[LP] Martha Wainwright – Goodnight City

Quatrième album en forme de résurrection pour Martha Wainwright, qui orne ses expérimentations électro-pop précédentes d’un supplément d’âme folk somptueux et intimiste. Une nouvelle voie qui s’ouvre pour la chanteuse, et sur laquelle on la suit sans hésitation.

Martha Wainwright - Goodnight City

Les douze nouvelles pépites de la créatrice sonore (car c’est bien ainsi qu’il convient de la nommer) canado-américaine Martha Wainwright surprennent au premier abord. En effet, il semble qu’avec « Goodnight City », la femme ait mûri, faisant le choix de se pencher sur ses capacités vocales en les autorisant à prendre une place prépondérante au milieu de musiques dépouillées et sobres. Ce que laissaient deviner ses premiers efforts, à savoir cette volonté de donner à entendre ce qui pourrait presque être qualifié de chamber pop, devient une évidence en découvrant ce disque inattendu, où la pop s’acoquine avec un folk délicat et une sensibilité intérieure enfin assumée. Forte de toutes ses collaborations et expériences passées, la musicienne est plus sûre d’elle que jamais, et apporte à chacune de ses nouvelles chansons une puissance évocatrice majestueuse et précieuse.

L’artiste trouble tellement bien le paysage qu’elle nous permet d’entrevoir qu’elle fausse les cartes avec le très country « Around the Bend », introduction en forme de méditation directe sur sa propre capacité à créer. Mais elle s’écarte bien vite de ce sentier trop rebattu, alliant la douceur de l’électro la plus obsessionnelle (Look Into My Eyes) à un folk épuré, étiré et hérité de glorieux songwriters aisément reconnaissables (Window). Martha Wainwright sait qu’elle a tout à donner, qu’elle a enfin la possibilité de laisser son esprit exprimer ses obsessions les plus éreintantes ; ce qu’elle fait avec brio et modestie sur le poignant « Piano Music » et une électricité psychédélique fulgurante sur le fascinant « So Down ». Inclassable et livrée à elle-même (malgré l’aide familiale pour l’écriture de certains titres), elle fait exploser ses chaînes et quelques vitrines trop embarrassantes de sa discographie pour mieux s’accaparer une densité d’écriture qui tient du miracle autant que de la renaissance.

« Goodnight City » est bel et bien l’opus que l’on n’attendait plus de la part de Martha Wainwright ; une prise de risque considérable, mais au résultat époustouflant. Ne cédant jamais à la facilité, la conceptrice de cet univers tantôt replié sur lui-même, tantôt ouvert à tous les regards, fonce tête baissée vers de nouveaux rivages et s’apprête à affronter les marées. Alors, bien sûr, on la savait aventurière et obstinée, grâce à un parcours pratiquement sans faute ; mais ce nouvel effort est sans conteste celui d’une femme dont la vie semble avoir basculé et qui a frôlé l’inconnu pour mieux l’étreindre et nous conter les poèmes de ses divagations passées. Tout en regardant vers un futur que l’on ne peut pas encore soupçonner mais qui, c’est un constat immuable, nous réserve de belles surprises.

Martha Wainwright

« Goodnight City » de Martha Wainwright est disponible depuis le 11 novembre 2016 chez [PIAS].


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Raphaël Duprez

En quête constante de découvertes, de surprises et d'artistes passionnés et passionnants.