[Interview] Marika Dony, attachée de presse indépendante

À l’état civil, elle se nomme Marie-Caroline Dony ; mais, sur Facebook, c’est Emma Peel, comme la célèbre héroïne de la série britannique « Chapeau Melon et Bottes de cuir », jouée sur le petit écran par Diana Rigg. Et, pour les amis et les professionnels, c’est Marika ; et notez que ça sonne plutôt bien ! Attachée de presse musicale depuis 2013, d’abord pour le compte d’autres structures avant de se lancer en indépendant il y a tout juste un an avec Zakzik, elle nous raconte son parcours, ses grands bonheurs, ses amours et ses petites misères autour d’un métier exigeant et constamment réinventé. L’occasion de faire la connaissance d’une femme vraie, passionnée, attachante et sans langue de bois, qui croit autant en son métier qu’en ses coups de cœur, qu’elle défend quotidiennement auprès de la presse Web et généraliste. Après Sarah Etheve une semaine auparavant, Marika Dony nous livre un second regard, complémentaire et tout aussi passionnant, sur ce métier de RP (pour « relation presse ») profondément ancré dans son époque : celle des réseaux sociaux. L’occasion, enfin, de mieux connaître une activité souvent mal perçue du grand public, voire des artistes eux-mêmes. Allez, on fait connaissance !

crédit : Laurence Guenoun
crédit : Laurence Guenoun
  • Qu’est-ce qu’un attaché de presse en 2016 ? Quels sont ses rôles, ses responsabilités et ses compétences indispensables, selon toi ? De même, où s’arrête le rôle d’attaché de presse ?

Qu’est-ce qu’un attaché de presse, déjà. Il me semble qu’aux yeux de pas mal de gens, notre métier est bien méconnu. En 2016, être attaché de presse, c’est défendre auprès de la presse des projets culturels, et musicaux dans mon cas. Mais pas seulement : les choses ont évolué, il arrive du coup qu’on ait plusieurs cordes à notre arc ! Quand tu regardes les profils de poste, maintenant, c’est un peu du grand n’importe quoi. Limite, il faut un bac +5 pour avoir le job : être graphiste, calé en marketing, en réseaux sociaux, en communication et en droit ! Et puis quoi encore ? Parler cinq langues couramment ?

Il me semble que notre mission est avant tout de permettre la mise en avant des groupes, faire connaître leur musique et leur donner la parole. Mais notre rôle est aussi de dire, en toute honnêteté, ce qui ne va pas. Pour rendre l’ensemble plus cohérent, pour mieux défendre le truc… Il faut être tenace, organisé, malin et polyvalent. Je dis malin, parce que c’est dur comme boulot, vraiment. Il faut s’adapter rapidement et trouver des angles « d’attaque ». Et puis, il faut être sympa, même si ce n’est pas évident ; on a quand même de la chance de bosser dans la musique. Après, il faut faire attention à ne pas dépasser les limites de sa fonction, parce que les gens en demandent toujours plus, pour souvent rien.

Alors, tu te retrouves à tout faire toute seule, tu t’épuises, ça part dans tous les sens : ce n’est pas bon. S’il existe des attachés de presse, il existe aussi des managers, des bookers, des tourneurs, des labels, etc. Chacun son rôle, et ça fait sens en fait ! Après, on est certainement tous un peu tombés dans le panneau une fois : tu te retrouves à manager un groupe, faire du conseil artistique… C’est rigolo, mais chacun son métier et les vaches seront bien gardées (comme on dit).

  • Peux-tu nous décrire ton processus de travail, de la découverte d’un artiste à son accompagnement ?

