En trois albums, dont le dernier en date, « Holiday Destination », est sur le point de sortir, l’artiste anglaise Nadine Shah a su, patiemment et avec autant d’émotion que de cœur à l’ouvrage, tracer son cheminà travers le paysage musical anglo-saxon d’une part, et international d’autre part. Une voix inimitable, ainsi qu’un mélange d’atmosphères instrumentales à la fois sombres et éblouissantes, ont fait de la musicienne l’une des figures de proue d’une nouvelle vague d’écriture, entre autobiographie et constats amers, désabusés ou chargés d’un espoir ne demandant qu’à s’épanouir. Nous avons voulu, en sa compagnie, en apprendre plus sur ce nouvel opus, très différent de ses deux précédentes productions, ainsi que sur son regard de compositrice et de femme à propos du monde actuel, de ses politiques, de ses omissions et de la vision qu’une trentenaire que rien ne semble pouvoir arrêter pouvait avoir de ces éléments constitutifs de ses créations. Entretien avec une songwriter à la gentillesse poignante et à l’extraordinaire sincérité, affirmée et sûre d’elle, qui nous redonne envie de vivre, de nous lever, de tendre le poing et de nous battre.

- Bonjour et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Avant tout, je tiens à ce que tu saches que « Holiday Destination » est l’un de mes albums préférés de l’année, tous genres confondus. Il est réellement impressionnant et marquant, dans ta manière de composer. Dans un sens, il m’a semblé que « Love Your Dum and Mad » était une manière de laisser sortir des sentiments de manière abrupte, directe et urgente ; ensuite, « Fast Food » était plus doux. Et « Holiday Destination » a des aspects plutôt rock, et apparaît comme plus contestataire et engagé politiquement. Dans quel état d’esprit étais-tu lorsque tu as commencé à travailler dessus ?
Je pense que tu as totalement raison. Celui-ci est vraiment différent des deux précédents. Le premier était comme une collection de chansons qui auraient pu être écrites sur une période de dix ans ; ce n’était pas très cohérent, parce qu’il y avait tellement de choses à exprimer… Je crois également que l’on peut le diviser en deux parties : une partie plus organique, et une seconde plus lourde et viscérale, simplement parce que je n’arrivais pas à décider quel camp choisir. J’ai donc conservé ces deux aspects. Les chansons du second album ont été écrites de manière beaucoup plus rapide, tout simplement parce qu’il y avait cette pression quotidienne, de ma part comme de celle de mon entourage : » Tu dois faire un deuxième album ». C’était excitant, et j’ai voulu expérimenter de manière plus concrète sur celui-ci, mais je n’ai pas vraiment eu le temps de faire tout ce que je voulais dessus. Malgré tout, « Fast Food » me rend toujours heureuse. Avec « Holiday Destination », c’est la première fois que je compose avec, disons, un film d’une clarté irréprochable dans ma tête, une continuité immuable, et ce, dès la première chanson, qui a donné le thème principal de l’album. Il est beaucoup plus cohérent, comme un véritable plan de travail que j’ai pu suivre scrupuleusement du début à la fin. Je sentais que la direction que j’avais décidée de prendre était là dès le départ, que je voulais tel élément à tel endroit, tel autre élément plus loin dans le disque, etc. La première chanson que j’ai écrite pour ce disque est le titre éponyme, « Holiday Destination ». Je crois me souvenir qu’on était fin 2015. Et je voulais que ce soit une réponse à ce qui se passait en Grèce, sur l’île de Chios, où de nombreux réfugiés arrivaient après un voyage tellement périlleux et dangereux. D’un seul coup, on a vu apparaître toutes ces énergies, toutes ces personnalités fortes dans les journaux, qui débarquaient sur les côtes européennes en attendant de l’aide. Un mouvement massif. Et, concrètement, il est devenu rapidement impossible pour moi d’écrire à propos d’autre chose, comme ma vie sentimentale par exemple. J’ai essayé, mais c’était sur tous les réseaux : sur Internet, dans les médias, partout où tu regardais, tu voyais ces images frappantes, marquantes. Tout le monde m’en parlait. Il y a eu également ce reportage que j’ai vu à la télévision et qui devait durer quatre ou cinq minutes : on voyait ces journalistes qui étaient présents à Chios et qui interviewaient des touristes. Chios est, et c’est ce qui est paradoxal, une destination touristique très prisée. Et j’ai tellement été choquée par ce que certains de ces touristes disaient à propos de la situation qui se jouait sous leurs yeux. Par exemple, il y avait un couple anglais auquel un journaliste a demandé : « Que pensez-vous de ces réfugiés qui arrivent de Syrie ou d’Érythrée ? Est-ce que cela a un impact sur vos vacances ? » Et leur réponse a été écœurante. Ils ont en effet répondu :« Ça a totalement ruiné nos vacances ! » Dans un sens, je peux comprendre pourquoi ils ont dit ça : quand tu vas en vacances quelque part, c’est pour te détendre ou te reposer, et tu es confronté à ces êtres désespérés, ce qui va forcément affecter la manière dont tu te sens, alors que tu es là pour penser avant tout à toi. Mais le fait qu’ils aient osé dire une chose pareille en direct, à la télévision, le fait qu’ils aient eu l’audace de le faire de façon aussi détachée prouve qu’ils n’avaient strictement rien à faire de ce qui arrivait juste devant eux.
