[Clip] Mélodie Lauret – 23h28

Quelles sont les limites de Mélodie Lauret ? Déjà reconnu(e) pour son talent d’interprétation et d’écriture dans le cinéma et le théâtre, l’artiste dévoile un nouvel aspect de sa personnalité, avec « 23h28 », premier titre révélant une voix tout en nuances et en suggestions. Propulsé par un clip sinueux à la puissance narrative remarquable, il entrouvre les portes d’un univers mélancolique très personnel et particulièrement dense, celui d’un être créatif et (déjà) libre.

À l’heure de la consécration supposée d’une nouvelle forme de pop dite « urbaine », chaque jour est propice à la révélation comme à la déception. Heureusement, sans prévenir, des éléments perturbateurs comme Mélodie Lauret viennent déranger cette tranquillité apparente et installée. Si les premiers instants de ce morceau étrange peuvent laisser croire à une posture de principe, ils laissent très vite place à la démonstration d’un propos aussi incarné que troublant. Rien n’est parfait ici, mais avec beaucoup de maturité, une histoire s’installe et nous emporte véritablement avec elle. Il est question d’amour au sens charnel et amoureux du terme, mais sans voyeurisme. Une juste distance est maintenue, pour préserver le degré d’intimité nécessaire, mais permettre aussi l’expression d’un réalisme touchant.

Si cette voix nous parle plus qu’elle ne chante, elle s’impose d’elle-même sans artifice et sans excès, sur cette instru lancinante, volontairement minimaliste, qui laisse de la place, beaucoup de place pour les mots. Sur « 23h58 », Mélodie Lauret retient ainsi du rap ce sens de la formule et cette manière de l’imprimer dans le rythme. Et pourtant, le registre est bien celui de la chanson, mais dans sa version la plus épurée, à quelques pas de Françoise Hardy (époque « Message Personnel ») ou plus proche de nous, entre mélancolie et désenchantement sublimés, à quelques rues de Mansfield. TYA. Bien sûr, les images décuplent cette proximité avec le réel, au point qu’on se demande si cette relation est extraite de la vraie vie. Aujourd’hui, cette mise en scène d’une relation amoureuse pourrait encore (et trop facilement) être perçue comme un acte militant, et pourtant, le rendu affiche une telle universalité du sentiment et du désir qu’il ne devrait tout simplement que susciter émotion et empathie.

crédit : Sarah Balhadere

Loin de nous emballer inutilement, ce premier titre est avant tout une promesse pour le futur : Mélodie Lauret semble déjà parfaitement maîtriser son langage esthétique, mais sans aucun doute, il lui faudra dépasser les contours de son personnage déjà bien installé pour conserver cette intensité émotionnelle sur la longueur.

« 23h28 » de Mélodie Lauret est disponible depuis 27 août 2019 chez RCA Music.
Mélodie Lauret se produira dans le cadre du MaMA Festival le 18 octobre 2019 au Cuba Café.


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