[Live] MaMA 2015, jour 3

Dernière ligne droite pour le cru 2015 du MaMA ; et le moins que l’on puisse dire, c’est que les jours se suivent et ne se ressemblent absolument pas. Tour d’horizon non exhaustif des ultimes réjouissances.

Heymoonshaker
Heymoonshaker

Article écrit par Raphaël Duprez, Fred Lombard, Solène Patron et Emmanuel Brasseur

Session intimiste au Café Oz avec, en préambule, Fragments, dont le post-rock mâtiné d’influences électroniques douces et satinées devient immédiatement prenant. Maîtrisant son sujet avec professionnalisme et une immense générosité, le trio s’accommode à la perfection d’un genre trop souvent interprété sans envie ni ambition, avec une sincérité admirable et des idées toutes plus géniales les unes que les autres. Concise et directe en plus d’être terriblement communicative, leur prestation dans un cadre si sobre prouve, s’il en était besoin, qu’on a affaire à un grand groupe, passionné aussi bien qu’essentiel.

Fragments par Fred Lombard

On continue les hostilités déjà bien entamées avec Manceau, dont le pop-rock en apparence apaisé cache une réelle envie de s’approprier des styles diamétralement opposés pour offrir une musique entre concision et décalage, brassant les atmosphères dans un torrent mélodique pointilleux et beau à entendre. Leur fausse nonchalance dissimule alors des trésors d’ingéniosité harmonique qui donnent rapidement le sourire, ce qui laisse augurer du meilleur pour eux.

Manceau par Fred Lombard

Voir Fuzeta en concert dans une petite salle, c’est comme un rêve d’enfant devenu réalité : pouvoir pratiquement toucher ce groupe que l’on chérit tant depuis un petit moment, et goûter à leurs captivantes créations en les effleurant, de façon quasi organique. Sans prévenir et dès les premières notes, suspendues et progressives en intensité, les Morbihannais transcendent l’art dans son ensemble, offrant avec une ferveur inégalée ces joyaux sonores dont eux seuls ont le secret. L’osmose des chœurs et des guitares tantôt douces, tantôt furieuses, impose une écoute et une vision quasiment religieuses, et ne cesse de démontrer qu’on a définitivement face à nous une entité qu’il sera difficile d’égaler. La reconnaissance qu’ils gagnent au fil du temps est largement méritée, et on accepte de prendre la mer avec eux pour les suivre jusqu’au bout du monde.

Fuzeta par Fred Lombard

On reste parmi les fidèles qui nous passionnent tant avec Kid Wise, qui pénètre sur la scène de la Cigale pour un set toujours aussi fulgurant, introduit par des loops de violon aériens et éthérés laissant bientôt place au chaud et froid dont le groupe conserve précieusement la recette alchimique. Explosions électriques dévastatrices et transcendantes, apothéose du mariage des claviers et guitares ; rien ne nous est épargné. Et le soin apporté aux chansons si particulières et magnifiques du sextet prend une dimension toujours plus mémorable en live, entre synergie et émotion brute. Inclassable et grandiose, Kid Wise surpasse toutes les espérances au fur et à mesure qu’il grandit ; une traversée de la glace et du feu en perpétuel mouvement, au rythme de la transe des interprètes et de leur bonheur de jouer ensemble, et dont on ne ressort jamais indemne.

Kid Wise par Fred Lombard

Au Divan du Monde, Tahiti Boy & The Palmtree Family berce l’audience grâce une soul teintée d’influences rock sensibles et pénétrantes. Là encore, il est difficile de coller une étiquette trop réductrice à un projet qui se promène amoureusement hors des sentiers battus, en toute humilité et simplicité, notamment lorsqu’une électro saccadée et des chœurs suaves s’invitent à la danse pour nous replonger dans les méandres de sons dont l’âme sensitive reste continuellement intacte. Un périple à ne pas manquer ; un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Tahiti Boy par Fred Lombard

Retour à la Cigale avec Heymoonshaker : un coup de griffe blues inattendu et bienfaiteur. Entre cette voix éraillée et totalement empreinte de bonheurs enfumés et de saveurs roots, et un human beatbox qui semble aussi naturel que viscéral, en résumé : ça calme sévère. La présence scénique est démentielle. Un coup de tonnerre inespéré et qui hérisse chaque millimètre carré de la peau. Et pour l’auteur de ces lignes, qui ne connaissait pas le duo avant de le découvrir sur scène ce soir, une révélation incontournable et qui laissera longtemps des cicatrices vivaces et transperçantes ; comme pour chaque personne présente devant ce phénoménal OVNI.

Heymoonshaker par Fred Lombard (2)

Arrivé du Portugal avec sa  collection affolante de claviers et de machines en tous genres, Noiserv présente au public des Trois Baudets son impressionnant dispositif installé en demi-cercle autour de lui. Multi-instrumentiste habile, switchant de la guitare au toy piano, des machines au melodica, du clavier à l’accordéon, du haut-parleur au xylophone, le pied savamment posé sur l’enregistreur multi-pistes, David Santos construit en live un imaginaire sonore foisonnant. Ponctuant ses interludes de clins d’œil légers, et souvent amusants, au quotidien des Portugais, Noiserv épate par la richesse de ses mélodies, annoncées comme intimistes et poétiques, avant de déployer toute leur puissance, libérées entre les doigts d’un seul et génial compositeur, interprète et chef d’orchestre. S’accompagnant de sa propre voix, comme Bernhoft nous l’avait démontré quelques années auparavant, l’artiste originaire de Lisbonne nous quittera sur un dernier morceau montrant toute la palette habile de ce bricoleur de mélodies hors pair.

Noiserv par Fred Lombard

Apparue sous une mystérieuse cape noire, accompagnée et entourée par deux  multi-instrumentistes aux machines et à la basse, Maïa Vidal dévoile sur la pointe de ses pieds nus, sensuellement, un set où la passion et l’amour sont exaltés. Dynamique une fois passée dans la lumière, découvrant alors sa robe pailletée de boutons d’or et sa chevelure brune dégradée vers l’orange, elle distille, à l’aide de sa sublime voix, un romantisme plein de légèreté et de douceur, parfois égratigné par des histoires de séparation, fort heureusement prises à la rigolade. Se mouvant au gré des mélodies jouées, la séduisante Franco-américaine, aussi habile pour manier l’omnichord ou son clavier que les mots doux, nous laisse béats, l’âme légère, le sourire aux lèvres et le cœur tendrement palpitant. Un grand moment d’allégresse, habilement dynamisé grâce aux sursauts électroniques électrisants délivrés par ses deux complices.

Maia Vidal par Fred Lombard

Rachid Taha était au Divan du Monde en avant clôture du MaMA. Malgré le haut de forme, l’artiste n’était pas au meilleur de sa forme. Cigarette au bec et cravate défaite, le chanteur algérien arrive sur scène un rien chancelant. Accompagné des musiciens formidables de son Couscous Clan, qui portent pour beaucoup les chansons, il enchaîne les titres maintenant d’anthologie et le public, évidemment déjà conquis, approuve et acclame. La salle, bondée, savoure l’ambiance arabisante et tournoyante au rythme du oud et de la darbouka. Une prestation qui, malgré tout, transpire la générosité.

Rachid Taha par Emmanuel Brasseur


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