de remonter à la surface. Une immersion qui ne s’explique pas. C’est simplement sensitif et délibéré. See you on next wonder. Take care guys !
« EP » de Nanook of the North est disponible depuis le 24 octobre 2012.
Le single « Panda Eyes » est sorti le 2 février 2014.
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