[EP] Making Judy Smile – Making Judy Smile

Avec « Making Judy Smile », Fred Roussigné parvient à invoquer quelques esprits d’un folk traditionnel qu’il recouvre d’une pop délicieuse. Une déclinaison qui brille dans un nouvel EP serein, modeste et joliment inspirant.

Making Judy Smile - Making Judy Smile

Sous la photographie saturée d’une station balnéaire, nous pressentons la présence feutrée d’une ou plusieurs figures au goût délicat et prononcé. Cette musicalité fantôme, qui se présente à nous bien avant que le mode lecture soit activé, stimule, dans notre cerveau, la merveilleuse partie des sens. La vue vient en premier, l’émotion s’ensuit pour activer l’ouïe, sa belle finalité. Ce vecteur sensitif, c’est Fred Roussigné, l’homme derrière le projet musical feutré de Making Judy Smile. Joli nom, jolie pochette (réalisée par Laurent Guillet), ne manque plus que l’essentiel ; l’écoute. Fred nous présente, à travers ce nouvel EP éponyme, cinq chansons pop-folk à l’enrobage acoustique que Villagers (pour le plus parlant) pratique déjà. Jolies influences, aussi. Tout est réuni avec tact et délicatesse, accompagné de la voix tendre et du souffle de Fred qui file dans l’Amérique de son harmonica. Il va sans dire que sa guitare ne vient que soutenir cette âme vagabonde, qui tournoie au-dessus de cette terre qui inspire beaucoup. Cinq chansons, donc, bijoux prometteurs et intemporels d’une lignée toute tracée.

Mais qui est cette Judy, cette faiseuse de sourires ? Ma question ne reste pas longtemps en suspens et s’éloigne peu à peu de cette évidence féminine, quoique pas complètement : « C’est d’abord le nom d’une chanson de Ride, groupe que j’apprécie énormément. », avoue Fred. « Ce n’est pas leur meilleure chanson, ni ma préférée, mais j’aimais le côté lumineux qui se dégage de ces trois mots et les différentes interprétations qu’on peut y voir. Les Franz Ferdinand racontaient souvent en interview qu’ils faisaient de la musique pour faire danser les filles. Plus modestement, je me dis que, si j’arrive à les faire sourire, ce n’est déjà pas si mal ! ». Belle intention qu’on a là, et que l’on retrouve dans sa musicalité, dans ce doux et serein ton acoustique qui a tant rendu raide dingue la gent féminine. Il est évident que les renversants Jeff Buckley et Bob Dylan rentrent en ligne de compte. On ne peut plus dire que la magie opère toujours, mais le genre garde tout de même son lot de séduction ; une mécanique charnelle qu’il dégage, dans le toucher des cordes et dans les voix graves et cassées. Fred vise aussi dans ce sens : « Je ne suis pas un amateur « exclusif » de folk. J’aime une certaine forme de classicisme en termes de composition. J’admire de ce fait les ténors en la matière (Bob Dylan toutes périodes confondues, Paul McCartney, The Divine Comedy, Richard Hawley…) et tout un pan de la pop anglaise (The La’s, The Smiths, The Coral…), où la guitare acoustique est présente. Il faut dire que cette dernière reste mon instrument principal pour la composition des chansons. Et, hors musique, il peut m’arriver d’avoir des idées de mélodies et de chansons en lisant ou en visionnant une série ou un film, comme si j’avais besoin d’une B.O. pour le bouquin ou d’un générique supplémentaire pour la série. »

Dans ce sens, Making Judy Smile emploie une dimension cinégénique flagrante qui permet d’ouvrir grandes nos écoutilles et d’imaginer loin ce que nous souhaitons. Les images se lèvent alors en quantité pour regarder le film que notre imaginaire projette en vitesse accélérée. Des bouts de rêves inachevés, mais des bouts de rêves quand même. De son côté, Fred n’a pas peut-être pas la sensation d’être aux commandes de cette projection ; personne, d’ailleurs. Il se place aussi de notre côté : « Souvent, tel morceau de tel artiste va m’évoquer un souvenir, une odeur ; tel autre va me rendre euphorique à chaque écoute ; tel autre va être là pour m’accompagner dans les moments plus difficiles, comme une bande-son qui est avec moi en permanence. Ce qui me rendrait le plus heureux, c’est de savoir que mes chansons peuvent avoir le même effet sur quelques personnes. » Voici le beau cadeau qu’on lui fait.

« Making Judy Smile » de Making Judy Smile est disponible depuis le 22 février 2016.


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Julien Catala

chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante