Nous l’avions découvert début 2021, au milieu d’un hiver gris où nos sorties étaient restreintes et nos soirées passibles d’amende. Nous avions d’abord été séduits par ce clip léché, tourné en été, puis par sa mélodie entêtante qui faisait se balancer nos hanches. Le phrasé et les paroles nous inspiraient cependant une moue. « Pho » nous déroutait quelque peu : un titre à la fois entrainant et agaçant, peut-être parce que son interprétation et ses mots un brin arrogants nous rappelaient trop bien notre vécu. Impossible alors de trouver une seule information sur son mystérieux auteur. Et puis d’autres morceaux sont sortis et petit à petit ce fameux Mr GISCARD, Valery de son prénom, a gagné en médiatisation jusqu’à publier un premier album, justement intitulé « :): ». Curieux nous nous sommes donc rendus à Botanique pour découvrir en live ces chansons qui passent en boucle dans nos écouteurs depuis près de deux ans.

Programmé dans la rotonde, salle conçue comme un petit amphithéâtre, Mr GISCARD a attiré un public jeune semblant connaître les paroles sur le bout des doigts. Sans première partie, le concert s’ouvre sur « Pho » et d’office les voix s’élèvent pour chanter avec joie le refrain. Les morceaux souvent courts, aux beats irrésistibles, semblent se suivre à toute allure. Nous avons l’impression que tous sont des tubes.
Mr GISCARD offre à l’audience un nouveau morceau « sorti du four » dont nous ne retenons certes pas le titre, mais cette phrase ; « tu sais la vie c’est dur mon pote ». Peut-être y a-t-il une forme de catharsis dans la démarche d’écouter l’artiste et de chanter ses paroles. À travers « Tu sais ma vie c’est chiant », « H&M », « Carla » et toutes les autres compositions transparait un mal-être latent. Elles nous parlent de précarité financière, du sentiment de ne pas savoir comment faire pour être adulte, de ne pas savoir s’engager et de la tristesse provoquée. Finalement les mots à moitié articulés trouvent une poésie dans les galères, parfois sombres et parfois pathétiques, de l’ordinaire. Paradoxalement la joie ressentie par le public semble traduire si ce n’est un besoin de revanche sur la vie, du moins l’affirmation qu’au pire on s’en fiche. La reprise de « Polka » écrite par Mathieu Boogaerts pour Luce nous surprend agréablement. Son interprétation dépouillée s’inscrit parfaitement dans le registre sensible de Mr GISCARD.
Avant de partir Mr GISCARD, accompagné par ses musiciens, joue à nouveau « Pho » et « JVP » à la demande générale. Il descend plusieurs fois danser dans la foule qu’il tente de l’animer davantage. Mais la fête restera un peu (trop) sage, sans doute est-il encore tôt pour que les spectateurs se déchainent.
À l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, sa date à la Cigale est presque complète. Souhaitons-lui de rencontrer une audience plus animée pour clôturer avec panache sa tournée et quitter, un tant soit peu, sa mélancolie urbaine.