C’est toujours « une histoire » plus qu’un processus. Parce qu’en fait, la découverte d’un artiste, c’est toujours inattendu. Le plus souvent, c’est par le bouche-à-oreille, ou en concert. Maintenant, il y a aussi les labels ou les managers qui te contactent directement. Alors tu reçois un mail : y’a du son, une histoire, et c’est ensuite une question de goût. J’aime ou je n’aime pas. Quand j’aime se pose la question du budget : le nerf de la guerre. Les gens, en France, sont très complexés par l’argent ; ça jette toujours un froid, ce qui est ridicule, ça fait gagner du temps à tout le monde d’aller droit au but. Au moins, on sait où on va, le budget fait clairement partie du processus. Au final, les groupes qui peuvent payer un attaché de presse sont peu nombreux. Une fois ces détails réglés, on passe au travail pur : les outils, les plannings et rétroplannings. Et en avant !

  • Depuis combien de temps exerces-tu cette activité ? Depuis tes débuts, as-tu observé des changements dans tes pratiques, dans ton quotidien ?

J’ai commencé de façon indirecte la promotion d’artistes en 2013 pour d’autres, depuis un an pour moi toute seule. Je suis donc novice (rires).
Mais, en effet, en trois ans de pratique, pas mal de choses ont changé déjà. Surtout dans le Web, ça bouge beaucoup. On ne travaille pas sur les mêmes contenus, l’image et la vidéo occupent de plus en plus de place. La lecture d’un article « online » est très courte, du coup les contenus sont inégaux. Il faut souligner, et c’est très important, que la majorité des rédacteurs qui bossent pour des webzines sont totalement bénévoles. Alors, il ne faut pas s’étonner que les sites ferment, qu’il n’y ait plus d’activité ou qu’ils manquent parfois de professionnalisme.

Je vois beaucoup de changements aussi dans les radios : des remaniements, des programmes qui changent. La situation est hyper précaire, du coup les émissions en pâtissent et nous aussi ! Je ne parle même pas des magazines. On a vu tristement plusieurs rédactions mettre la clef sous la porte en très peu de temps ; je pense à Têtu, à Magic… Les journalistes sont assez blasés ; ils doivent cumuler les piges, ils ne savent pas trop « à quelle sauce ils vont être mangés ». Récemment, un journaliste et ami m’a dit : « Tu sais, j’ai plus l’impression de gérer en permanence des budgets plutôt que d’écrire de vrais beaux sujets sur la musique ».  J’en parle parce qu’au bout du compte, ce sont les attachés de presse et les groupes qui trinquent, d’une certaine façon ; c’est une réaction en chaîne. Il ne faut pas s’étonner que, du coup, les rédactions choisissent de « gros » sujets en contrepartie de partenariats, c’est valable pour tous les supports : Web, radio, print… Les « diggers » se font plus rares. Je ne parle même pas des rachats de magazines par de grands groupes ou de la télé ! Bien sûr, cela a des conséquences, et aussi sur notre façon de travailler. Aujourd’hui, il faut avoir de bons projets et, rien que ça, c’est pas évident ! Il faut être présent sans harceler non plus les gens et je crois que, surtout, il faut connaître du monde, les connaître vraiment, pas être les copains, non : mais connaître leurs goûts pour ne pas se planter. Là encore, dans un esprit de gain de temps et d’efficacité.

  • As-tu été formé(e) à ce métier, ou est-ce de l’autodidactisme ? D’ailleurs, y’a-t-il des parcours qui préparent à ce métier ? Autrement dit, peut-on se trouver une vocation d’attaché(e) de presse du jour au lendemain ?

Je suis devenu attachée de presse par hasard, limite par accident. C’est drôle dit comme ça, non ? Pourtant, c’est vrai. Je n’ai pas de formation particulière, je fais partie de la génération « try and learn ». On m’a donné des conseils, dit de suivre telle ou telle piste ; mais au final, j’ai surtout appris en regardant les autres faire. C’est comme la cuisine : tu prends un peu ici, un peu là, et tu arranges à ta façon. Je crois que c’est la vie qui t’apprend à devenir un « bon » attaché de presse. Tu apprends tous les jours, en patience, en valeur humaine et en savoir-faire, au final. Si tu es bosseur, ça finit par arriver. C’est marrant que tu parles de vocation, je dois être quelqu’un comme ça, puisque j’ai été infirmière presque dix ans avant de faire ce job ! Je sais que la méthodologie vient de là, l’humain aussi… Pour le reste, c’est un pur hasard. Je voulais être plus dans la radio, moi, ou la supervision ; ou DA, idéalement. (rires), Mais la vie n’est pas finie !