Je pense que c’est quelque chose que je commence à constater, et dont tout le monde a l’air de prendre conscience, petit-à-petit. On assiste à une montée constante du nationalisme, qui est à mettre en parallèle avec un déclin général de l’empathie envers l’être humain. Beaucoup de gens ont tendance à dire : « Tant que je vais bien, tout va bien. » En Angleterre, il existe une expression pour ça : « I’m alright, Jack ! » C’est sûrement ce qui m’a le plus dérangée : ce manque d’empathie dont je te parlais, et tout ça sans ressentir la moindre honte ! Tu vois des personnes qui écrivent sur Twitter : « Pourquoi ne retournent-ils pas d’où ils viennent ? » « Je me fous de savoir qui ils sont ! » C’est tellement choquant à entendre, à voir et à lire. C’est de ça que parle le titre « Holiday Destination », et il a constitué la base du reste du disque. Je suis une fan inconditionnelle de PJ Harvey. Et, elle aussi, écrit sur des sujets assez similaires. Mais, pour moi, son dernier album – même si, encore une fois, j’adore ce qu’elle fait – donne l’impression qu’elle est assise, tranquillement, dans une voiture climatisée, qu’elle regarde à travers la vitre et raconte ce qu’elle voit. Et je la préfère vraiment quand elle se met dans la peau de personnages, qu’elle raconte leurs histoires. C’était exactement ce qu’on voulait faire avec ce nouvel album : parler d’individus, évoquer des caractères et tempéraments différents. Parce que tu te dois de donner une voix à ces gens, afin que le public puisse enfin ressentir de la compassion envers eux. C’est comme humaniser ce qui a été déshumanisé ; car on leur a donné beaucoup de noms horribles, qualifiant leur venue sur les côtes grecques d’ « essaim », de « nuée », de « regroupements en masse ».
- Il se passe exactement la même chose en France, malheureusement.
Oui, c’est aussi ce qui arrive, d’après ce que j’ai vu et lu. Ça a notamment été l’un des sujets principaux de votre période électorale, je crois. C’est triste, vraiment. C’est pour ça que nous voulions conserver, encore une fois, cette idée tout au long de l’album : humaniser ce qui ne l’était plus, ces êtres humains qui avaient été, en quelque sorte, désincarnés, dépossédés de leurs identités. Raconter leurs histoires, avec leurs mots à eux. Cela se rapproche beaucoup d’interviews que j’ai regardées, de réfugiés qui étaient interrogés lorsqu’ils débarquaient. Je pense que ça explique pourquoi cet album sonne de manière aussi sensible, aussi à fleur de peau, pour moi.
- La première fois que j’ai écouté « Holiday Destination », notamment la chanson « 2016 », dans laquelle tu parles des artistes qui ont disparu cette année-là, je n’arrêtais pas de penser que ce que tu créais se rapprochait beaucoup de ce que David Bowie composait, notamment dans les années 1990 : un changement radical de style, de nouvelles expérimentations, de nouveaux sons, des paroles aux sujets différents… Tu y exprimes aussi bien des ressentis politiques que personnels ; chaque chanson est écrite en suivant le point de vue de quelqu’un sur une situation donnée. Pas uniquement le tien, mais également celui d’autres individus confrontés à un moment précis, un instant donné. Après le titre « Holiday Destination », comment sont nées les autres chansons présentes sur l’album, et comment as-tu décidé de leur ordre spécifique ?
