[LP] Loyle Carner – Yesterday’s Gone

Découvert en France lors de la dernière édition du festival L’Ère de Rien, durant une prestation qui reste anthologique – aussi bien pour le public que pour l’artiste lui-même -, Loyle Carner nous accompagne en ce début d’année avec un véritable premier album contenant tout ce qui le rend unique et incontournable dans le paysage hip-hop actuel. Un disque aussi proche de la confession et de l’expérience du jeune auteur que d’une humanité universelle inscrite dans un patrimoine vocal et musical qu’il fait sien pour mieux s’en détourner.

On ne pourra jamais dire tout le bien que l’on pense du Britannique Loyle Carner, depuis qu’on a pu l’admirer sur scène à Rezé en avril dernier. Un flow énergique et impeccable, doublé d’une énergie débordante et communicative, pour ce qui restera l’un des temps forts du festival. Après une poignée d’EPs permettant d’ores et déjà de se faire une idée précise du potentiel de ce poète urbain inclassable, « Yesterday’s Gone » prolonge le plaisir et la magie, en plus de prouver, pour ceux qui en douteraient encore, que l’art du verbe demande une maîtrise aussi bien vocale qu’instrumentale à laquelle notre homme donne une dimension intime et, de ce fait, immédiatement reconnaissable et précieuse. Par ses mots, ce sont les nôtres qui résonnent, ces paroles que l’on garde secrètes, ces destins que l’on connaît mais dont on ne parle jamais. Des bribes existentielles, ici magnifiées et confidentielles, pour un résultat attachant et profond.

Car ce qui trouble avant de fasciner sur cet opus décidément hors norme, c’est la capacité de l’auteur à mêler le flow le plus naturel et intense à des instrumentaux viscéraux et acoustiques. Que ce soit dans les chœurs discrets mais splendides de « The Isle Of Arran » ou à travers le groove du saxophone solitaire de « Ain’t Nothing Changed », Loyle Carner pose les bases de son débit fluide et admirable sur ces pièces où beats et instruments naturels se confondent et finissent par s’entrelacer, donnant à l’ensemble une cohérence instantanée. « The Seamstress » apporte un côté jazzy confortable et soyeux, tandis que « Sun Of Jean » déploie ses captivants arpèges de harpe sur des voix et rythmes sensoriels et veloutés. Alors que l’on connaissait Loyle Carner habité lors de ses prestations sur les planches, il apparaît ici impliqué dans un quotidien où il se fait discret, observateur avant de devenir acteur de ces moments qu’il immortalise à travers ses chansons. L’auditeur est alors invité à rejoindre la famille qui l’accueille, les bras ouverts, après avoir envoyé son hôte le plus précieux et légitime.

« Yesterday’s Gone » marque rien de moins qu’un tournant indispensable dans le hip-hop d’outre-Manche. Sans jamais tenter ne serait-ce qu’un seul instant de parodier ou imiter d’illustres aînés américains, Loyle Carner crée son propre univers et nous y convie, au moyen d’intermèdes dialogués qui nous confortent dans cette impression de vivre à ses côtés, de partager son vécu et ses tourments. Ayant parfaitement compris la signification première de son art, il dévoile chaque acte de la pièce qui se joue devant nous avec humilité et génie, comme un être habité par son expérience et ressentant le besoin irrépressible de la faire connaître sans jamais s’y apitoyer. L’album est une perle rare et radicalement à l’opposé de la production actuelle ; ce qui en fait, inévitablement, un chef-d’œuvre incontournable et obsédant. Il nous tarde de sentir ce musicien exceptionnel contre nous, lors de prochains concerts qu’on espère prompts à arriver. En attendant, même si hier est parti, aujourd’hui, maintenant et demain, c’est bien en compagnie de Loyle Carner que nous allons passer des soirées et nuits sans sommeil, pour mieux nous lover dans ces pistes réconfortantes.

crédit : Jack Davison

« Yesterday’s Gone » de Loyle Carner est disponible depuis le 20 janvier 2017 chez AMF Records.


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