[EP] MAJØR – Room 593

Avec ce premier EP inspiré et intense, MAJØR déambule dans les terres de l’électro, du R’n’B et de la pop en y faisant se percuter l’intensité d’instrumentations et de beats profonds et appuyés avec une mélancolie de tous les instants. Le résultat ne s’inscrit dans aucun schéma particulier, faisant du spleen et de l’introspection, grâce à des choix artistiques impeccables et intelligents, le cheval de bataille d’un disque ne ressemblant à aucun autre et audacieux, avant de rapidement devenir captivant de bout en bout.

Trio de producteurs parisiens bercés par la musique populaire autant que par des influences musicales modernes et plus actuelles, MAJØR nous invite, avec son premier opus, à visiter la mystérieuse « Room 593 », lieu aux lumières tamisées et rougeoyantes où, plus que la débauche, le plaisir et la confidence sont les maîtres des lieux. Mettons, d’ailleurs, rapidement les choses au clair : vous trouverez de nombreuses significations au nombre « 593 » en cherchant sur Internet : une lettre de Van Gogh à son frère Théo, le crash d’un vol de l’Aeroflot, un gène malade, un quintet pour cordes de Mozart… Des faits qui semblent se télescoper dans la musique de ces artistes n’ayant pas choisi la facilité mais nous offrant certainement l’un des EPs les plus émouvants de l’année, autant dans sa sobriété instrumentale que dans les modes mineurs qu’il explore à corps et à cœur perdus. Le résultat est poignant, vibrant et dynamique, et fait de l’espace clos auquel nous sommes conviés une pièce perdue dans l’univers et le temps, bouleversant nos sentiments et certitudes.

Dès le poignant « Requiem », toute l’intensité du projet apparaît en pleine lumière, entre une voix habitée et hantée, des guitares discrètes et marquantes et, plus que tout, l’alliance de rythmes lents et de claviers et pianos d’une profondeur et d’une dimension épique et onirique incomparables. Ancrant son art dans un langage de l’âme prégnant et troublant, MAJØR provoque autant l’extase sensorielle que la contemplation intérieure. « 593 » étend ses ailes au-dessus de ces mêmes terres, tout en développant le propos de façon plus obsessionnelle grâce au dialogue des chœurs et du timbre principal, ultime échange entre le meurtrier et sa victime tragique. « Dream Killer » devient l’abandon et la résignation, où le refrain se fait confession (« I can’t carry, I can’t carry on ») et preuve de la douleur, d’une souffrance que l’on préfère taire mais qui nous perturbe et nous déstabilise, détruisant tous nos repères pour mieux nous voir sombrer. « Before Sunrise », lui, redonne de l’espoir en faisant exploser un solo de guitare chargé d’intentions beaucoup plus optimistes, laissant augurer de temps meilleurs et moins désespérés, tout comme « Alright », ultime élan du désir et de la perte, se veut rassurant malgré l’épée de Damoclès, l’humeur noire qui coule dans les veines et le long des murs de cette chambre égarée dans tant de dimensions différentes, entre beauté et tristesse.

Autant le dire immédiatement : « Room 593 » n’a absolument aucun équivalent dans la musique hexagonale de ces années. Car MAJØR a choisi d’explorer des voies ancrées dans l’accablement et la volonté de s’en sortir grâce à la composition, à l’expression sans fard de son désarroi autant que de son exaltation, exorcisant ses démons dans des élans vocaux sublimes et des arrangements d’une pureté éclatante et obscure. Un fondu-enchaîné qui se révèle brusquement à nous avant de disparaître aussi rapidement qu’il est apparu, nous laissant exsangues et désorientés. Un moment inoubliable, osé et puissant, source de mille maux et de remèdes mélodiques indispensables et matures.

« Room 593 » de MAJØR est disponible depuis le 31 mars 2017 chez Cellar.


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Raphaël Duprez

En quête constante de découvertes, de surprises et d'artistes passionnés et passionnants.