L’édition 2016 des Nuits Sonores, le festival lyonnais dédié aux musiques électroniques (mais pas uniquement), se terminait en beauté avec un concert spécial des Écossais de Mogwai, qui jouaient leur concept album « Atomic » en intégralité et dans des conditions un peu particulières.

Le ciel est gris et menaçant, il fait un peu frais et la nuit va tomber lorsque Mogwai monte enfin sur la scène aménagée de la grande Halle de l’Ancien marché de gros, le dimanche 8 mai 2016. Les musiciens prennent place avec leurs instruments et leurs amplis au pied d’un écran géant et devant quelques plus petits moniteurs. Le ciné-concert d’« Atomic », leur dernier projet, est sur le point de commencer. « Atomic », c’est le titre partiel d’un documentaire de la BBC4 paru l’an dernier et qui retrace, via un étonnant montage d’archives chronologiques, l’histoire du péril nucléaire, de Hiroshima et Nagasaki à Fukushima. C’est aussi le nom de l’album de Mogwai, qui consiste en fait en une version retravaillée de la bande-son du film, déjà signée par le groupe. Autant le dire franchement : si la version studio ne casse pas trois pattes à un canard (tout en restant le meilleur album de Mogwai depuis des années), le concert auquel nous avons assisté fut monumental.
Qu’il s’agisse des versions « d’origine » des dix morceaux du disque ou bien simplement de l’ampleur prise par ces compositions en live – ampleur décuplée par des images effarantes , difficile de le dire -, néanmoins le spectacle est sidérant de bout en bout. Commençant par une transe baignée de claviers qui s’étire en un inquiétant prologue sur l’armement progressif en nucléaire des forces belligérantes mondiales, le concert prend un tour absolument terrifiant lorsque les guitares se mettent à rugir, que les murs de son se dressent et que des bruits assourdissants vrombissent pendant que les bombes pleuvent sur un Japon impuissant. Instantanément, l’alchimie images – son opère et les larmes montent aux yeux devant les images insoutenables du désastre. Le niveau ne faiblira plus pendant près d’une heure, oscillant entre post-rock musclé et menaçant et petites parenthèses expérimentales en forme de faux répit. Car le documentaire projeté est d’une logique imparable, merveilleusement soulignée par une musique qui sait se faire ironique ou contrapuntique. Des bidouillages électroniques parfois irritants à dessein se greffent sur les bribes de discours de propagande télévisé d’époque, et accompagnent les « grands » moments de l’histoire du nucléaire. Clips catastrophes et pédagogiques qui semblent sortis tout droit de « La Bombe » de Peter Watkins, images de manifestations massives et pacifiques contre l’armement nucléaire, extraits audio cacophoniques de dirigeants politiques, de JT, de quidams… Difficile de résister à ce flot de clichés dynamiques, monté évidemment comme un brûlot anti-nucléaire. La crise de Cuba, l’incident de Three Mile Island et, bien sûr, Tchernobyl sont évoqués à un rythme soutenu, via une construction volontiers expérimentale et hypnotique, où des images sont réutilisées plusieurs fois, tronquées, sorties de leur contexte puis recontextualisées pendant que les Écossais élaborent des motifs et construisent de formidables crescendos. Un dernier volet du film présente les avantages d’une utilisation médicale de la radioactivité pour soigner diverses maladies graves pendant que la musique s’aère enfin et devient lumineuse, avant de virer dans les ultimes minutes et lors du générique final sur un fracassant vacarme qui crève le plafond des décibels, et nos tympans avec.
Nous en sortons parfaitement épuisés, physiquement et intellectuellement, comme vidés de toute force et écrasés par l’émotion. Mogwai vient certainement d’effectuer un énorme tour de force musical, et le film, s’il reste diablement marquant et efficace, n’en reste pas moins un objet fascinant de montage dialectique, qui épouse les moyens de la propagande pour étayer un propos anti-nucléaire, pacifiste et, à nos yeux, forcément louable.
Retrouvez Mogwai sur :
Site officiel – Facebook – Twitter



