[Flash #25] Louise Combier, Jacques Air Volt, Black Mountain, The Twin Souls et Ondine Horseas

Pour ce 25e Flash, la beauté mélancolique d’un enregistrement live encadre, en compagnie d’une réflexion écologique raisonnée et magnifique, un souffle de révolution sonore, un son et lumières rock évanescent et cinématographique, et une déclaration d’amour aux guitares qui n’a pas fini de faire parler d’elle…

[EP] Louise Combier – Hacienda Live Session

18 janvier 2019 (Vibrations sur le fil)

L’union idéale et sublime de la fragilité et de la force. En seulement trois titres enregistrés en prise directe, Louise Combier impose une histoire, divisée en autant de chapitres. Elle caresse son piano comme le souvenir omniprésent du désespéré « Au gré du vent », femme laissant la brise lui murmurer les amours éternels et en déshérence. Elle se métamorphose en créature féerique dont les deux visages s’observent afin de mieux se compléter au creux de la symbiose harmonique de « When You Are Old », miroir sans tain d’une âme aux multiples couleurs. Enfin, elle universalise son propos à travers les rues grises mais prometteuses de la cité ; le « Paris » de Paul Eluard pleure et rayonne, gifle et effleure, étiré par la misère quotidienne autant que par l’espoir infime du sauvetage, grâce au regard aimant de l’artiste. On demeure sans voix lorsque l’ultime accord résonne. Louise Combier, poétesse contemporaine de contes aussi cruels que rédempteurs, n’a pas fini de nous hanter.


[LP] Jacques Air Volt – Rêvolt

29 mars 2019 (Bambino Musique)

S’il fallait choisir un seul adjectif pour qualifier le nouvel album de Jacques Air Volt, le premier qui nous viendrait à l’esprit, étonnamment, serait « darwiniste ». En effet, l’écoute intégrale de « Rêvolt », loin d’un simple concept, est une saga humaniste partant des premières bribes de notre planète jusqu’à son extinction, dérives sociales comprises. De « Soleil » aux cinq évolutions progressives du cycle « Corps mouvement », le format guitare/basse/batterie se voit transfiguré par de nombreuses idées créatrices venant se superposer avec justesse sur son langage déjà complexe. Au cœur de ces échanges instrumentaux, de ces voix tantôt naturelles, tantôt industrielles, le chant traverse la nature nue puis les jachères d’une ère post-consumériste, offrant aux multiples détails ciselés dans la pierre noire de cet édifice voué à l’autodestruction des aspérités incisives et immersives, cristallines et acides (les claviers sont d’une importance capitale au fil de l’œuvre). Difficile alors de respirer, tant on est pris à la gorge par les élans charnels et brumeux des terres brûlées de « Rêvolt » ; une utopie aussi merveilleuse que virulente et abrasive.


[LP] Black Mountain – Destroyer

24 mai 2019 (Jagjaguwar)

Ce qui frappe lors des premières secondes d’écoute de « Destroyer », c’est ce son lourd, presque sourd : des basses et blasts appuyés, étouffants, sonnant quasiment comme les balbutiements en home-studio d’un groupe amateur. Mais tout s’efface rapidement devant l’ambition première des Canadiens de Black Mountain : livrer, coûte que coûte, une superproduction rock à taille humaine, portée par les apports lumineux du synthétique (« Closer to the Edge ») et de l’analogique pur et dur (l’apothéose survoltée « High Rise »). Rencontre du cinéma de Michael Mann et des aspirations instrumentales de John Carpenter chahutées par la distorsion et le flanger, « Destroyer » se démarque de ces influences majeures grâce à un travail vocal passionnant entre masculin et féminin, entre chœurs et dépouillement salutaire. L’un des meilleurs albums de ce mois de mai et, sans aucun doute, de 2019. Ou quand le psychédélisme cinématographique rencontre l’essence même des genres saturés. Indispensable.


[EP] The Twin Souls – The Twin Souls

24 mai 2019 (M.A.D./[PIAS])

L’EP éponyme de The Twin Souls est bien loin de se cantonner à une simple promenade de santé, et pour cause ; sachant parfaitement maîtriser un rock à la fois franc du collier et soigné jusqu’au moindre détail, le disque des frères Martin et Guilhem Marcos peut se vanter d’offrir quatre titres ayant digéré leurs influences majeures pour en laisser émerger un style à part, où la mélodie tient une importance capitale, en parallèle d’une énergie taillée aussi bien pour les sillons que pour la scène. « Til I Did » annonce le torrent ininterrompu d’émotions fortes qui portera l’auditeur lors de précieuses minutes, sans pour autant fermer la porte à des introductions plus sereines mais prêtes à se recharger en quelques secondes (« It’s All In Your Mind »). Variant les riffs avec un naturel purement génial, The Twin Souls a bossé durant de longues heures, ce qui se ressent tant dans la production que dans le naturel d’une interprétation entre concision et besoin irrépressible d’éclater. On va suivre The Twin Souls sur la route dans les mois à venir, c’est une certitude ; car, avec un tel respect du public et une ouverture d’esprit bien plus curieuse qu’elle n’y paraît, le projet risque fort de devenir l’une des valeurs sûres de cette fin de décennie. Et des suivantes.


[Clip] Ondine Horseas – Soum’bayo

On le sait depuis quelques mois : le monde court à sa perte. Souvent du fait de l’inconscience humaine, d’ailleurs. Mais la Terre, jamais rancunière, continue à communiquer avec nous, dans ses mouvements de colère comme dans ceux, plus apaisés, plus spirituels, de l’inspiration. Tout au long de « Soum’bayo », Ondine Horseas écrit les lignes d’un hymne altruiste, d’un espoir que d’aucuns jugeront vain, mais que d’autres admireront dans son illustration visuelle. À ce titre, le travail animé de Gia Linh Fabre démultiplie les intentions premières d’une compositrice ralliée à la cause environnementale, sans que cela paraisse dépassé ou inutile. Avec des outils et un regard neufs, le clip se métamorphose en conversation intime : d’un côté, l’individu solitaire, abandonné et isolé du fait de la bêtise d’une société exploitant les ressources jusqu’à l’épuisement. De l’autre, la révolte, silencieuse, méditative et forte de l’animal, de l’infiniment grand. « Soum’bayo » se mue en mantra, en grâce chamanique susceptible, dans un proche avenir, de nous sauver ; de ce fait, les ultimes plans, peints dans le plus noir des futurs, font naître l’action chez le spectateur médusé. Pour nous donner, enfin, l’énergie nécessaire au changement. Notre rôle pour notre planète.

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