[Live] Morcheeba au Chabada

On a (presque) tous un souvenir personnel et émotionnel lié à une chanson de Moorcheba. Celui d’un été langoureux au bord de la mer, de rêveries et de palpitations amoureuses, d’une soirée confidente en tête à tête, d’un réveillon sincère entre amis proches, de la naissance émerveillée de son premier enfant.

Morcheeba © Fred Lombard

Rendons donc à César ce qui lui appartient : la propension de Morcheeba à nous déconnecter des nuisances et de la pollution environnementales pour mieux nous recentrer sur des instants de bonheur qui ne s’en retrouvent que magnifiés.
Depuis une vingtaine d’années, la sublime Shirley Klarisse Yonavive Edwards aka Skye Edwards, chaleureusement épaulée par les frères Godfrey, nous chantonne à l’oreille des mélodies jouissives empruntant la plupart du temps la route du trip-hop, du blues et de l’ambiant. Sa joie de chanter et son désir permanent de sourire à la vie portent les notes et les rythmes avec grâce tout au long des opus qu’elle a pu livrer avec ses compères du début. Bien qu’elle soit allée pendant un certain temps voir ailleurs si l’herbe (à fumer) était plus verte, on ne saura que la pardonner d’avoir renoué en 2010 avec More Cheeba (encore de l’herbe, signification revendiquée par Paul Godfrey himself) et de ré-apposer son style et sa voix si singuliers qui font et qui feront à tout jamais la marque de fabrique indélébile du groupe de Dover (and over and over again).

C’est donc en toute logique que la salle du Chabada affiche complet en ce lundi 24 novembre 2014 pour se (re)plonger avec délice dans les volutes sonores sinueuses de Miss Edwards dont le tour de chant ce soir sera uniquement centré sur les hits du groupe depuis ses tout débuts.

Dans une brume lumineuse, face à un public impatient et attentif, Morcheeba se glisse sur scène pour un warm-up électro-acoustique mené au cajón par le fils de Skye. Maniant son caisson avec douceur et dextérité, ses mains habiles et râpeuses sonnent le tempo à sa mère qui nous invite virtuellement dans son lounge, au son de « Trigger Hippie », « Under the Ice » et « World Looking In ». Le groupe communie avec l’audience, invitant du regard chacun à monter sur scène pour ne plus faire qu’un. Robe en plumes noires et couronne tressée argentée, la reine Skye perche son talent sur des talons perchés. Et de demander la lumière dans la salle pour mieux scruter les visages amis qui la fixent et retiennent leur souffle devant cette voix gracile et habile. « Part of the Process », « Otherwise », « Moog Island », « Col », la boulette à facette illumine de plumetis les pommettes radieuses des premiers rangs qui susurrent sans discontinuer les paroles de chaque morceau. Ou qui scrutent les doigts long et fins de Skye grattouillant parfois un ukulélé. J’aime le rouge crie la chanteuse. « Blood is the color », assure-t-elle pour transitionner avec « Blood Like Lemonade » et « Slow Down ». Celle qui est certainement une des plus belles et charismatiques femmes à se produire sur scène n’en finit pas de faire monter la température et s’en excuse presque. Touchant le front d’un quadra se pâmant à ses pieds, une brise bleue envahit la salle aux premières notes de « The Sea » qui chaloupe harmonieusement aux ressacs du tube planétaire .

Reprenant sa respiration le temps d’un selfie, Skye entonne « Blindfold » et « Rome » dans un final groovy et tourbillonnant, au seuil d’un club de jazz qui certes n’aurait pas pu lui fermer sa porte.
Le rappel appelle les spectateurs à entonner « Over and Over » en version acoustique. Une telle écriture ne serait d’ailleurs pas mieux servie qu’avec la sobriété et la clarté de la guitare de Ross Godfrey. Fière de sa robe cousue main, Skye joue la coquette et continue sa conquête du public en lui prêtant de petites attentions. Tel ce happy birthday policé chanté à Roxane, spectatrice dans la salle. Et de couvrir son gâteau d’anniversaire des petites lampes des téléphones du public tout entier qui savoure en clôture de set un « Fear and Love » et un « Let Me See » au goût de trop peu.

En 90 minutes, Morcheeba aura donc fait revivre ses heures et ses instants de gloire dans un concert maîtrisé, empathique, chaleureux. Un bain de jouvence dans le « Big Calm » d’un océan de tubes dans lequel nous aurons plaisir à nous laisser dériver, n’en doutons pas, pendant encore de nombreuses années.


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