[Interview] Mina Tindle

Alors que son nouvel album « Parades » sort dans moins d’un mois, nous avions rencontré Mina Tindle lors de son passage au festival d’été parisien Fnac Live.
Nous avons retracé en compagnie de la chanteuse une partie de son parcours musical, exploré l’univers de ses clips et ses sources d’inspirations variées pour découvrir avec elle l’esthétique de ce nouveau disque. C’est parti !

Mina Tindle © Solène Patron

  • Deux ans après la sortie de ton premier album « Taranta » aux consonances folk, tu sors un nouvel album, « Parades », aux consonances pop. Comment définis-tu ton style musical ?

En fait, je pense que le premier album était pop, même si on n’est que quelques-uns à le penser. JP Nataf qui l’avait réalisé a vraiment cette étiquette folk et certains morceaux avaient clairement cette identité. Mais pour moi, il y avait dans cet album des chansons qui étaient, dans l’écriture, des sortes de pop songs. C’est compliqué… qu’est-ce que le folk ? Aujourd’hui, dans les arrangements du nouvel album, il y a beaucoup moins de guitares. Quand il y en a, c’est surtout de la guitare électrique. C’est un passage que j’avais déjà fait sur scène. Je jouais de la guitare électrique et pas du tout de la guitare folk comme sur le disque « Taranta ». « Parades » a été enregistré à la fin de cette grande tournée et on s’est inscrit dans la continuité de l’énergie qu’on avait. Forcément, c’est plus dynamique, plus pop, plus nerveux.

  • Pour le premier album, les morceaux ont été adaptés pour la scène. Est-ce que tu y as pensé pendant l’enregistrement du second ?

Beaucoup moins. Le premier album a été enregistré sur trois ans, c’était un album très construit avec beaucoup d’instruments. Au moment de le jouer sur scène, on a été obligé de l’adapter. On était trois alors il a fallu faire des choix.
Ici, je n’y ai pas pensé. Déjà, on a commencé par l’enregistrement des batteries et des basses. Aujourd’hui, sur scène, je me rends compte qu’avec une guitare, une batterie et une basse, ça fonctionne. Ce qui n’était pas le cas avec le premier album car il n’y avait presque pas de batterie, enfin si, il y en avait mais c’était plus des percussions. Avec Olivier Marguerit, qui a réalisé le disque et qui est un de mes musiciens sur scène, nous voulions démarrer par la batterie. Le résultat est beaucoup plus terrien, plus nerveux. Ce qui ressemble à la musique que j’écoute, où les rythmiques sont présentes et me touchent énormément.

  • Est-ce que tes voyages ou même tes origines espagnoles ont influencé ta musique ?

Mes origines, non. Elles sont là, bien présentes. Elles me donnent le goût du soleil, des sens, ce côté très méditerranéen. Par contre, la tournée qui a suivi la sortie du premier album nous a emmenés en Colombie, dans une sorte de Midem. Sur place, j’ai écouté et ramené énormément de musique sud-américaine. C’était génial de voir à quel point le rapport à la scène est différent. Là-bas, il est impensable de jouer une musique qui ne se danse pas. Ça m’a fascinée d’autant plus que c’est très loin de moi. C’était un peu déconcertant aussi de se rendre compte qu’en Europe, on a ce truc très occidental davantage basé sur l’écoute. C’est parfois nécessaire mais très sage. Peut-être que d‘une certaine façon, ça nous a influencés.

  • Ça se ressent dans l’album ?

Oui, je pense même si c’est de manière inconsciente. Je suis obsédée par la musique brésilienne des années 70, par le tropicalisme. C’est une période où il y a eu beaucoup d’expérimentation dans la musique, en mêlant la musique anglo-saxonne à la musique africaine et brésilienne. Il y a un côté presque surréaliste, un peu barré, dans la musique de cette époque mais ce qui m’a profondément marqué, ce sont les voix. Ils ont une façon de poser les voix qui transperce. Et la voix finit toujours par l’emporter. Ce disque est marqué par la voix, les chœurs et la batterie.

  • Pourquoi « Parades » ?

Mina Tindle - Parades

Quand j’ai enregistré le disque, je n’avais pas de titre. J’ai failli ne pas lui en donner. Je voulais l’appeler « Nascimento » qui veut dire naissance en portugais, c’est aussi le nom d’un chanteur brésilien du tropicalisme, un de mes chanteurs préférés.
Mais je me suis dit « Taranta » ! Pourquoi toujours puiser ailleurs? Quand j’ai vu ce mot dans un livre de poésie, il m’est apparu comme une révélation. J’adore tout ce qu’on peut mettre derrière ce mot. En premier, il y a le côté « paon et torse bombé », avec ce genre drôlement ridicule d’être fier. Mais faire un disque, c’est aussi avoir la prétention de faire quelque chose et de le montrer avec fierté.
Il y a aussi le côté « parer les coups ». C’est une façon de se protéger, mais c’est aussi la seule manière que j’ai trouvé de survivre. Et puis, il y a la parade amoureuse, ce cri d’amour lancé vers l’autre et toutes mes chansons parlent d’amour. Il y a également le côté festif avec cette explosion de couleurs et de voix. Tout cela définit bien dans l’ensemble cet album.

