[Live] Maggie Rogers à la Gaîté Lyrique

Un vrai vent de fraîcheur souffle sur la pop américaine grâce à Maggie Rogers. Il y a quelques semaines, elle a sorti un album qui, sans retourner la table, se montre génialement atypique, ou simplement efficace à coup de mélodies enivrantes. Ce qu’elle nous a confirmé sur la scène de la Gaîté Lyrique à Paris le 22 février dernier.

crédit : Inès Ziouane

« Heard It on a Past Life » réjouit par ses partitions de pop synthétiques qui oscillent entre les envolées soul de Jessie Ware (« Say You Love Me ») et les harmonies vocales tubesques d’HAIM (« Give a Little »). L’Américaine n’a pourtant rien à voir en fait avec le simple guilty pleasure assumé (ou pas) qui ponctue parfois nos écoutes laborieuses des dernières grosses sorties mainstream de l’autre côté de l’Atlantique. Petite révélation poussée sur le devant de la scène par Pharrell Williams, elle risque de vite devenir grande en tirant son épingle du jeu grâce à sa voix incroyable, ses productions savamment dosées, et un truc en plus, si important pour se distinguer dans le milieu. D’abord pensée comme une singer-songwriter twee folk, la voici embarquée vers des horizons plus électroniques et catchy sur un disque entier. Fini le banjo dans le Maryland, elle porte aujourd’hui l’ambition de brasser large, mais avec des compositions brillantes. Maggie Rogers vient ainsi gratter à la porte aux nouvelles jeunes championnes du mainstream, où règnent déjà (ou du moins bientôt) Lorde, Sigrid, Billie Eilish et consorts.

En groupe, la performance est puissante, mais sans grandiloquence, de grande classe sans être millimétrée. Elle sait donner également à sa sortie parisienne une touche particulière, et honnête, rappelant qu’elle a un temps habité la capitale. Ses anciens amis parisiens se mêlent alors aux fans hardcores (oui déjà), pour pousser la fosse à l’hystérie collective que jalouseraient certaines divas reconnues. Dans le contexte pourtant un brin confidentiel de la Gaîté Lyrique, on se croirait presque devant ces grands spectacles pop d’arénas. Telle une rock star, elle se jette ainsi sans complexe dans la fosse en délire pour une partie de slam. Alors qu’on parle encore d’un petit secret caché de la synthpop (en France en tout cas), on profite pleinement de ce phénomène qui devrait sûrement embrasser des foules toujours plus grandes.

La setlist explore malicieusement ses sensibilités RnB (« On & Off »), ou plus groovy (« The Knife ») avant de laisser une place au tube évident « Overnight ». Maniant les hymnes dansants ou plus posés, elle est impeccable sur la douceur « Alaska » qui la lançait véritablement il y a deux ans. Entre l’intermède acoustique « Past Life » ou le lyrisme et la mélancolie d’une Florence Welch sur « Back in My Body » (elle avait d’ailleurs été rejointe sur scène par l’Anglaise pendant un concert à Londres), il n’y a certes pas grand-chose de révolutionnaire dira-t-on au moment de faire le bilan, mais il n’y parfois rien de meilleur que de savoir apprécier les choses biens faites.


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