[Live] Lost in Limoges 2016, jour 1

Sacré défi que d’imposer, dans le paysage des grands festivals d’été, un nouveau venu ! Vendredi 8 et samedi 9 juillet 2016, portée par des artistes donnant le meilleur d’eux-mêms, par un public ayant plus que répondu présent sous un soleil de plomb, et par l’énergie admirable et sans faille des organisateurs et des nombreux bénévoles pleinement mobilisés du côté de Limoges, dans la ville voisine de Couzeix, la première édition du festival Lost in Limoges a brillamment atteint tous ses objectifs ! De sa programmation pop-rock éclectique globalement impeccable, soignée par l’association Horizons Croisés, à l’accueil parfait et chaleureux des 10.000 festivaliers présents sur le site du Mas de l’Âge deux jours durant, Lost In Limoges a passé avec mention « Très Bien » sa première année. Nous vous proposons, pour commencer, un retour complet sur la programmation du vendredi avec, en têtes d’affiche, Iggy Pop et Nada Surf !

Iggy Pop © Fred Lombard
Iggy Pop – crédit : Fred Lombard

C’est un jeune quatuor pop-rock émergent originaire de Couzeix, Prain., qui avait l’honneur et la mission de contribuer au lancement de la première édition de Lost in Limoges. En plein après-midi, sous une forte chaleur (la crème solaire n’aura jamais autant été de rigueur depuis plusieurs mois), le groupe local aura assuré un set confiant et énergique, dont nous retiendrons d’emblée le chant autoritaire et passionné de Laëtitia et l’enthousiasme partagé du projet. Les compositions du groupe, dans une veine rock alternative à l’américaine, ont su trouver leur public autour d’une prestation investie, mais qui gagnerait à travailler sa singularité et sa diversité. Affaire à suivre, donc.

L’assurance est définitivement l’une des caractéristiques de LizZard. Le trio heavy rock de Limoges impose immédiatement sa fougue et sa sympathie. Emmené par son chanteur Mathieu Ricou à l’allure d’un James Hetfield dans ses plus jeunes années, le trio assure le spectacle en déployant des compositions musclées, à la fois puissantes et mélodieuses. Derrière les fûts, presque masquée par la hauteur de la scène, la batteuse Katy Elwell assure également sa part du spectacle avec des frappes fortes et assurées complétées des lignes de basse implacables de William Knox. Sous le feu des projecteurs et des rayons brûlants du soleil, le chanteur-plaisantin finira torse nu sur scène, tout en revendiquant, amusé, qu’il se serait bien vu finir le concert en string. Entre ses accès de rage et ses axes mélodiques, LizZard aura à la fois convaincu… et diverti les festivaliers.

Un bon quart d’heure plus tard, c’est au tour du quatuor soul rock strasbourgeois Call Me Cherry, emmené par sa chanteuse à la voix sensuelle et rugissante rappelant souvent Selah Sue. Un concert plein de fraîcheur, dansant et groovy, qui se conclura sur un « Hey Hey Hey » fédérateur avec son refrain partagé avec le public en l’invitant énergiquement à frapper des mains. Une prestation certes classique dans la forme, mais qui a participé pleinement à la diversité de la programmation.

Alignés devant la scène, les trois membres de Radio Elvis embarquent Lost in Limoges dans leurs épopées marines et sablonneuses. Une odyssée pop-rock poétique et dandy emmenée par un Pierre Guénard égal à lui-même ; aventureux et aventurier des grandes marées et traversées. Bien poussé par ses deux complices passionnés, Manu Ralambo à la guitare et à la basse et Colin Russeil à la batterie, le groupe rock parisien livre un concert au romantisme sauvage ; un mariage élégant du récit et du voyage. Nous vivrons quelques grands moments avec « La traversée », « Au loin les Pyramides » et « Les moissons », au sein d’un concert ascensionnel marqué par des morceaux de plus en plus énergiques et fougueux, mais dont nous aurions bien aimé être pris de court dès le tout début du set. Radio Elvis reste cependant maître de sa narration, et offre avec brio un récit à l’épilogue haletant et conquérant.

