[Live] MaMA 2016, jour 2

Notre deuxième journée de l’édition 2016 du festival MaMA était presque exclusivement consacrée à la pop française, entre les scènes voisines du Divan de Monde et de Madame Arthur. La fin de soirée nous aura amené à explorer d’autres lieux et d’autres tendances musicales au gré de nos envies. Un jeudi soir pas comme les autres, entre pop, rock et musiques électroniques, en compagnie de Louise Roam, Mesparrow, The Dizzy Brains, Ladylike Lily, Batuk, Cléa Vincent, Rocky, Kumisolo, Feynman et Jacques.

Rocky
Rocky

Article écrit par Etienne Poiarez, Charles BinickFred Lombard et Cédric Oberlin

Plus qu’un effet de mode, le français revient en force, en 2016, au cœur des compositions de ceux qui lui préféraient l’anglais autrefois. Dernier exemple en date avec Louise Roam venue au Divan du Monde présenter, notamment, de nouvelles créations offrant une place de choix à sa langue maternelle, et ce, avec un certain brio. La musicienne, sans délaisser le charme de ses précédentes œuvres, nous démontre un peu plus l’étendue de son talent. Elle tend ainsi à poursuivre la pleine ouverture de sa pop électronique aux nuances inédites. Intimiste, dansante, épurée ou puissante, la musique d’Aurélie Mestres se donne ainsi de nouveaux moyens d’expression. L’intensité du set monte dans un crescendo de plus en plus véloce et soutenu, passant d’une electronica discrète à des productions dansantes, de l’expérimentation à la démonstration jusqu’à la confirmation. Son prochain EP à venir début 2017 nous en dira plus sur la voie empruntée par la compositrice parisienne.

crédit : Cedric Oberlin
crédit : Cedric Oberlin

Lui succède sur la même scène Mesparrow, venue, la veille de la sortie de son second album, présenter ses nouvelles chansons pop singulières. Marion Gaume (de son vrai prénom) s’est en effet mise au français avec ce disque aux nouvelles couleurs plus électroniques baptisé « Jungle Contemporaine ». Accompagnée de deux musiciens – également une première pour celle qui a tourné en solo depuis ses débuts – la Tourangelle a mis comme à son habitude sa voix au centre de son projet. Son chant mystique et chaleureux se conjugue en effet avec élégance aux chœurs capturés par son sampler et démultipliés en harmonies vocales hypnotiques. Alors que son premier album alternait souvent piano et guitare/voix, sa nouvelle création se veut plus léchée et emporte immédiatement le public. Mesparrow est définitivement bien partie pour nous faire aimer encore un peu plus encore avec la chanson française.

Mesparrow

Les punks malgaches de The Dizzy Brains ont dévoilé leur premier long format, « Out of the Cage », il y a quelques mois. Depuis, ils tournent inlassablement dans toute la France, leur pays d’accueil en quelque sorte. Ils étaient à la Boule Noire, à l’occasion d’une soirée spéciale dédiée à leur label X-Ray Production. Comme à leur habitude, ils n’ont pas fait les choses à moitié. Pendant une heure sans temps mort, nous avons été transportés par leur fureur de vivre exprimée viscéralement par les hurlements fous de son chanteur, Eddy Andrianarisoa. Toute la force de leur punk-rock s’est déversée sur leur titre éponyme, poursuivie par « Baby Jane », violente ballade exhalant le sexe et l’amour. Au milieu du concert, le chanteur énonce un discours incendiaire sur l’état de son pays dans sa langue natale, avant de nous confier toute sa colère contre ce monde corrompu, ici comme ailleurs, nous invitant, entre deux allusions coquines, à nous réveiller ! Pas de doute, The Dizzy Brains sont sincèrement enragés : une qualité trop rare chez les rockeurs du XXIe siècle.

crédit : Cedric Oberlin
crédit : Cedric Oberlin

Orianne Marsilli alias Ladylike Lily conjugue son univers intime à une élégante pop désormais exprimée principalement en français, aux mots cueillis avec soin. Seule pour commencer, s’accompagnant de samples et d’effets, la chanteuse rennaise nous raconte avec rythme et poésie ses histoires parfois difficiles comme « Promesses », à propos d’un garçon qui lui a fait beaucoup de mal ou beaucoup plus douces comme « Bain de minuit ». La fin du set est joué en trio sur « L’aurore », tout premier titre qu’elle a écrit en français, deux ans auparavant et présent sur son nouvel EP, « Dans la matière » qu’elle invite le public à découvrir sans détour et non sans humour : « J’ai pris une prune en venant alors j’aimerai que vous m’achetiez des disques ! ». Elle est rejointe par Agathe alias Gatha au violoncelle et Corentin Ollivier à la guitare électrique, co-arrangeur du dernier EP, portant ensemble l’atmosphère paisible du morceau. Une très belle fin de set.