  • Comment en vient-on à rencontrer et s’occuper de plusieurs artistes ? Comment se fait le premier contact entre vous ?

Les rencontrer, comme je le disais précédemment, c’est un peu au hasard et par le bouche-à-oreille. Tu t’occupes d’eux parce que tu crois en leur projet ! Tu es bien sûr qu’ils sortent du lot et qu’il faut aller les défendre. Il y a beaucoup, beaucoup de musique, et beaucoup de bonnes choses. Mais quand t’écoutes un album ou un EP et que tu sens qu’il a un truc de plus, eh bien, tu as envie de te battre. Et quand ça marche, quand en effet les gens entendent ce truc, ça fait plaisir.

On s’occupe de plusieurs artistes parce qu’il faut bien manger ! Haha. Mais surtout, parce que la durée de vie d’un projet est de plus en plus courte. Il faut consommer de la musique, des artistes, etc. Il est loin, le temps du disque que tu achetais religieusement et que tu écoutais en boucle parce qu’il n’y avait que celui-là. C’est l’époque qui veut ça. Mais je ne suis pas inquiète, là aussi ça change. On revient pas mal à l’artisanat. On s’adaptera toujours, ou on changera de taff.

  • Quelles sont tes motivations pour choisir de t’occuper d’un artiste ? Que recherches-tu quand on te propose d’apporter ton aide à l’un d’eux ?

Je crois que je recherche toujours la sensation de trouble. J’ai besoin que la musique me remue. Si j’ai ça, alors je peux en parler, je peux aller voir les gens et le leur dire pour qu’ils le sentent. Il est important de noter que ce n’est pas une aide ; c’est un service payant. Pardon, j’insiste, mais nous ne sommes pas bénévoles, tu sais. On travaille avec passion, mais c’est un travail.
Quand je travaille avec un groupe, j’aime que ça matche. Je me comporte toujours, certainement à tort de façon « maternelle » avec les groupes ; pas en termes affectifs, non, mais en terme entourage. Sinon, je crois que je choisis les projets qui me ressemblent au fond.

crédit : Laurent Demartini
crédit : Laurent Demartini
  • À force d’échanger avec tes artistes naît une relation de confiance et de proximité entre eux et toi. Comment la gères-tu ?

Je suppose que mon métier de cœur m’avait déjà appris à rester à ma place, à mettre de la distance avec les choses et les gens. Pas de débordement, rester professionnelle. Mais, en effet, il se crée des liens, parfois même des amitiés. Je suis proche des groupes, mais pas tous de la même façon. Il y a des coups de cœur, vraiment. Je pense à toute l’équipe de Reims avec laquelle je travaille ; vraiment, ce sont des personnes qui resteront, je crois. Mais là encore, la vie m’a déjà appris que rien n’est gravé dans le marbre.
La confiance avec les groupes, c’est la base ! Ils peuvent m’appeler, me demander des conseils, je suis toujours là. Mais attention : le bureau est fermé du vendredi 18h  au lundi 10h, enfin dans mes rêves !

  • Un(e) attaché(e) de presse est très sollicité(e), de toutes parts : comment gères-tu ta vie entre le professionnel et le personnel ? Parviens-tu à ne pas mélanger les deux aspects de ta vie, ou l’un et l’autre sont finalement très liés ?

