[Clip] Météo Mirage – Saïgon

Plan-séquence dissimulant une cohérence complète et emplie de surprises étonnantes et variées, « Saïgon » de Météo Mirage relève du jamais vu, tant sa complexité visuelle nous immerge dans un déroulement naturel et précis qui a dû, c’est certain, demander une logistique phénoménale, mais dont le résultat est tout simplement époustouflant.

« Saïgon » commence sur un faux-semblant : le logo de Météo Mirage, en lumière rouge sur fond noir, paraît avoir été tracé en 2D, aplani et faisant corps avec le décor qui supportera le groupe. Cependant, tandis que la caméra avance, le différents éléments de ce dernier éclatent dans l’espace, trouvant un emplacement stratégique, un ensemble de chapitres que l’on va explorer durant l’intégralité du court-métrage, ce « live créatif » que ses concepteurs ont ainsi baptisé, à bon escient. En s’alliant avec La Piscine Mon Amour, Bleu Desert et Pierre Frenkel, Météo Mirage a voulu dépasser le cadre trop restrictif de l’interprétation visuelle en racontant une histoire, en mêlant les points de vue et les sensations. Le résultat, précis et onirique, est une formidable preuve d’inventivité et de débrouillardise.

Au-delà de l’indubitable prouesse technique que représente « Saïgon », le spectateur se retrouve submergé par l’errance solitaire du regard dans une ville nocturne où les mouvements, objets et architectures se succèdent afin de mieux se compléter. L’interprétation de Météo Mirage, en plus de revêtir une dimension géographique et sonore ample et électrique, s’unit aux grands axes, aux vapeurs de bouches d’aération, aux voitures et aux éclairages d’immeubles lisses où tout peut arriver (« Pourtant, les vitres opaques ne laissent pas présager d’un intérieur chaleureux »). Témoin de ces scènes impossibles à anticiper, l’observateur joue un rôle des plus actifs dans la progression inexorable d’une histoire noire et emplie de sueur, d’odeurs et de matières organiques et mécaniques. Divisé en deux parties distinctes – l’une tempétueuse où le rouge prédomine, l’autre apaisée et brumeuse dans des teintes bleutées -, « Saïgon » unit le solide et le liquide, le réel et le rêve. Les bas-fonds urbains auront rarement été aussi passionnants à visiter, à appréhender et à capturer dans nos âmes et nos chairs.


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