Il y a un tel message politique à travers l’album, et c’est ce qui avait le plus d’importance pour moi. Ma chanson politique préférée de tous les temps a été composée par Stevie Wonder. Et, parmi les artistes britanniques, il y a bien sûr Billy Bragg. C’est un musicien que j’adore, et j’ai eu la chance de jouer sur la même scène que lui, à Glastonbury. Je suis très admirative par rapport à son travail ; cela étant, je ne voulais pas que l’album soit aussi militant qu’un disque de Billy Bragg. Je voulais plus que ça se rapproche de ce qu’a fait Stevie Wonder. Parce que, même si tu tiens à délivrer un message, tu ne dois pas oublier qu’il faut une qualité musicale qui l’accompagne, afin d’encore mieux l’exprimer. Je n’essaie pas de tricher avec le public en lui donnant une musique sur laquelle ils ne va pas pouvoir danser ; c’est simplement que je veux que les propos soient accessibles à tous. Je ne tenais pas non plus à ce que la musique soit macabre, du fait des sujets abordés ; je voulais qu’elle soit énergique. Et je suppose que c’est une source d’espoir idéale, qui peut encourager les gens à agir ; comme un appel aux armes dans une situation d’urgence. Je voulais réellement modifier l’aspect sonore de mes chansons. Je voulais beaucoup plus d’énergie dans celles-ci. Nous avons invité un excellent saxophoniste, Pete Wareham. Pete est dans un groupe qui s’appelle Melt Yourself Down, et il a également joué avec Acoustic Ladyland. Ça a été une expérience fabuleuse et inédite, de travailler avec un saxophoniste pendant des sessions d’enregistrement live. Ça donne également beaucoup de puissance pendant les concerts, en plus de m’accorder plus d’espace sur scène et de créer une nouvelle dynamique. Je joue moins de guitare pendant les sets, je suis plus à même de bouger ; et, avec le saxophone, ses sonorités nous rapprochent de gammes et d’arpèges orientaux, que j’aime beaucoup. Et je tenais vraiment à avoir ce type d’influences sur l’album, puisque les pays dont je parle sont surtout des territoires du Moyen-Orient, et ils possèdent tous un son particulier. À vrai dire, la plupart des arrangements et des sonorités, des idées créatrices, viennent surtout de mon producteur, Ben Hillier. On écoutait beaucoup de disques de Fela Kuti, Talking Heads et Can, et d’autres encore ; mais, plus spécifiquement, ces trois projets prédominaient, alors que nous réalisions l’album. Je crois qu’ils ont eu une énorme influence sur le son final des enregistrements, surtout sur la chanson « Place Like This » : il y a une section rythmique qui sonne comme du Fela Kuti. Tout ça mis bout à bout a été une véritable expérience pour moi ; ça m’a obligée à me projeter plus loin, à sortir de moi-même pour aller chercher de nouvelles idées, de nouvelles inspirations. Et, musicalement, Ben Hillier a fait exactement la même chose. De ce fait, l’une des raisons pour lesquelles j’aime cet album est que je peux entendre le travail phénoménal de Ben tout au long des chansons, du début à la fin. Je peux distinguer toutes ses influences.
- Sur ton nouvel album, il faut attendre la quatrième ou la cinquième chanson avant d’entendre ta voix seule ; auparavant, elle est soit démultipliée, soit accompagnée de chœurs. Pourquoi as-tu choisi de créer cette sorte de groupe autour de toi, en particulier sur cet album ?
En fait, les musiciens et moi sommes comme un gang, et c’est ainsi que je voulais que ça sonne ! Ça nous a permis d’ajouter encore plus d’énergie aux chansons, au lieu d’avoir une simple voix solo. Ça permettait d’avoir un menu en écoutant, et je crois qu’on l’a fait surtout dans ce sens ; ce choix apportait une saveur particulière à chaque titre, ça les rendait plus puissants. Et il me semble que c’est la seule raison, en fait ! (rires)
- Et crois-tu que, notamment dans le cas d’une chanson comme « Place Like This », un tel choix pourrait lui donner une consonance politique plus universelle ? Une manière d’éveiller les consciences avant « Holiday Destination » ?
Oui, tout à fait. Je ne sais pas si tu l’as entendu mais, à la fin de « Place Like This », il y a un chant que j’ai enregistré durant une marche de protestation à Londres. Les mots que tu entends sont « Say it loud, say it clear : refugees are welcome here ! » Cet extrait nous a permis de créer une sorte de teasing de l’album, grâce à « Place Like This ». Au départ, elle est amusante, elle donne envie de danser ; puis intervient ce moment particulier. Il était primordial que nous mettions ce slogan à la fin du titre, car il installe parfaitement le contexte dans lequel l’album va ensuite évoluer. Ce n’est pas une manière de prendre les gens en traître, après une chanson aussi rythmée que « Place Like This » ; c’est juste que, d’un seul coup, il y a toutes ces voix qui s’élèvent et crient la même phrase, sans prévenir. Grâce à ça, le public comprend immédiatement de quoi va parler l’album, que chacune des chansons va apporter sa pierre à l’édifice. Cela permet de dire que le contexte a été posé. Encore une fois, il ne pouvait pas être ailleurs sur « Holiday Destination » ; c’était sa place, quoi qu’il arrive. Certaines personnes vont forcément dire : « OK, on ne peut pas vraiment affirmer que ce soit une bonne idée, car ça va certainement diviser le public. » Mais je n’accorde pas d’importance à ça. Si je le faisais, ce serait assez lâche de ma part. Je sais qu’il y a quelques fans qui n’apprécient pas ce que je dis, mais tant pis.
- Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Tu as eu des échos qui sont revenus vers toi à propos des thèmes de l’album ?