Je te confirme que nous sommes très sollicités et qu’aucun d’entre nous, à ma connaissance, n’a le don d’ubiquité. Ma vie personnelle est clairement un énorme foutoir par rapport à ma vie professionnelle. Elle ressemble un peu à la chambre d’une adolescente : en vrac, mais confortable et reposante. Le seul truc qui tient droit, c’est mon fils. Je ne sais pas trop comment, mais ça, je gère bien. Sans mélanger : il arrive qu’il m’accompagne à un concert, qu’il croise des artistes chez nous. Mais tout ce qui est précieux à mes yeux n’est pas à la vue de tout le monde, au contraire. Pour vivre heureux, vivons cachés ! Par contre, il faut toujours composer autour des obligations du boulot. C’est juste de la gestion d’agenda et de temps.

Flavien Prioreau
Flavien Prioreau
  • Quelles sont les difficultés que tu rencontres le plus souvent dans ton métier ? Quels sont les points qui, selon toi, peuvent être les plus contraignants dans ton domaine ?

Le plus difficile, c’est répéter, relancer, tous les jours. Le problème n’est pas de le faire, puisque c’est la base du job. Le plus pénible, c’est de n’avoir aucun retour. Je préfère mille fois quelqu’un qui me répond pour me dire qu’il n’aime pas le projet, plutôt que le vide. C’est hyper désagréable, ça donne l’impression de ne pas être considérée. Mais je passe au-dessus parce que je sais que ça n’a rien de personnel, le gens sont juste débordés de demandes. Je comprends qu’on ne puisse pas tout traiter. Je me fais des petites blagues avec ça, d’ailleurs : il y a un programmateur, dont je tairais le nom, que j’adore parce qu’il est vraiment cool, mais qu’il est littéralement submergé par les CDs de promo qu’il reçoit. Alors, du coup, je le harcèle de mails quasi tous les jours avec des objets de mail tout débiles, du type : « COUCOU C’EST MOI ». Avant chaque envoi, je dis à ma collègue : « Mais dis donc, ce ne serait pas l’heure du mail à Monsieur X ? » et on rit un moment.

L’autre chose pénible, c’est que les groupes ne comprennent pas que la promo, ça prend du temps, que ce n’est pas en claquant des doigts que les articles arrivent. Alors, quand on m’appelle en me demandant un mois de promo pour un EP qui sort une semaine après, ça me gonfle pas mal. Mais, des fois, je le fais, parce qu’ils sont dans le pétrin ; je leur dis juste que ça ne sera pas l’Amérique, voir qu’on n’aura quasi rien.

Tout le reste, c’est cool : les concerts, les heures tardives, les bières en trop… C’est la vie que j’ai choisie à un moment.

  • On observe une spécialisation du métier d’attaché(e) de presse en fonction des types de médias : TV, presse nationale, webzines et blogs… Un(e) bon(ne) attaché(e) de presse, c’est d’abord un bon carnet d’adresses ?

Là encoren je te dirais : à chacun son métier. En effet, ce sont des mondes totalement à partn et tu ne peux pas tout mener de front ! Moin la télé, par exemple, ça ne me dit rien. En plus, il y a des gens qui font ça très bien, j’oriente les groupes qui le demandent vers qui de droit. On bosse aussi en fonction de ses disponibilités, je pense. Les radios, il faut accompagner, caler très à l’avance, prendre des rendez-vous : c’est long. Alors que le Web peut te sortir un article dans la journée ! Tous les supports se travaillent différemment.

Pour tout le reste, en effet, c’est le carnet d’adresses qui fait la différence. Pas en fonction de mails que tu as, non, en fonction de comment tu connais les gens : leurs goûts, leur vision des choses, etc. Ça va toujours mieux quand tu décroches ton téléphone et que tu dis à la personne que tu as quelque chose « pour » elle, directement.

  • Aussi, être attaché(e) de presse, c’est apprendre à travailler avec d’autres corps de métiers complémentaires : quels sont ceux à qui tu penses immédiatement ?

