[Live] Monster Truck et Royal Tusk au Forum de Vauréal

Un simple coup d’œil à la centaine de photos exposées dans le hall du Forum de Vauréal donne le tournis. On imagine sans mal que la soirée va être excellente lorsqu’on constate que des vétérans du rock (Ace Frehley, Steve Lukather, Richie Kotzen…) sont passés par cette salle aux dimensions modestes, mais gérée par une équipe enthousiaste et accueillante.

Monster Truck – crédit : Mat Ninat Studio

Pour l’heure, Royal Tusk balance les premiers accords et ça chauffe très vite. En première partie de cette soirée 100 % canadienne, les quatre musiciens venus d’Edmonton prouvent en quelques mesures leur capacité à devenir rapidement têtes d’affiche. Comme sur le deuxième album « Tusk II » (octobre 2018), « First Time » ouvre les hostilités. Que dire de ce morceau si ce n’est qu’il obtient sa place illico au Panthéon du riff ? Et ce n’est que le début du concert… Quinn Cyrankiewicz fait preuve d’une maestria irréprochable derrière sa guitare. Tout comme Daniel Carriere qui s’avère également être un excellent chanteur. C’est d’ailleurs l’un des points forts du groupe qui donne la priorité aux harmonies avant la démonstration technique.

On a vite la certitude d’assister à la prestation d’un groupe hors du commun. L’énergie est bel et bien là et les morceaux entendus pour la première fois révèlent aussitôt leur capacité à se fixer durablement dans les têtes. « Tusk II » est joué presque en intégralité et aucun morceau ne fait baisser l’intensité du set.

Daniel est époustouflant sur ces refrains d’une puissance mélodique rare. On imagine aisément qu’ils soient entonnés par des milliers de spectateurs dans des salles plus vastes et on espère sincèrement que cette reconnaissance méritée arrivera au plus vite. « Stowaway » est un hit fulgurant porté par la basse abrasive de Sandy McKinnon et l’alternance entre accalmies et bourrasques est parfaitement illustrée sur « Die Knowing » qui voit le public rejoindre Daniel sur les chœurs.

Extrait du premier EP, « Shadow of Love » surprend et l’on découvre que Royal Tusk officiait dans le pop-rock avant que celui-ci soit plongé dans du metal en fusion. Ce changement d’ambiance ne trouble pourtant pas le public et la tension monte au fil des couplets. Derrière un kit réduit, Calen Stuckel ne fait pas moins preuve de son talent et ses coups sur les fûts annoncent une reprise de « Cochise » d’Audioslave. Rien de tel pour saluer feu Chris Cornell et recueillir les vivats du public. Face à une telle figure, l’exercice, difficile sur le papier, est pourtant mené avec une parfaite maîtrise. L’exploit à peine terminé, le groupe clôt sa prestation avec « Aftermath ». La succession couplets/refrains se fait encore surpuissante et l’on secoue la tête dans la fosse autant qu’on est parcouru de frissons.

En matière de rock, Monster Truck est une référence. Près de dix ans après leur premier EP, le groupe a su s’imposer dans la catégorie « riffs qui tâchent » et livrer trois albums impeccables où se percutent blues et heavy metal.

La salle affiche complet et ce n’est pas un hasard. Le dernier passage en tête d’affiche du groupe dans l’Hexagone date et l’on entend dire que des fans ont fait plusieurs centaines de kilomètres pour l’occasion. Les riffs acérés, « The Lion » est lâché et l’on comprend aussitôt d’où vient l’admiration vouée au quatuor venu d’Hamilton. La raison tient en un mot : efficacité ! Si ce n’était la présence de Brandon Bliss aux manœuvres derrière un clavier brûlant, on jurerait avoir affaire à un power trio. Jeremy Widerman aligne des notes rêches pendant que Jon Harvey endosse parfaitement le rôle du frontman assurant comme un diable au chant et à la basse. Les coups de grosse caisse assenés par Steve Kiely sur « Don’t Tell Me How to Live » résonnent à des kilomètres à la ronde et les spectateurs s’empressent d’entonner à pleine voix cet hymne à la liberté (et à un peu de fumette) présent sur « Sittin’ Heavy », le deuxième album du groupe (2016).

Les chœurs sauvages reprendront de plus belle tout au long de ce concert à la gloire du southern rock et de la vie sur la route. Jeremy harangue d’autant plus fort le public sur « The Enforcer » avant que « Thundertruck » n’arrrive à toute blinde, un clavier incendiaire difficilement maîtrisé par Brandon en avant. On note à ce moment-là une montée brutale de testostérone dans toute la salle. Le tempo accélère dangereusement et tout le monde est appelé à hurler « 1985 » en mémoire de l’âge d’or du thrash qui déchirait tout sur son passage.

La setlist est un véritable best of des trois albums du groupe. L’enchaînement « Things Get Better », « For The People », « True Rocker » est hallucinant et la joie déborde de tous les côtés. Dee Snider n’a pas fait le déplacement comme il l’a fait pour l’enregistrement de ce dernier titre issu du LP quasi-homonyme sorti à l’automne dernier. Pour autant, les quatre rockers ne se laissent pas démonter et jouent vite et fort. Pas d’artifices sur scène, la célébration se déroule sans esbroufe. Une seule guitare pour Jeremy et des pédales d’effets à leur strict minimum, mais le show est garanti.

 

Jon nous annonce un blues et « For The Sun » s’élance, sombre et léger après le vacarme qui a précédé. Mais les gars sont malins. Après une belle démonstration de gammes et de plaintes déchirées, la basse de Jason se fait lourde et fait une jonction évidente entre le blues du delta et les (six) premiers albums de Black Sabbath. Le tout prend aux tripes et les musiciens ploient sous les accords heavy au possible non sans mettre leurs nuques à rude épreuve.

Retour à la vitesse supérieure pour la deuxième partie du show. « Denim Danger », « Old Train » font revenir la bonne vieille formule « riffs et refrains gueulés ». Alors que « Sweet Mountain River » annonce la fin, Jon, aussi cool que charismatique, est tout en voix et le public sous le coup de tant de good vibes hurle pour un rappel. Qui aurait imaginé que les Canadiens allaient lâcher aussi sec les deux bombes « Why Are You Not Rocking ? » et « Sworded Beest » ? Monster Truck balance les uppercuts et les directs au flanc, les spectateurs en sortent K.O., mais salement heureux.

Le voyage a été jouissif et il faut de nombreuses minutes pour recouvrer nos esprits. La sincérité confondante et la générosité visibles ce soir-là ont prouvé l’intérêt qu’il y a à suivre les groupes venus du Canada qui font véritablement honneur au rock’n’roll.

PS : Si on peut se permettre, on inviterait bien les programmateurs du Hellfest à s’intéresser à ces deux groupes qui feraient sans aucun doute l’unanimité chez les headbangers. Merci !


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