Ladylike Lily

Dans la foulée, au Centre FGO-Barbara, les Sud-Africains du collectif Batuk nous mettent en transe grâce aux énergies contagieuses et croisées de l’afro-house, du hip-hop, de la township-tech, du kuduro et du kwaito aux beats envoûtants. Accompagné pour l’occasion d’un percussionniste excessivement doué, le trio est véritablement extatique ce soir, alternant chant contestataire sur le dévastateur « Gira » et appel à la fête et à l’amour sur « Call Me Naughty ». Les basses s’entrechoquent et les boucles en conclusion de morceaux nous engloutissent dans une série de tourbillons rythmiques, que nous aurions souhaité ne pas voir s’arrêter. Les mots sont insuffisants pour retranscrire la richesse et les innombrables couleurs convoquées durant ce show : la chanteuse Manteiga, dans sa combinaison en cuir rouge moulant, invite le public à rejoindre cette communion où les corps et les esprits se frôlent, s’emmêlent et se perdent dans la nuit. Un grand moment de musique électronique.

crédit : Cedric Oberlin
crédit : Cedric Oberlin

Les chansons addictives de Cléa Vincent s’inscrivent dans le même tempo et nous collent dès les premières secondes à la peau. De la fraîcheur qui donne du baume au cœur : la Parisienne et son acolyte ont ainsi réalisé un des meilleurs rendez-vous de ce jeudi soir. À la fois dansante et sincère, la musique de Cléa met une ambiance incroyable dans la petite salle de Madame Arthur, laissant même des retardataires sur le pas de la porte par manque de place. Avec la complicité de son percussionniste, également au chant, elle nous offre, tout sourire, les hymnes french pop électroniques aux mouvements disco de son tout premier album « Retiens mon désir », sorti le 7 octobre dernier chez Midnight Special Records. Parmi les tubes de la musicienne, « Château Perdu », « J’y attendais pas » et « Électricité » continuerons à nous trotter dans la tête jusqu’au réveil suivant (CQFD). Un moment d’abandon total sur cette musique ô combien géniale qui fait rêver et danser avec allégresse.

Cléa Vincent

Quelques mètres et deux portes plus tard, notre fièvre n’a pas eu le temps de redescendre que la pop synthétique dopée à la house de Rocky résonne dans l’enceinte voisine du Divan du Monde. Emmené par l’intrépide Inès Kokou, en combinaison dorée et aux tresses virevoltantes, le quintet lillois envoie en avant-première les salves électriques de ses tous nouveaux morceaux, « Soft Machines » et « Apologize » en tête, à destination d’un public aussi averti qu’échauffé. L’ambiance devient rapidement torride en présence de ce phénomène scénique qui enchaîne tube après tube, avec maîtrise et emprise. C’en est redoutable de chaleur à croire que depuis Cléa Vincent, l’été est revenu squatter Paris. Le plaisir est bien présent, les sourires se dessinent sur toutes les têtes et le public, pris au jeu, se laisse complétement aller au gré des invitations sonores. L’album « Soft Machines » sort la semaine prochaine et il sera notre seule échappatoire pour revivre cette folie endiablée. Rocky n’est définitivement plus un rookie, il faut se le dire !

Rocky

Direction le Bus Palladium, pour se téléporter dans le monde haut en couleur de Kumisolo. La jolie japonaise n’est d’ailleurs plus vraiment en « solo » (elle était accompagnée d’un guitariste auparavant) puisqu’elle est maintenant accompagné de la formation rock Kung Fu Boys. Sur scène, le minimaliste instrumental s’efface pour libérer toute la fantaisie voire la douce folie de la Parisienne d’adoption. Mais n’ayez crainte, la légèreté de son univers délicieusement sucré est toujours au rendez-vous. Les lumières saturées de la salle ne faisant que l’appuyer. Et même si l’audience est timide et parsemée, elle reste attentive devant cette artiste atypique à mi-chemin entre Dorothée et les idols japonaises. Un petit délice.

crédit : Cedric Oberlin
crédit : Cedric Oberlin

Jeune producteur parisien, co-fondateur du label Fake Music, Feynman a dévoilé son premier album « Air » il y a quelques mois et nous a offert, à l’occasion de la soirée électro « Believe 10Years Part II » au Moulin Rouge, une session puissante et vibrante de toutes ces nouvelles compositions. Le set fut de très bonne qualité, entêtant à souhait, avec le groove synthétique qu’on lui connaît. Son mélange de future beat, de house et d’electronica semble avoir véritablement charmé le public, levant sans cesse les bras et se coulant dans les vapeurs de ses machines. Et s’il reste encore assez timide (plutôt par pudeur), également au niveau de la scénographie très épurée, il a clairement réussi à nous faire découvrir avec plaisir son univers. Lorsqu’il a joué le titre éponyme, déversant une musique de club faite de rythmiques classieuses et de claviers azuréens, nous volions enfin avec lui au-dessus de la ville vers des latitudes qui laissent rêveur.

Véritable attraction de la soirée, la popularité de Jacques semble grossir de jour en jour, alors qu’il n’a sorti qu’un seul EP, en mars 2015. Mais c’est aussi pour cela qu’il n’a joué aucun de ses titres, de même que lors de ses précédentes performances, réinventant sa musique chaque fois que l’occasion se présente. Aurait-il trouvé la recette secrète pour ne pas tomber dans l’éternel DJ set légèrement ennuyeux ou le passage obligé des dernières compositions en date ? Toujours est-il que nous avons été emportés par les vagues de sa techno méditative ou « transversale » comme il l’appelle, construisant un laboratoire autour de ses platines. Une recette concise mais efficace, capable de secouer cette foule en attente de grandes choses. Heureusement, l’habituel solo de guitare en fin de set n’a pas été écarté. Un jour, Jacques a dit qu’il voulait faire aimer sa musique aux gens sans devoir la formater pour ne pas travestir son art. Cette nuit-là, il semble avoir réalisé son leitmotiv ; le monde aime la musique de Jacques.


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