Oui, absolument. Le fait, notamment, que mon nom de famille soit un patronyme musulman très répandu. Beaucoup de gens disent des choses négatives me concernant à cause de mon nom de famille. Il y a des fans qui disent : « Tu parles de ça simplement parce que ce sont des gens qui sont proches de toi, que vous avez les mêmes origines ! » C’est réellement triste, de tout résumer à ça ; mais je considère que ce que je fais demeure important, quoi qu’on en dise. Il y a peu d’artistes originaires de l’Asie du Sud dans le cercle artistique où j’évolue, et encore moins de femmes ; je ressens donc qu’il est de mon devoir de parler de ces sujets, notamment parce que mon père est pakistanais. Quand je parle des réfugiés, je ne fais pas que parler de la migration de ces populations. Mon père est un immigrant ; il est venu au Royaume-Uni à la fin des années 1960. Ma mère est norvégienne. Sans les politiques d’immigration, je ne serais pas là, de même que bon nombre de mes amis. La musique que j’aime n’existerait pas pour moi. La nourriture que j’aime me serait inaccessible. La ville dans laquelle je vivrais serait ennuyeuse. C’est également pour ces raisons que je parle d’immigration sur cet album. J’espère sincèrement que « Place Like This » va résonner dans le cœur des gens ; les paroles doivent t’aider à regarder ce qui se passe autour de toi, comme c’est un peu le cas avec toutes celles de l’album. Il faut que cela ouvre les yeux du public, afin qu’il puisse voir ce qui se passe, puis qu’il réfléchisse et intériorise pour parvenir à comparer sa propre situation à celle des autres. J’ai moi-même un enfant, et un rôle à jouer. C’est un élément très important de la réflexion, et nos conclusions sont fiables ; on peut avoir confiance en ce qui en ressort. Le tout est de susciter, de plus en plus, l’empathie chez la majorité des habitants de notre planète. Il y a un grand rejet des droits et devoirs civiques dans de nombreux pays, et j’espère que « Place Like This » pourra aider à remédier à ça.
- Parmi les autres sujets que tu abordes sur « Holiday Destination », en quoi le fait d’avoir 30 ans a-t-il changé ta conception du monde, des relations avec les autres ou de ton écriture, de manière plus particulière ? Dans la chanson dont je veux parler (« 2016 »), j’aime beaucoup l’utilisation que tu fais du terme « detox ». Peux-tu nous expliquer pourquoi ce mot, et en quoi tu te sens différente des gens de ta génération qui t’entourent ?
Musicalement et personnellement, ça a été un grand changement dans ma vie. En Angleterre, les femmes se mettent beaucoup de pression – et il faut bien avouer que leur entourage leur en met pas mal aussi… J’entends des amies de mon âge dire : « Oh, je ne suis pas mariée. Je n’ai pas d’enfant. Et je n’ai plus beaucoup de temps pour fonder une famille. », ce genre de choses. Cette horloge interne qui tourne, irrémédiablement. Mais c’est vraiment triste, notamment parce que j’ai vu ce que ce principe assez rétrograde avait pu provoquer chez certaines de mes amies proches ; la manière dont elles sont affectées par cette espèce de syndrome du vieillissement, alors que ce n’en pas un. Personnellement, je me sens moins concernée parce que je suis célibataire. Mais, de leur côté, leurs familles leur mettent une pression incroyable. Et, à cause de ça, certaines de mes amies deviennent vraiment pénibles et ennuyeuses ! (rires) Par exemple, je leur demande : « Tu veux sortir boire un verre ce soir ? », et je m’entends répondre « Non, je vais à mon cours de yoga. » Le yoga m’a fait perdre beaucoup d’amies, en fait ! (rires)
- J’ai une amie anglaise qui a traversé le même genre de situation quand elle a eu 30 ans ; tout le monde autour d’elle, famille comme amis, l’encourageait à se marier, à avoir des enfants, etc. Et elle a cédé. Et, de mon point de vue, en ayant 40 ans, en étant célibataire et sans enfant, c’est une chose que je ne parviens absolument pas à comprendre. J’aimerais beaucoup savoir ce que toi, en tant que mère célibataire, tu en penses. Sur « 2016 », tu évoques ce paradoxe entre ce qu’on te dit de faire et la liberté que tu tiens à conserver, notamment pour parler des réfugiés, d’artistes disparus ou d’un certain fasciste à la Maison-Blanche… D’ailleurs, je ne sais pas si tu as un concert prévu à Washington, mais fais attention aux endroits où tu vas te promener ! (rires)
Non, pour l’instant, pas de concert là-bas ! Mais, si tu veux tout savoir, nous n’avons jamais eu la possibilité d’aller jouer en Amérique ; simplement parce qu’à chaque fois, mon visa d’entrée ne m’était pas accordé.
- Vraiment ? Pourquoi ?