Quel plaisir, quelle joie, quel bonheur immense d’enfin croiser Matthew Caws et sa bande de vieux briscards de l’indie rock ! Le quatuor new-yorkais Nada Surf, au répertoire impérissable dans nos cœurs, marie avec une générosité contagieuse ses éternels hits (Inside Of Love, See These Bones, Blankest Year, entre autres) aux superbes hymnes récents de son nouvel album (Cold To See Clear et Friend Hospital). C’est un moment beau de toute son humanité, de toute sa passion et de toute sa générosité qui ressort de cette prestation bienheureusement offerte par Nada Surf et son chanteur au français exquis et à l’humour d’une rare finesse. Une prestation bienveillante, illuminée par les plus belles chansons du groupe. Un pur moment de simplicité, de partage et de communion fraternelle. Une chose est sûre, la sympathie naturelle de Matthew Caws envers son public français est à l’image de ses chansons ; des hymnes heureux et populaires qui mettent du baume au cœur, même une fois le concert passé. Sourire aux lèvres, nous étions tous des « Happy Kid(s) ».

Après ce set mémorable et émouvant, place à la légende ! L’inusable Iggy Pop, longs cheveux blonds au vent, défile et déboule torse nu sur l’avenue du rock, le diable au corps. La formation live va porter la performance démente de l’incroyable showman qui ne cessera un seul instant d’exciter, à travers ses déhanchés osés et ses postures iconiques, les innombrables rangées de fans qui communient sur son impertinent répertoire. De « No Fun » à « Wild America », le marathonien du Michigan aura dompté le public avec sa fougue légendaire et sa crinière fauve pendant l’heure et demie d’un concert survolté aux tubes en pagaille et à n’en plus finir. Rien qu’avec l’enchaînement brillant de « I Wanna Be Your Dog », « The Passenger » et « Lust for Life », la foule est d’emblée conquise. Elle sera irrémédiablement emportée, sinon happée par les torrents sensuels de cet incroyable performer qui, à 69 ans passés, aura fait tomber la nuit sur Limoges et enflammé la scène de son énergie, allant jusqu’à éclipser ses quatre partenaires l’accompagnant sur scène. C’est dire le charisme du personnage ! Par plusieurs fois, Iggy s’offrira des bains de foule pour approcher et stimuler un public massif venu pour ses beaux cheveux et pour célébrer, en sa compagnie, son incroyable carrière et son influence considérable sur l’imagerie rock. Une performance sidérante de tonicité, de sensualité et de folie. Et quand viendra l’heure du rappel sur « Tonight » et son refrain « Everyone will be alright tonight », nul doute que les 6000 spectateurs de cette première soirée seront tous tombés d’accord avec l’iguane. Un show mémorable !

Passer après l’une des légendes vivantes du rock américain, c’était le défi de taille qui attendait Ambroise Willaume, alias Sage. Le talentueux multi-instrumentiste et chanteur belge mariait délicatement la pop et l’électronique avec un raffinement rare sur son premier album éponyme sorti en mars dernier. Sur la scène de Lost in Limoges, à la guitare ou posté derrière un piano au devant illuminé, puis rejoint par ses deux complices aux machines et à la batterie, Sage conjugue ses délicatesses aux ondes électroniques envahissantes, dans un set aussi sentimental que passionné. De la confidence feutrée du somptueux « In Between » au groove luxuriant d’« August In Paris », il n’y avait finalement qu’un pas à sauter ! « Summer nights / Is it true / Temperature rising / Minds out of tune ».

Pour ne pas oublier qu’un festival est avant tout une fête, c’est en véritable dancefloor que Jabberwocky change l’esplanade du Mas de l’Âge tard dans la nuit. L’electronica efficace du trio poitevin est appuyée par la présence siamoise de deux chanteuses sur scène. Un concert énergique, dansant et très produit qui offrira au public limougeaud ses meilleurs succès : « Pola », « Holding Up » et surtout l’inoubliable « Photomaton ». Une fin de soirée fédératrice, victime malheureuse d’un couac technique qui paralysera quelques minutes l’ultime set de la première soirée du festival pour mieux repartir sous les applaudissements et cris nourris d’un public encore bien debout.

Couronnée de succès, la première soirée de Lost in Limoges aura su compter autant sur sa programmation pop-rock éclectique de qualité emmenée par ses têtes d’affiches internationales et de nombreux groupes français confirmés, que sur un cadre propice au bon déroulement du festival et un accueil sans faille des festivaliers. Et coup de bol des organisateurs, le soleil était grandement au rendez-vous ! La nuit est tombée sur Limoges et nous avons déjà hâte de découvrir la suite de la programmation qui nous est réservée ce samedi…


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