[Live] Mermonte et Fairy Tales In Yoghourt à La Barakason

La pop répond-elle au principe d’Antoine Lavoisier ? Question légitime tant il est surprenant de constater avec quelle malice les groupes croisés sur scène jouent avec les références à leurs glorieux aînés. Les musiciens de Mermonte s’amusent probablement avec les hommages, mais transforment surtout avec un talent fou les formules de la pop que l’on croyait d’un autre temps. La démonstration donnée à la Barakason a été de haute volée et a transporté un public avide de fortes émotions.

Mermonte – crédit : Fred Lombard

La soirée démarre dans l’intimité avec les accords étouffés de Fairy Tales In Yoghourt alias Benoît Guchet. C’est seul en scène et armé d’une Gibson noire qu’il distille un folk âpre et mat prenant à revers les tympans du public. Les mélodies sont présentes, mais mises à mal dans un esprit garage voire carrément éjectées lors de passages bruitistes qui brisent net une des six cordes. Les morceaux audacieux que des gammes acrobates viennent ornementer ne sont pas banals et séduisent les adeptes d’une musique folk dépouillée et troublée. Plus obscur que clair, le répertoire n’échaude pas le public encore clairsemé, mais répondant aux transitions simples et drôles de Benoît.

Après cette performance en solitaire, c’est toute la scène qui est envahie quand les huit membres de Mermonte s’installent. Disposition inhabituelle, mais ô combien judicieuse avec une batterie au premier plan. Le tempo est donné et les motifs rythmiques se succèdent, aussi solides que déstructurés. Le flot d’harmonies qui s’écoule ensuite des haut-parleurs est d’une beauté qui semble ne pas connaître tant de limites. Tout comme la joie qui va parcourir les rangs tout au long du concert. La pop magistrale créée par les Rennais prend son envol avec grâce sur scène et l’emphase née de la présence des nombreux instruments (violon, xylophones, trompette… et jusqu’à quatre guitares) est parfaitement dosée. Les morceaux issus des trois albums du groupe surprennent par leur spontanéité et gagnent significativement en énergie sur la route menant du studio à la scène. Les musiciens délaissent leurs instruments pour s’emparer des baguettes et s’en prendre aux fûts. La tension monte d’un cran et l’audience est parcourue à plusieurs reprises de frissons au fil des ruptures et des crescendos puissants.

Il est bon de rejoindre cette course menée tambour battant et le cœur léger. Sans nostalgie aucune, Mermonte interprète au présent une pop flamboyante et envoie des clins d’œil aux Swinging Sixties à travers des riffs cinglants dignes de feu John Barry. Ressentir en direct l’émotion née de la rencontre entre guitares héroïques et boucles de xylophones rappelant les génies du minimalisme Steve Reich et Terry Riley (« Motorique », « Karel Fracapane ») conduit à l’extase. La joie naît de l’harmonie des instruments et de la complicité manifeste des musiciens. Point de prétention ni d’emphase dans l’exécution de ces morceaux certes savants, mais qui génèrent avant tout un émerveillement en continu.

Trop gourmands sans doute, on aurait apprécié que le concert soit plus long et l’on espère retrouver rapidement sur scène la belle troupe bretonne. Amateurs de pop orchestrale, allez les applaudir à votre tour et ruez-vous sur leurs albums lumineux et audacieux !


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