Simplement, à cause de mon nom de famille. Je ne vois pas d’autre raison. Parmi mon groupe, tout le monde a obtenu son visa sans aucun problème, sauf moi. Et le pire, c’est que tu n’as pas le droit de contester la décision qui t’est donnée. Mais je garde espoir, et je pense qu’on va y arriver la prochaine fois. Je veux vraiment aller jouer là-bas. Mais j’éviterai les environs de la Maison Blanche, bien évidemment ! (rires)
- Alors, comment te positionnes-tu en tant que mère célibataire de 31 ans, au milieu de tous ces gens qui ne pensent qu’à fonder une famille, se marier, avoir une vie bien rangée, etc., tandis que tu as choisi une vie d’artiste, avec ses contraintes, ses libertés et ses tourments ? Que répondrais-tu à tes détracteurs concernant tes décisions, la vie que tu mènes et dans laquelle, comme le prouve l’album, tu es totalement immergée et intégrée ?
Ce que j’exprime dans « 2016 », c’est justement que je ne suis pas du tout énervée par ce qui se dit. La chanson elle-même est un jeu, pour moi, surtout lorsque je parle de mes expériences et choix personnels. Dans le dernier couplet, j’évoque tout ce qui peut se produire dehors, à l’extérieur ; c’est ma manière de faire comprendre que s’enfermer selon un modèle ne sert strictement à rien. Le fait d’avoir 30 ans n’est pas compliqué ; d’autres personnes ont des problèmes beaucoup plus importants. Et le fait de m’entendre dire « Tu devrais faire ci, ou ça » ne me touche pas. Il y a des choses qui sont beaucoup plus compliquées, et sur lesquelles tu dois te concentrer de manière plus intense que sur le fait d’être célibataire, de ne pas être mariée, de ne pas avoir d’enfants… Il y a des sujets qui sont tellement plus brûlants et qui méritent qu’on s’y attarde, qu’on s’y intéresse intensément. Ça ne me dérange pas outre mesure ; j’ai choisi cette vie et, dans l’industrie dans laquelle je travaille, il y a une telle pression exercée sur les femmes ; particulièrement dans l’industrie musicale. Il faut être jeune, belle… Mais, à vrai dire, je m’en fous totalement. Dans le clip de « Out The Way », je me moque justement du fait d’être attirante ; je ne porte pas de maquillage, juste des prothèses qui donnent l’impression que j’ai été frappée, battue. Mais je me fiche de paraître belle ; c’est loin d’être ma priorité.
Je n’ai pas peur de vieillir, non plus. Je commence à avoir des cheveux blancs, et ça me plaît beaucoup ! Et je sais d’ores et déjà que j’aimerais me voir avec des cheveux blancs, quand je serai plus âgée ; il y a quelque chose de gracieux dans le fait d’avoir les cheveux blancs. Je pense que les femmes ont besoin d’avoir plus d’exemples, au niveau des médias par exemple, de femmes qui embrassent à bras le corps le fait de vieillir, qui l’assument pleinement. Des femmes indépendantes, qui n’ont pas besoin ni envie d’être mariées ou ne sont pas obligées de concevoir des enfants. Mais, si quelqu’un souhaite avoir un enfant, pour une bonne raison et pas à cause d’une certaine pression extérieure, il n’y a aucun mal à ça. J’aimerais assumer mon rôle de mère, que j’aie mes propres enfants ou que j’adopte ; l’un ou l’autre me convient parfaitement. Si j’arrive à un âge où il est difficile de concevoir un enfant, je n’hésiterai pas et j’adopterai. Mais je reste persuadée que nous avons besoin de femmes qui, justement, parlent de ces sujets, de ces libertés ; et elles manquent cruellement à l’image féminine que l’on voit tous les jours. Regarde l’industrie musicale actuelle : il y a beaucoup d’artistes installés depuis longtemps qui continuent à cartonner dans les charts ! Nick Cave, PJ Harvey, Marianne Faithfull, David Bowie, Leonard Cohen… Ils ont tous eu des albums qui ont fini dans le Top 10 récemment, et ça doit être une première. Je ne me souviens pas avoir déjà vu, quelques années auparavant, des artistes plus âgés parvenir à des niveaux aussi élevés. Mais tu remarqueras qu’il n’y a pas tant de femmes plus âgées que ça, car il y a toujours ce mythe selon lequel la femme existe pour enfanter, ne pas travailler et élever sa progéniture ; et moins de femmes qui peuvent faire les deux, à savoir, s’occuper de leurs enfants et travailler. Cela étant, il y a de nombreux exemples de business women qui y sont parvenues, de même que des artistes. C’est le message principal de « 2016 » : les idées reçues sont ridicules et il ne faut pas s’en inquiéter, mais plutôt embrasser les opportunités qui continuent à s’ouvrir à nous lorsque l’on a 30 ans. Et il peut arriver tant de belles choses, à ce moment de la vie. J’espère que le message va passer ! (rires)
- Dans la chanson « Mother Fighter », tu acceptes le fait qu’être mère, c’est se confronter, à un moment ou à un autre, à des disputes avec ton enfant, des discordes, des mésententes. Tu prouves aussi à cet enfant que le monde dans lequel nous vivons, et qui doit changer, comme tu l’exprimes à travers les premiers titres du disque, est difficile. Mais ce combat et ces vérités semblent naturelles, comme faisant partie du rôle de mère. Est-ce quelque chose que tu as toi-même vécu, ou un sentiment qui existe en toi, ta vision de la maternité et de ce qu’elle implique vis-à-vis des enfants que tu as ou auras ?
