[Création #6] Max Caz

Architecte et musicien, Max Caz trace les lignes de temps et d’onirisme échappées de ses pensées vagabondes sur le papier à musique de son nouvel EP. Il y a deux ans, « Teenagers from Outer Space » témoignait déjà de la grande douceur de ses compositions aventureuses et luminescentes. Son imaginaire était autant porté par la mécanique de la fiction que par le vaste monde de l’enfance. Le jeune compositeur parisien nous revient en ce début d’année avec « The Star Rover », second chapitre de ses épopées en clair-obscur, pourtant si dirigées par et vers la lumière. C’est avec l’esprit tranquille, parfois fantomatique, que nous rodons en sa compagnie, à la découverte des monstres et des illuminations de ce format court à la poésie terrassante. L’ensemble est sublimé par une interprétation bouleversante de sensibilité (« Mother », quel titre !). En ces temps de quête de réconfort et d’apaisement, les cinq titres qui le composent s’accueillent à bras ouverts. En ce jour de sortie, Max Caz décrypte pour indiemusic l’histoire de son nouvel EP et de ses passionnantes sources d’inspirations.

crédit : Elliot Aubin

L’univers de cet EP est un mélange de références culturelles et de souvenirs vécus, tout ça saupoudré d’une dimension surnaturelle. Plus précisément on peut y voir un film, un livre, un voyage et quelques souvenirs. Une sorte de petit hommage à tout ce qui m’a nourri au moment même où je composais ces cinq chansons.

Commençons par la pochette. Elle est directement inspirée de l’affiche du film « A Ghost Story », film réalisé par David Lowery avec Casey Affleck et Rooney Mara. J’ai été complètement envahi par ce film. Peut-être que si je l’avais vu à un autre moment je n’aurais pas eu la même sensation, mais tout m’a plu ; l’ambiance, la poésie, cette mélancolie latente, la photographie… et les thèmes assez vertigineux que sont la mort et le temps qui passe. L’émotion ressentie durant le film c’est assez précisément ce que je veux que ma musique nous transmette.

J’aime me repasser la BO d’une efficacité redoutable, voilà des images que j’aurais adoré posséder pour illustrer en clip les compos de cet EP.

Pour la création de la pochette donc j’ai dessiné un fantôme sur une photo que j’ai prise en voyage en Islande en 2015, c’était sur une plage de cendre à Vik. Ces paysages totalement lunaires m’ont aussi beaucoup influencé dans l’écriture de mes chansons depuis. J’ai donc réalisé un photomontage pour chaque composition à partir d’une photo prise en Islande durant le même voyage.

Continuons avec le titre. « The Star Rover » (« Le Vagabond des étoiles » en français, ndr) est le titre d’un livre de Jack London.

Couverture de la première édition originale de « The Star Rover » de Jack London (1915)

C’est l’histoire d’un homme condamné à mort pour meurtre. En prison, il attend le jour de son exécution, mais il est accusé à tort de rébellion.
À partir de ce moment-là il sera mis au cachot sous camisole de force.  Les conditions sont horribles : il ne peut ni bouger ni parler. Cependant il arrive à développer un langage à partir du bruit du tapotement de ses pieds sur un mur avec un détenu occupant la cellule voisine. Ce dernier lui apprend une manière de s’évader par la pensée et s’échapper par la même occasion du monde réel. Appelé aussi auto-hypnose. À cet exercice, Darrel Standing est très doué. Il devient même totalement accro à cette manière de revivre ses vies antérieures, à la fois échappatoire du réel et véritable anesthésiant, puisqu’il ne ressent plus l’effet de la camisole de force sur son corps. Le livre est ainsi un hommage à l’imaginaire. Et jongle sans arrêt entre notre monde et des voyages dans le temps et l’espace.

Même si le parallèle est un peu extrême, pour moi la musique est depuis tout petit une sorte d’auto-hypnose me déconnectant de la réalité pour ressentir des émotions cachées et se sentir paradoxalement encore plus vivant, donc encore plus dans le réel. Radiohead, Portishead, Beach House, plus récemment Weyes Blood et plein d’autres sont des artistes qui m’ont toujours procuré cette sensation. Les sentiments sont souvent partagés entre tristesse et espoir dans un monde musical à la fois solaire et épique m’évoquant – même si ce n’est pas toujours écrit dans les paroles – ce « quelque chose » qui nous dépasse.

Cette dimension quasiment mystique est souvent au centre des paroles de cet EP : « Interstellar doorway », « My love, my ghost », « In the night », « It was gold ».
Avec Roland de Cazotte, le réalisateur producteur, sans qui cet EP n’aurait clairement pas existé, on a cherché à faire monter la tension dans presque chacune des compositions sans les faire « exploser » totalement, les faire décoller donc mais les laisser en apesanteur la plupart du temps. Tel un fantôme errant en pensant à des questions existentielles de sa vie passée ou un « star rover » voyageant à travers l’histoire du monde.

La tentation de faire évoluer les musiques dans une sorte de rock épique très poussif a souvent été là et je suis très heureux aujourd’hui de ne pas avoir cédé à cette tentation. Puisque c’est dans cette petite frustration que la musique se révèle encore plus percutante et obsédante, je pense.

Cet EP est sorti ce vendredi et je suis déjà en train de préparer la suite, cette fois-ci en français.

« The Star Rover » de Max Caz est disponible depuis le 29 janvier 2021 chez The Gum Club.


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