  • Derrière ce mot, on retrouve également la notion de corps en mouvement. La danse est présente dans un de tes clips, dans le titre d’une de tes chansons également. Quelle place tient la danse dans ton travail ?

En fait, je me suis intéressée à la danse il y a deux ans. Une de mes meilleures amies a commencé une carrière de danseuse à 29 ans. Elle a commencé par les danses du sud de l’Italie, de la région des Pouilles d’où vient la danse « Taranta ». C’est une danse traditionnelle de village où les femmes entrent dans une sorte de transe, et pour justifier le côté décalé de ces femmes, cette démence, on disait qu’elles étaient piquées par des araignées. En fait, c’était un exutoire pour elles. Cette amie est devenue professeure de danse presque par accident comme moi je suis devenue chanteuse un peu par accident. Après cette tournée de deux ans, j’étais épuisée par tous ces concerts. Je voulais faire un break. Je me suis intéressée alors à la danse, à tout ce qu’elle peut exprimer à travers le corps. Je suis allée voir des festivals de danse contemporaine, notamment celui de Vienne, le ImPulsTanz, et je me suis retrouvée à pleurer, à avoir des émotions que je n’avais plus à travers la musique. Enfin, je peux encore en avoir, mais comme je commence à connaitre les ficelles… là d’un coup, il y avait un mode d’expression très différent qui m’a pris aux tripes. J’aime aussi ce côté très créatif dans la danse, dans les chorégraphies, les mises en scène, les lumières qu’on ne retrouve pas dans la musique. Il m’arrivait alors de noter dans un carnet toutes les idées intéressantes que je voyais. La danse m’intéresse mais comme autre chose, comme la peinture aussi.

  • Tu nous as dévoilé récemment sur ta page Facebook la pochette de l’album. Aurons-nous d’autres surprises avant la sortie de l’album ?

Deux clips sont sortis, « Taranta » et « I Command ». Le clip « Taranta » a été réalisé par la personne qui a créé la pochette de l’album. Elle a peint chaque photogramme, fait en Super 8, un par un. Ça lui a pris trois mois de travail. C’est une des deux chansons qu’on a enregistrées à Brooklyn, le reste de l’album a été enregistré à Paris. J’ai commencé par celle-ci avec un super musicien qui s’appelle Bryce Dessner, le guitariste de The National. Je suis fan depuis toujours et je suis ravie qu’il ait participé à ce projet. Sinon, il va y avoir plein d’autres choses. Je tourne un clip la semaine prochaine à Glasgow et d’autres sont prévus à la rentrée.

  • Le premier album s’appelle « Taranta », nom donné à une chanson que l’on retrouve donc dans ton deuxième album. Était-ce pour créer une passerelle entre les deux albums ?

En fait, « Taranta » est le dernier morceau que j’ai écrit. Je voulais le mettre sur l’album mais on n’était pas d’accord avec JP, donc on ne l’a pas mis. Pour lui faire un pied de nez, j’ai appelé l’album « Taranta ». Mais je trouve que c’est une super idée et il faudrait que j’écrive une chanson pour le prochain album qui s’appelle « Parades ». Je trouve ça marrant, j’essaierai de le faire.

  • Dans le clip « I Command », l’actrice me fait penser d’une certaine manière à Kate Winslet dans le film “Eternal Sunshine Of The Spotless Mind”. Était-ce volontaire ?

J’ai laissé libre court à l’imagination de Shanti Masud qui est une réalisatrice que j’adore et une amie aussi. En fait, je n’arrivais pas à avoir une idée qui me plaise, je n’aimais pas ce qu’on me proposait. Shanti m’a proposé son projet, c’est un rêve qu’elle a fait, et j’ai dit ok. Ce n’était pas du tout une demande de ma part, cette sorte d’hommage à E.T, à une histoire sans fin. C’est elle qui a tout fait, même le casting. J’aime faire confiance aux gens que j’aime, leur donner un espace de liberté. Je travaille toujours avec un cercle proche sauf pour le prochain qui sera fait avec une personne dont j’aime beaucoup le travail. Aujourd’hui, on attend que l’artiste fasse un peu tout. Tous les moyens existent pour faire un album en home studio, tourner un clip chez soi. Les labels sont en attente de produits un peu finis. Alors je suis obligée de m’entourer des gens que j’aime, de gens dont j’aime le travail car je n’ai pas la prétention de tout savoir faire.

  • Sur cet album, il y a eu des collaborations comme sur le premier ?

Olivier Marguerit a réalisé le disque avec moi. Il a un groupe qui s’appelle O. C’est un des meilleurs musiciens de Paris. Il était avec moi pendant trois ans sur la tournée.
On a longtemps cherché un batteur avant de demander directement à notre batteur fétiche, celui du groupe Dirty Projectors qui a accepté. Il y a eu également Bryce Dessner quand on a enregistré à Brooklyn.
Enfin, l’album a été mixé par Craig Silvey qui a travaillé sur les disques de Portishead et Arcade Fire, entre autres.


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Sylvie Durand

Curieuse, passionnée par les voyages, la musique, la danse. Par tout ce qui aiguise les sens.