Je crois que cette chanson est la plus importante pour moi. Je l’ai écrite en m’inspirant d’une femme que j’admire énormément après avoir vu un documentaire, « A Syrian Love Story », réalisé par Sean McAllister. Il a suivi une famille qui est sur le point de quitter la Syrie. Le père et la mère étaient des activistes politiques, ils ont été emprisonnés puis ont dû fuir la Syrie avec leurs enfants. Et cette femme, cette mère, Ragdha, est l’une des héroïnes modernes les plus admirables dont j’ai entendu parler. Elle m’inspirait terriblement. Après la diffusion du documentaire, celui-ci a reçu des critiques très négatives. Des gens disaient : « Je n’arrive pas à croire qu’après avoir fui la Syrie, elle ait pu abandonner ses enfants pour retourner dans son pays. Quel genre de mère ferait une chose pareille ? » Tout d’abord, elle n’a pas abandonné ses enfants, ni ne les a livrés à eux-mêmes ; elle les a confiés à leur père, qui n’est pas retourné en Syrie. Ensuite, elle est rentrée en Syrie pour se battre pour son pays, ainsi que pour ses enfants, parce qu’elle souhaite qu’un jour, ils puissent revenir en paix là-bas. « Mother Fighter » parle de Ragdha, de son périple, de son combat, de ses choix difficiles mais, surtout, de son courage. J’ai réussi à entrer en contact avec le réalisateur du film pour lui dire que j’avais écrit cette chanson, et il l’a dit à Ragdha. Elle a été bouleversée en l’apprenant et en l’entendant. Je n’écris pas souvent de chansons à propos d’une personne en particulier, en ayant la possibilité de la faire écouter à l’intéressé(e) et de prouver que je veux faire quelque chose, agir en son nom. Pour moi, j’ai eu la sensation, à travers ce titre, de faire mon travail correctement ; d’être capable d’apporter mon soutien à quelqu’un, de lui donner du pouvoir, de l’énergie. Pour elle, c’était merveilleux de savoir que quelqu’un avait entendu son histoire, de savoir qu’elle faisait quelque chose de remarquable et qu’ainsi, elle inspirait d’autres personnes. Il est important que tous ceux qui agissent de cette manière, qui font de grandes choses, soient reconnus, admirés, soutenus, félicités et célébrés. Dans cette chanson, je lui rends l’hommage qui lui est dû. Même si ce n’est pas que de Ragdha dont je parle, au final ; il pourrait s’agir de n’importe quelle autre femme. Certaines de mes amies sont maintenant devenues mères, et je les admire aussi. Quand on était adolescentes, on sortait, on buvait, on faisait n’importe quoi n’importe comment. On a fait des bêtises phénoménales. Et, maintenant, ce sont les mères de famille les plus admirables et parfaites, et je trouve merveilleux de voir ces amies devenir, de cette manière, des femmes fortes, des modèles à suivre. Je suis tellement fière d’elles. Quand je parle d’une mère, ce n’est pas un vain mot, ni une manière de dire que seules les femmes sont capables d’accomplir de tels miracles. Je connais beaucoup de pères, mariés ou célibataires, qui sont également incroyables. Je regarde beaucoup de documentaires, et il y en a où l’on voit des pères se battre tous les jours pour leurs enfants. J’espère que les hommes pourront, eux aussi, se reconnaître dans cette chanson. Le sujet principal de « Mother Fighter » est : « Tu peux faire les deux, être une mère et te battre pour tes idéaux. » Au niveau des paroles, c’est définitivement celle que je préfère sur l’album.
- Qui a réalisé l’incroyable pochette de l’album ?
