[LP] Mary Bell – Mary Bell LP

Rien ne sert d’essayer de résister : l’album éponyme de Mary Bell fait trembler les murs et les corps à travers un punk rock viscéral, idéal pour expulser de nos organismes tous les virus de la passivité et de la soumission. Un vent de liberté qui a tout d’un cyclone dévastateur et jouissif.

Retour sur les faits : 1968, Angleterre. Mary Bell, 11 ans, est condamnée à la prison à perpétuité pour le meurtre de deux enfants de 3 et 4 ans. Cette horrible histoire, dans laquelle subsistent pourtant beaucoup de zones d’ombre, a affolé et tourmenté le royaume de la reine-mère, ce qui se comprend assez facilement mais demande à être cependant approfondi ; ce pour quoi on ne peut que conseiller aux curieux la lecture de l’excellent – et très noir – livre-enquête de Gitta Sereny, « Une si jolie petite fille », source essentielle d’une affaire entre cruauté, innocence brisée et psychopathie. Pourquoi revenir à ces terribles heures ? Tout simplement parce que, à travers son album éponyme, le quatuor parisien Mary Bell a bien choisi son patronyme, tant son punk rock semble sorti tout droit de l’âme perturbée d’un agresseur en puissance, malade et aux personnalités multiples, faisant alors de la folie le carburant prêt à s’enflammer de chansons possédées, sauvages et aiguisées. Une belle claque qui laisse des marques avant de faire couler le sang.

Les guitares pèsent et brûlent les peaux et les chairs, s’incrustant dans nos cerveaux pour mieux les électriser (« Please, no », « Fire fire »). Entrer dans l’univers violent des tueurs en série que sont les musiciens de Mary Bell, c’est accepter de voir ses cauchemars devenir réalité dans un sabbat où tous les sacrifices sont possibles, alternant litanies obsessionnelles (« Sing / Sigh / Drown », « I hate you ») et fulgurances aussi brèves que l’éclat d’une lame prête à trancher les muscles et déchirer les tendons (« Trash tongue » ou l’incontrôlable et dantesque final « Not for you »). Sous leur charme indéniable, les membres de ce culte bouillonnant et survolté dissimulent des trésors de perversité et de sadisme, hantés par l’âme meurtrière de leur inspiratrice tout en révélant, à son image, des regards empreints de séduction et d’un charme trompeur. Et nous, de nous laisser entraîner dans les caves bruitistes d’une demeure où rouge sanguin et noir cendreux prédominent, pour mieux sentir les morsures d’un genre ici malmené, recraché et pourtant diaboliquement ravageur (l’extatique « Bitmolette »), sans oublier une part primordiale d’inquiétante étrangeté parsemée ici et là dans des riffs dissonants ou visqueux.

Des disques comme celui-ci, on en demande chaque jour ; car un tel mélange de fureur, d’hémoglobine et de passion charnelle et débridée est aussi thérapeutique qu’un combat clandestin. Libérés de leurs cages, les sociopathes de Mary Bell convoquent la folie ordinaire et l’envie urgente de hurler à s’en crever les tympans et déchirer les cordes vocales, tout en maîtrisant à la perfection leur mode d’expression immédiatement captivant et donnant un plaisir coupable dans la douleur qu’on n’est pas prêt d’oublier. Un coup de griffe immédiat, sans fioriture, sale et tempétueux ; mais qui nous colle à la peau et nous enserre pour ne plus nous lâcher. Et c’est tant mieux !

« Mary Bell LP » de Mary Bell est disponible depuis le 3 janvier 2017 chez Le Collectif Semi-Conscient / Danger Records / Le Turc Mécanique.


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