Atteindre le sublime avec une voix et une guitare est le moins que l’on puisse espérer de la part de Naia Izumi dont le troisième EP paru depuis janvier 2016, « Don’t Ask Me », confirme tout le bien que l’on pense de cette artiste qui se mêle avec classe aux outsiders.

À l’instar du héros de « 1Q84 » de Haruki Murakami qui voit, nuit après nuit, deux lunes apparaître dans le ciel et s’interroger sur la/sa réalité, nous nous trouvons intrigués à l’écoute de ces morceaux échappant à tout qualificatif… Ce qui n’est pas pour nous déplaire ! Au-delà de l’excentricité dont se parent les poseurs, c’est véritablement dans l’inconnu que nous invite Naia Izumi qui insuffle à chacune de ses compositions une énergie puisée dans une autre dimension. Il semble vain de chercher des affiliations avec d’illustres confrères et consœurs, ce qui donne d’ailleurs cette saveur si particulière et délectable à ces titres où s’entrelacent une guitare leste et des murmures parmi les plus mélodieux qu’il nous ait donné d’entendre ces derniers temps.
Naia Izumi a l’art de faire corps avec une six-cordes certes savante mais jamais prétentieuse au service d’une combinaison inédite et inimaginable jusqu’alors de math rock suave et de funk abrasif. L’interrogation demeure dans nos têtes face à cet assemblage mutant malgré l’injonction et titre-phare que contourne Naia Izumi elle-même dans le cristallin « Who Are We ».
Comme une invitation à fouler au pied les certitudes, « Don’t Ask Me » stupéfie par sa cohésion renforcée depuis le déjà brillant « Never Let Them Tame You ». Nous assistons à la naissance d’une œuvre touchante et unique prenant racine dans les rues de Hollywood où Naia Izumi, outre son activité dans le groupe Utena, délivre des versions brutes de ces titres qui revêtent en studio de gracieux atours.

En quatre titres, les émotions se succèdent. Sur fond d’une guitare acrobate et désarticulée, l’introspection et l’attente se dansent, la sensualité se joue de nous en paraissant tour à tour rugueuse, funky, distante. Naia Izumi réussit avec les honneurs l’exercice périlleux de la création et de la production en solitaire. D’autres EP sont annoncés tout au long de cette année et l’on se réjouit d’avance des titres à venir que l’on présume encore plus étoffés et denses… en souhaitant déjà un long format forcément extraordinaire !
« Don’t Ask Me » de Naia Izumi est disponible depuis le 17 mai 2016.