C’est un photographe anglais, Christian Stephen. Un jour, je suis allée voir une amie jouer en concert et je l’ai rencontré lors de l’after. Il a seulement 22 ans, et il est une grande source d’inspiration pour moi. Je crois qu’il est le plus jeune correspondant de guerre au monde. Il a traversé de nombreuses zones de conflits, filmant et photographiant ce qui s’y déroulait. Et il fait ça depuis qu’il a 17 ans ! Il est vraiment incroyable. Si tu cherches sur Google, tu verras qu’il apparaît dans de nombreuses émissions télévisées. Les endroits où il se rend dans le monde sont effrayants, mais il n’hésite pas à aller en première ligne pour son travail. Je crois qu’une partie de lui doit être un peu folle, quand je vois les risques qu’il prend. Il faut l’être pour te mettre dans de telles situations. Mais quel courage il a ! Et si jeune, en plus ! C’est insensé. Je lui ai donc parlé de l’album et on s’est promis de rester en contact, ce qu’on a fait. Plus tard, je l’ai rappelé et je lui ai demandé s’il avait des images que je pourrais utiliser pour l’album. On s’est retrouvés autour d’un verre et il m’a montré plusieurs photos. Certaines d’entre elles étaient impressionnantes, mais trop violentes. Je n’aurais jamais pu les utiliser pour la pochette d’un disque ; elles étaient vraiment troublantes. Mais, concernant celle que nous avons utilisée pour illustrer l’album, il l’a prise alors qu’il se trouvait dans la bande de Gaza. Dès le départ, je ne voulais pas une photo qui ait été prise en Syrie ; parce que, même si je parle de la crise des réfugiés syriens, les troubles et les guerres n’ont malheureusement pas lieu que dans ce pays. Ily en a en Érythrée, en Afghanistan, au Soudan, partout dans le monde. Il était donc crucial que je montre un autre endroit, puisque le disque parle de tous ces lieux où la guerre fait rage et dont les populations tentent, par tout les moyens, de s’échapper ou de survivre. Ce que j’aime avec cette photo, c’est qu’elle transmet un véritable message de défi : il y a ce jeune garçon dans un immeuble détruit peu de temps auparavant par une bombe, il y a un trou gigantesque dans le mur et ce gosse, qui ne doit pas avoir plus de 7 ou 8 ans, se tient au milieu des décombres en faisant le signe de la paix. J’ai tout de suite su que c’était une image incroyable, avec une signification puissante concernant le fait de rester debout, de ne pas se soumettre, de ne pas s’avouer vaincu. Et, malgré toute la dévastation qui l’entoure, ce garçon se tient là, debout. Il a l’air tellement courageux et autoritaire, et je trouve que sa posture transmet un message magnifique à ceux qui le voient. Chacun de nous est toujours en quête d’espoir ; et, quand je contemple une image comme celle-là, je me sens remplie d’espoir.
- J’ai une théorie concernant tes pochettes d’albums que je souhaite te soumettre, afin que tu me dises si tu es d’accord ou non.
OK, vas-y ! (rires)
- Pour le premier album, « Love Your Dum And Mad », il y a ce dessin enfantin sur la pochette, qui offre beaucoup d’interprétations différentes. Pour « Fast Food », la photo est beaucoup plus atmosphérique et laisse apparaître ton visage dans des tons rouges et bleus vraiment poétiques. Enfin, pour « Holiday Destination », la photo dont tu me parlais est beaucoup plus directe et frappante. J’ai l’impression que tu gagnes en maturité à travers ta musique, et que les pochettes de tes disques illustrent cette progression : tu commences par le besoin urgent de parler de la famille, des amis, des fêtes ; puis, tu arrives à un niveau de plénitude, de certitude par rapport à ta capacité à créer, notamment parce que tu sais que ta musique touche les gens ; et, enfin, tu affirmes l’une des fonctions de ton art et de ta musique. Serais-tu d’accord pour dire que ces artworks représentent cette avancée dans le temps, ces changements que tu traverses ? Une manière de passer de l’intime à l’universel, de chanter tout bas puis de hurler haut et fort ce que tu revendiques en tant qu’artiste ?
Pour moi, les images sont aussi importantes que la musique elle-même. J’ai fait des études artistiques et je crois que, si je n’étais pas musicienne, je serais très certainement peintre ou photographe. La pochette d’un disque est le premier contact que le public va avoir avec ce que tu fais, avant même de découvrir les chansons ; la majorité des gens voient d’abord l’artwork avant d’entendre la musique elle-même. La question est alors : comment transmettre un message sur ce qui est à l’intérieur de l’album ? La pochette du premier a été réalisée par l’un de mes meilleurs amis, qui est malheureusement décédé depuis. Cette image est l’une de ses peintures. Pour moi, elle me fait beaucoup penser au travail de Jean-Michel Basquiat. Elle est pleine de vie et amusante mais, si tu la regardes de plus près, elle est réellement sinistre. C’est une œuvre qu’il a créée après être sorti d’un hôpital psychiatrique, où il était traité pour des problèmes mentaux. Quand il s’est retrouvé dehors, il s’est énormément inspiré de son séjour là-bas pour donner vie à ses tableaux, pour représenter ce par quoi il était passé. C’est pour cette raison que, au milieu des couleurs, tu retrouves beaucoup de mots dans ses peintures ; comme une manière, pour lui, de faire sourire avec la situation qu’il a vécue sans oublier à quel point elle est difficile, sans laisser de côté la souffrance qu’il a éprouvée. Il était donc primordial, pour moi, d’avoir cette peinture afin d’illustrer le premier album. Et c’est également une manière de continuer à faire vivre son art, qui est magnifique. Pour le second, j’ai voulu me mettre en scène parce que, dans les chansons, je parlais beaucoup de moi, ce que je n’avais jamais vraiment fait auparavant. Je voulais un portrait de femme fatale. Je me suis également inspirée des couleurs de « Suspiria » de Dario Argento, de ses teintes à la fois voyantes et épurées. J’espère qu’on est parvenus à ce résultat.
