[Flash #52] Mauvais Sang, Erotic Market & The Heartstrings, Ha The Unclear, Estelle Zamme et Tiny Shuttle

Tout peut être source de peine et d’incompréhension. Un rien nous rapproche du sentiment de solitude, de l’introversion, de la perte en soi. Pourtant, lorsque les désirs, les voyages mentaux ou cinématographiques, les peurs et les réconciliations apparaissent au cœur de l’inattendu, ces douleurs s’estompent, s’amenuisent, s’effacent. Ce nouveau Flash vous convie à l’exploration de sentiments violents et purificateurs, dans un seul et unique but : vivre, toujours plus.

[Clip] Mauvais Sang – Quand Disparaître

Il y a quelque chose de surréaliste dans cette figure immaculée errant au plus profond de la nuit urbaine, un téléviseur à la main. Une créature quasiment extraterrestre, imprégnée du texte de ce « Quand Disparaître » aux allures de prédiction, de malédiction. Le calme, la résignation nous saisissent de leurs mains solides et crispées. Plus que la mélancolie, la tristesse s’impose, oppressante, obsédante. Mauvais Sang semble définir son nom au gré de ces sept minutes étranges et hypnotiques. D’abandons ruraux en déserts neigeux, l’individu ne se repose à aucun moment, suit une ligne directrice que nous ne devinons pas. Les sons deviennent plus âpres, plus rudes. Une menace, une crainte. Et la purification, la maturité imprévisible de ce qui paraît lors des dernières secondes. Ces chauds et froids de l’existence qui, heureusement ou non, font de nous ce que nous sommes. Le choc est violent, l’impact est foudroyant mais sublime et inoubliable.


[Clip] Erotic Market & The Heartstrings – Tell you L.I.B.I.D.O & Backfire

Malgré son décor faussement idyllique, « Tell you L.I.B.I.D.O » dissimule une profonde artificialité. Ses tons bleutés exposés à l’extrême sur chaque pièce du décor en fond un lieu entre rêve et désir impossible à atteindre, entre séduction et mirage. La rencontre vocale et musicale d’Erotic Market & The Heartstrings va pourtant à l’encontre de cette exagération, dans une mélopée sensuelle et séductrice nous faisant rapidement oublier tout ce qui nous entoure. L’échange entre voix et cordes est orné de douceurs et de piqûres sensorielles touchant autant nos épidermes que nos cerveaux reptiliens, nos réactions devenant immédiates et délicieuses. Suite directe et émouvante, « Backfire » dévoile ses effets secondaires, sa descente d’extase et un atterrissage qui, sans l’intervention des musiciens, ne serait que trop brutal. La poésie mélancolique de ce second chapitre oscille entre l’émerveillement et la solitude, la prise de conscience et l’espérance. Ces visages que le projet affirme sans jamais en user comme des masques inutiles achèvent de le métamorphoser en souverain de nos fantaisies et songes nocturnes, quelles que soient leurs natures et leurs histoires.


[Clip] Ha The Unclear – Mannequins (Live Session)

Les artistes venant de Nouvelle-Zélande se suivent et ne se ressemblent pas. À l’image des réalisateurs qui, parcourant leur petit bonhomme de chemin, viendraient presque faire de l’ombre aux surexpositions informatiques de Peter Jackson, les musiciens de ces côtes lointaines s’offrent des vents de liberté et de créativité transformant le calme apparent de paysages millénaires en terrains d’expérimentations à haute teneur explosive. Dernière révélation en date, Ha The Unclear répand le napalm de son punk rock mélodique avec une intelligence quasiment sadique. En effet, « Mannequins », trouvant pourtant sa source dans une peur primale du lead singer Michael Cathro, diffuse ses trouilles bleues au gré des effluves d’une live session sanguine et bouillonnante. L’image est mouvementée, le lieu est propice à la claustrophobie, les interprètes sont à deux doigts d’exploser les murs trop proches de leurs corps et instruments ; « Mannequins » trempe sa plume entre rêve et cauchemar, délice et férocité.


[LP] Estelle Zamme – Salut Zamme !

Etienne Bel et et Julien Ledermann, les deux têtes pensantes d’Estelle Zamme, prennent un énorme risque en sortant « Salut Zamme ! », version longue et emplie de péripéties inédites de leurs œuvres d’art audiovisuelles. En effet, séparer ces formats complémentaires (l’image et le son) afin d’en extraire une bande originale aurait pu susciter, chez le spectateur-auditeur, un sentiment d’inabouti, de perte de puissance artistique. Il n’en est rien. « Salut Zamme ! » permet au contraire au public s’immergeant dans ses mélodies et rythmes entêtants de créer mentalement ses propres courts-métrages, de dessiner ou photographier ses paysages intérieurs et extérieurs touchant à l’idéal. De points culminants en contemplations harmoniques, Estelle Zamme enrichit son univers déjà foisonnant d’un élément supplémentaire et finalement indissociable de son intégrité : la liberté d’autrui. Rien n’est imposé, tout devient possible. « Salut Zamme ! » se danse, se vit, se regarde et, plus que tout, se respecte.

« Salut Zamme ! » d’Estelle Zamme, sortie le 13 mai 2022.


[EP] Tiny Shuttle – Get The Williwaw

L’objectif est limpide et coule aussi doucement qu’une rivière isolée dans les montagnes lumineuses d’un monde fantasmagorique. Voyage initiatique bercé de folk et d’arrangements rêveurs, « Get The Williwaw » nous mène en errance, d’illusions en réalités, d’interrogations en vérités dévoilées par Tiny Shuttle. On y rencontre des créatures imaginaires, des amis oubliés depuis l’enfance, des protecteurs secrets que les musiciens ont brillamment ressuscités. Un second souffle, une vie offerte dans une caresse et par des incantations chamaniques dont les secrets engendrent la beauté et le soulagement. Cet opus rare, d’une sensibilité et d’une sagesse précieuses et magiques, répand ses poussières d’étoiles sur nos blessures psychiques. Entrelaçant les joies de la jeunesse et les souffrances de la maturité, « Get The Williwaw » les réconcilie et les oriente vers des espoirs inédits et ô combien salvateurs.

« Get The Williwaw » de Tiny Shuttle, disponible depuis le 29 avril 2022 (L’Élan de l’Écho / Vibrations Sur Le Fil)