Les journalistes, évidemment. Sans eux, pas de nous, et sans nous, pas d’eux. J’exagère à peine, car c’est une collaboration de tous les jours, au final. Même si certains passent en direct avec les managers ou les groupes, dès qu’un projet se structure, nous devenons l’interlocuteur : c’est notre rôle. Et s’ils ne sont pas là, on n’a pas de job non plus. C’est un peu comme un chirurgien sans son instrumentiste : il peut opérer, mais il galère sec. Après, c’est un peu je t’aime moi non plus, mais c’est le jeu.
Je travaille aussi beaucoup avec les SMAC qui accompagnent des projets. Leur rôle est important pour aider les groupes à se structurer en attendant de devenir autonomes ou d’avoir un label. Puis les managers, les chefs de projets…

Ruben
Ruben
  • Les nouvelles technologies, l’instantanéité des relations numériques ont bouleversé notre manière d’échanger. Ces nouvelles communications ont-elles un impact sur ta manière de communiquer avec tes artistes comme avec les médias et le public ?

Évidemment ! On ne communique plus du tout de la même façon, mais c’est valable pour tout. Du coup, on ne travaille pas de la même manière. Aujourd’hui, en deux clics, tu récupères un son, une bio, des photos : ça va vite. Tu peux lire ou écouter absolument tout, jusque dans la salle d’attente chez le médecin. On consomme la musique.

La communication est directe avec les artistes ou les fans. Du coup, les plans de com’ sont totalement différents ! On utilise aussi beaucoup plus d’images. Le brand content compte énormément. Les gens veulent voir, entendre : lire ne suffit plus. Plus les contenus sont de qualité, plus la communication est forte. D’ailleurs, les agences ne se privent pas. Jamais la musique à l’image n’aura été si importante. On prépare les clips comme des films, avec scénario, casting, tournage, budget.

De même, pour les sorties d’album ou d’EP, le physique est passé loin derrière le digital. Les dates sont plus mouvantes de fait, les plannings plus souples. Ça présente des avantages, mais aussi pas mal d’inconvénients. Du coup, les groupes qui n’ont pas forcément d’entourage peuvent aussi faire plus de choses pour être vus. Des fois, ça marche…

Mais il ne faut pas se leurrer : les tactiques de publier « sauvagement » les albums, c’est du marketing, il y a des équipes qui préparent tout ça et ça ne marche que quand tu t’appelles Beyoncé ou Madonna.

  • Quel est ton regard sur les réseaux sociaux ?

Personnellement je m’en sers beaucoup, je suis carrément toujours dessus. Je suis pire qu’une ado ! Mais voilà, je trouve les interfaces cool, je communique comme ça. Mais il faut faire attention… Honnêtement je ne connais pas plus de 5% des gens qui me « suivent »… C’est un peu le jeu, tu postes des trucs, les gens trouvent ça « à leur goût » ; alors, pour des raisons qui leur appartiennent, ils te suivent. Mais tu ne sais jamais qui est derrière l’écran, comment il te « consomme ». Mon profil, par exemple, est complètement ouvert ; c’est un peu comme une vitrine de magasin, un blog, un carnet moleskine. Sauf qu’il est interactif. Du coup, j’ai viré toutes les photos trop perso. Je ne poste que mes humeurs et la musique. Rien de vraiment intime. Du coup, les gens me disent parfois des trucs du genre : « quelle mère es-tu ? Jamais tu ne parles de ton fils !!! » Ça, c’est le revers de la médaille des réseaux sociaux. Moi, ça m’amuse, mais je sais que les gens sont hyper voyeurs en général et pas toujours bien attentionnés. Du coup, en effet, mon fils et la bar-mitzvah de ma cousine restent dans mes souvenirs, et pas à la vue du tout-venant !