- Étant un grand fan de films d’horreur, et de « Suspiria » en particulier, je te rassure, tu as parfaitement réussi !
Yeah ! (rires) Et, pour le troisième album, c’est pour toutes les raisons que je t’ai exposées auparavant. Je pense que chaque pochette de disque a son intérêt, son langage propre et illustre les thèmes ou les émotions que tu ressens en écoutant la musique.
- À l’époque de la sortie de « Love Your Dum And Mad », pourquoi as-tu choisi la chanson « Dreary Town » afin de la réinterpréter en français sous le titre « Ville morose » ?
Tout simplement parce que j’adore le français ! Je suis également fascinée par la culture française en général, comme tu peux le voir (sur la table, Nadine a un exemplaire de « Bonjour Tristesse » de Françoise Sagan, NDLR). J’aime également énormément Baudelaire. J’ai eu la chance de grandir en acquérant une culture française importante au fil de mes études. Ou peut-être parce que mon prénom est français, aussi. Ma mère a toujours été une passionnée de culture française. J’ai toujours voulu parler français ; quand j’étais plus jeune, je m’exprimais très bien en français, en fait. Mais, maintenant, c’est une horreur ! Mais ma colocataire est française, donc je vais pouvoir m’entraîner avec elle. Même si, pour l’instant, elle ne m’a appris que des jeux stupides, comme « je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Le premier qui rira aura une tapette ! » (en français dans le texte, NDLR) Le genre de choses que je n’utiliserai jamais en venant en France ! Et quand je lui demande de quelle manière commander un plat dans un restaurant en France, elle me répond : « Non, ça ne sert à rien, les jeux sont beaucoup mieux ! » Ou encore, des expressions comme « quand les poules auront des dents ! » (toujours en français dans le texte, NDLR) C’est clair que je ne peux pas m’en servir, mais ça a au moins le mérite d’être drôle ! Plus sérieusement, et pour revenir à ta question, Edith Piaf est l’une de mes chanteuses préférées, et je suis toujours admirative en écoutant la version de « Ne me quitte pas » de Nina Simone. J’aime la manière dont le français sonne, et j’avais toujours rêvé d’enregistrer une chanson dans votre langue. Et « Dreary Town » s’y prêtait parfaitement, notamment grâce à l’ampleur du rythme de valse, qui correspondait à la vision que j’avais de l’expression des paroles en français. J’aimerais en faire plus, si je peux, même si ce sera difficile avec « Holiday Destination ». Mais, dans le futur, je suis certaine que j’enregistrerai une collection de chansons en français.
- Comment les personnes qui ont pu entendre « Holiday Destination » avant sa sortie officielle ont-elles réagi à son écoute ? Ont-elles été surprises ? Ont-elles aimé ou non ? Quels ont été les avis que tu es parvenue à recueillir ?
Il y a une chose qui est exceptionnelle : c’est que les fans qui sont arrivés pour le premier album étaient là pour le second, et sont toujours là pour le troisième. De plus, j’ai la chance d’avoir un public de plus en plus large et conséquent. Je m’en rends surtout compte quand je suis sur scène : à un certain moment, pour une chanson en particulier, une jeune femme va réagir de manière plus appuyée et, sur une autre, c’est un jeune homme qui va sembler ému. C’est impressionnant et fascinant à observer. J’ai aussi constaté que la diversité et la dynamique du public changeait elle aussi, tout en grandissant ; c’est certainement l’un des aspects les plus excitants de mon métier. Les gens qui sont là depuis le début sont restés fidèles, même si le son a changé de manière drastique au fil du temps. C’est une chose merveilleuse pour une artiste ; comme s’ils avaient investi en toi, en ce que tu fais, en t’accordant leur présence et leur confiance. Des fans grandissent en même temps que toi, et c’est adorable à constater et à réaliser. Je suis restée deux jours à Paris, et j’ai revu des journalistes que j’avais rencontrés pour la première fois il y a cinq ans et qui ont répondu présent, en même temps que de nouveaux visages que je ne connaissais pas. J’ai l’impression de voyager avec eux, avec tous ceux qui me suivent depuis cinq ans maintenant. J’adore cette sensation, et je leur suis très reconnaissante.
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