Les réseaux sociaux entretiennent des « images » : personne n’est en réalité comme dans l’ordinateur. Les réseaux sociaux, c’est du fake. Mais c’est important pour le branding, les relations presse. Et à ceux qui me disent que je ne fais que publier sur les réseaux, je réponds qu’ils ne font que lire ce que je publie. Ça reste une question d’offre et de demande, d’actifs ou de passifs, de leaders ou de followers. Tout ceci n’est pas mal ou bien, je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à des considérations si simples. C’est une nouvelle façon de communiquer, c’est tout. Les gosses d’aujourd’hui passent énormément de temps sur les tablettes, les téléphones, et j’entends de parents s’offusquer. Mais il ne faut pas ! C’est leur époque, leur interface, leur vie. Nous, c’était la télé, nos parents la radio, etc. À chaque époque ses révolutions.

Par contre, ce qu’il faut leur apprendre et faire, c’est à se ménager un jardin secret, se respecter et s’aimer, fort. Pour tout le reste, eh bien, c’est génial. Le meilleur est probablement encore à venir ; à nous d’être prêts, disponibles et curieux. Je crois que c’est ce qui garde jeune : l’optimisme.

  • La polyvalence semble au cœur de ton métier : l’attaché(e) de presse ne serait-il/elle pas synonyme de l’homme ou de la femme à tout faire en 2016 ? Parvenez-vous à fixer des limites à votre rôle ou êtes-vous amenés à faire preuve de toujours plus d’adaptabilité ?

Il faut, en effet, pas mal de souplesse. Moi, j’adore toucher à tout. Mais il faut rester à sa place. S’il existe autant de corps de métiers, ce n’est pas pour le folklore ! Je suis attachée de presse, je ne suis pas chef op’.

  • Pour toi, la promotion classique, en envoyant CDs et dossiers de presse, appartient-elle au passé ? Le rapport à l’objet a-t-il toujours une importance dans l’appropriation du projet musical ?

Non seulement je le pense, mais j’en ai la preuve : pas un programmateur qui ne finisse par me dire « Tu m’envoies le disque ? » Et c’est complètement normal ! Ils en ont tellement à traiter. Avoir une pochette reconnaissable, c’est un moyen mnémotechnique de plus. Tu appelles un journaliste et il te dit : « Elle est comment déjà, la pochette ? ». Je crois qu’il n’y a pas photo. Et puis les liens, c’est super, vraiment. Moi, j’adore le fait que la musique soit dématérialisée ; c’est pratique, mais plus sérieusement, combien de mails reçois-tu par jour ? Sous combien de centaines de réponses ton lien va-t-il être perdu ? Le CD et le lien sont complémentaires.

Quant au dossier de presse, évidemment qu’il a son importance ! Tu donnes toutes les infos, la bio, l’histoire : du matériel pour que les journalistes se fassent leur idée et préparent leur interview. Il n’y a rien de plus galère qu’un artiste qui ne te donne pas de bio, qui n’a rien à dire, ni sur lui, ni sur son projet. Les journalistes ne sont pas magiciens ; d’où crois-tu qu’ils sortent les belles histoires qu’ils racontent ?

Cherry Plum
Cherry Plum
  • Après ces années d’activités dans le secteur des musiques actuelles, es-tu en mesure de dresser un état des lieux du métier d’attaché(e) de presse, et quel serait-il ? Comment se distinguer dans cet univers ? L’attaché(e) de presse, un univers impitoyable ou pas, d’ailleurs ?

C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre. Il faudrait la poser à des attachés de presse comme Brigitte Batcave ou d’autres ! Ceux qui sont dans ce métier depuis plus longtemps. Leur point de vue est hyper intéressant. Si tu savais toutes les histoires de fou qu’ils ont à raconter… Moi, je suis comme les gosses, j’adore les histoires. Alors, des fois, le soir, tard souvent, quand on se parle aux comptoirs de concerts, ils ont tous des anecdotes à raconter et moi je suis au spectacle, parce que je les admire. Il y a tellement de projets qui sont arrivés loin grâce à eux, grâce à d’autres, mais grâce à ceux qui ne sont jamais sous les spotlights.

Pour se distinguer, je ne sais pas ce qu’il faut faire. Je reste moi. Je travaille au feeling et avec plein de tableaux Excel. On met tout dans le drive et on secoue. 25 minutes à four tiède et le tour est joué (rires). Il n’y a pas de recette miracle : il faut bosser. Notre « univers » n’est pas impitoyable. Il est comme tous les univers de travail : il y a des gens bien et il y a des putes. La nature humaine, rien de plus. Je me dis que le soleil brille pour tout le monde. Je ne suis pas du genre à marcher sur l’autre. Je bosse par passion pure, mais si ça ne marche pas, je n’en ferai pas une jaunisse. La vie est trop courte pour se mettre la rate au court-bouillon.

  • C’est l’instant promo : peux-tu nous nous présenter les artistes que tu défends actuellement ?

Avec plaisir ! D’abord, je voudrais parler de Ruben, parce que je les ai accompagnés tout l’hiver jusqu’à la sortie de leur album, « La chambre d’échos », et que j’ai adoré bosser avec eux.

Les projets en cours : d’abord il y a Benjamin Paulin qui sort son album, « Meilleur espoir masculin », le 3 juin prochain, avec deux dates sympas le 31 mai à la Brasserie Barbès et le 29 juin au Silencio. Benjamin, c’est l’esthétisme chanté : il a une voix magnifique, des textes trempés dans l’acide…

Klink Clock
Klink Clock

On a récemment pris en route la promo de Klink Clock, duo rock hyper efficace : c’est bon de les voir évoluer sur scène, ces deux-là ! Ils sont actuellement en tournée et, dès qu’ils reviennent à Paris, je ne manquerai pas de le crier sur tous les toits !

Dans mes projets de cœur, il y Angel et Black Bones, deux projets portés par Anthonin Ternant (ex-The Bewitched Hands). Là aussi, c’est une belle rencontre. Angel, parce qu’on est allé jusqu’à la sélection des iNOUïS du Printemps de Bourges et que ça continue avec un album fin 2016. Et Black Bones, parce que c’est le bordel ! C’est la musique qui me donne le sourire, qui me fait sauter partout… et le public aussi ! Là encore, des festivals à venir et un album…

Dans la ruche rémoise de la Cartonnerie, je m’occupe aussi de Judy, très beau projet électro-pop. Charlie (le chanteur) arrive à bâtir tout un univers de nappes musicales : c’est profond, ça me brasse. Il est en tout début de développement, mais il a déjà bien tourné avec Yanis en tant que clavier. Il va sortir un single en juin : j’ai hâte.

On a accompagné Aymé aussi, groupe hyper happy qui vient de sortir un album assez solaire avec un clip artistique tout frais !

On démarre la promotion d’Alister également. C’est un peu un personnage, ce Alister ! Il n’avait pas sorti d’album depuis cinq ans !! Et là, il le sort et c’est bon. Le premier single s’appelle « Je travaille pour un con », c’est tellement d’actualité (rires).

Alister - Je travaille pour un con

La jolie réédition de Yubaba chez Resiste ! L’EP est tellement beau, tellement actuel qu’on oublie les mauvaises ondes.

Sinon, on est toujours sur les projets en développement comme Cherry Plum, Kinoko.

On soutient la soirée « Carte blanche à la Coopérative de Mai » au Point Éphémère le 29 juin, avec Mustang, Aberdeeners, Super Parquet et La Main.

La Main que nous avions eu la chance de compter parmi les 16 groupes qui ont joué pendant Bourges, dans l’événement que l’on a coordonné, Bande de Bourges, et dans le off avec les SMAC : la Cartonnerie, le Chabada et la Coopérative de Mai.

Il y a de beaux projets à venir encore, mais sois sûr que je ne manquerai pas de t’en parler (rires).

Merci pour cette initiative en tout cas et bravo pour le professionnalisme d’indiemusic ! Bisettes.


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques