L’Oiseau n’a pas attendu l’âge de l’émancipation (16 numéros à son actif) pour prendre ses aises et ses libertés quant à la mise en valeur de la riche scène culturelle caennaise. Musique avant tout mais aussi théâtre, art contemporain, cinéma et autres actus jalonnent tous les trimestres le magazine, dont le concept joue la carte du transmédia, sans excès, mais avec succès.

Michaël Roth, co-fondateur historique de L’Oiseau, aussi curieux que sensible, rythme la parution au gré des nombreux événements qui agitent Caen mais aussi tout le bassin normand. Une immersion totale dans la créativité intarissable qui anime l’Ouest français.
Chaque numéro est un objet collector en lui-même tant sur le fond que sur la forme, grâce à la mise en page inspirée, fluide et sans cesse renouvelée de Lara Spelsberg, graphiste allemande émérite et autre instigatrice du trente-deux pages. Les articles sont toujours magnifiés par un choix de mise en page et typographique aussi pointu que les crayons qui s’appliquent dans les colonnes.
Une expérience de lecture conçue et voulue riche qui fait de L’Oiseau une source d’informations et d’émotions que l’on ne manque pas d’archiver pour mieux y revenir après en avoir savouré l’intégralité.

À l’occasion de la sortie du numéro 16, qui tire la couverture à Inaniel Swims, Michaël Roth nous parle de sa belle plume du concept de L’Oiseau, qui va même jusqu’à déployer ses ailes pour l’accompagnement d’artistes, la conception de vidéos et de concerts.
Au passage, L’Oiseau te fait gagner des abonnements d’un an et des goodies (voir en fin d’article !)
- Présente-nous L’Oiseau en… moins de 140 caractères !
Michaël Roth : Magazine culturel, papier, 32 pages, bimestriel, régional, associatif, participatif, autofinancé, indépendant, niche, curieux, graphique.
- Qui est à l’initiative du projet ?
L’Oiseau est né en 2012 d’une réflexion entre Lara, graphiste diplômée de l’ESAM (École Supérieure d’Arts et Média) de Caen, et moi-même, Michael, musicien chez Clockwork Of The Moon et Portier Dean.
Aujourd’hui, nous sommes une association comptant une quinzaine de membres. Une belle équipe de rédacteurs qui ont chacun leur patte et leur spécialité, avec lesquels nous construisons la ligne éditoriale de chaque numéro. Il y a aussi les correcteurs, qui nous permettent de ne pas sortir un torchon et les bienfaiteurs, qui nous aident ponctuellement sur toutes sortes de missions.
- Quelles étaient les « motivations » initiales ? Sont-elles les mêmes aujourd’hui ?
Nous vivons à Caen, une petite ville étudiante en Normandie. Une ville en mouvement et en plein développement : les groupes, les structures, les initiatives naissent, se développent, fleurissent ou disparaissent tous les mois. Plus largement, en Basse-Normandie, il y a quatre SMAC et pléthore de festivals de musique, de cinéma, d’art contemporain et pluridisciplinaires tout au long de l’année. Pour les plus connus : Nördik Impakt, Les Boréales, Chauffer Dans La Noirceur, Beauregard, Les Papillons de Nuit, Art Sonic, Cabourg Mon Amour, Le Printemps Balkanique, Jazz Sous Les Pommiers, Le Kino, Le Marathon du Court-Métrage, Off-Courts, ]INTERSTICE[…
Il y a, à Caen et son agglomération, deux très bons et très actifs cinémas d’Art et Essai et, surtout, un certain nombre d’organisateurs indépendants.
Dans un bassin de population comme celui de la Normandie, c’est un terrain de jeu assez important ! Je ne veux pas passer pour un chauvin rabatteur guide touristique, mais j’aime ce qu’il s’y passe et c’est ce qui nous a motivés à créer ce magazine. Ces motivations sont les mêmes aujourd’hui : faire le tri dans tout ça. Présenter, décortiquer, analyser et proposer un certain regard.

- Un magazine sur des groupes locaux, n’est-ce pas réducteur ? Est-ce que cela ne limite pas la portée du magazine ?
Le magazine porte en partie sur les groupes locaux. C’est un axe que nous avons choisi de développer à travers la couverture et une ou plusieurs interviews.
Quant à la portée de ce magazine, je dirais que notre approche est locale, puisque nous présentons majoritairement une partie du paysage culturel normand et que nous vendons notre magazine uniquement en Normandie (à l’exception d’un point de vente à Paris et sur Internet).
Cependant, nous sommes bien conscients que nos lecteurs ne s’intéressent pas uniquement à ce qui se passe chez eux. C’est là que ça peut être intéressant à l’échelle nationale. Par exemple, nous sommes des habitués de la Route du Rock (été/hiver), des Trans Musicales de Rennes, de Levitation France à Angers. Nous proposons souvent, sur la version papier, des décorticages de la programmation et, sur notre site Internet, des reports. Nous écrivons aussi des articles documentaires. Dernièrement, nous avons réalisé un « guide de survie sur Internet », avec quelques sites cools pour traîner sur la toile, ou encore des présentations de labels français cultivant la musique indé…
- Comment interagissez-vous avec les groupes normands ?
Comme je le disais précédemment, Caen est une petite ville. La plupart des groupes dont nous parlons fréquentent les mêmes lieux que nous, sans compter les musiciens avec lesquels je joue, et les amis. Ce sont donc les rapports humains qui dominent dans cette interaction.
On a même un vrai faux « club de foot » – le RC Kim Novak – rassemblant certains groupes de Caen et acteurs culturels, avec lesquels on tape la balle le mercredi ! Tout se fait donc de manière très simple et informelle. Quand on est intéressé par un groupe pour une interview ou pour la couverture, on s’appelle et on en cause autour d’une bière.
Depuis peu, nous venons de diversifier notre activité de presse en créant l’Oiseau Productions. Cela me permet de travailler ponctuellement avec le service accompagnement du Cargö (SMAC de Caen) et au développement de Portier Dean sur le booking. Je file également un coup de pouce quand je peux à Grand Parc, qui est maintenant bien entouré.
J’ai toujours eu envie d’accompagner des groupes dans leur développement, en partageant des points de vue, des idées et en montant des tournées. Ça m’éclate.
- Sans se fâcher avec personne, quels sont les projets qui t’excitent le plus actuellement, sur lesquels tu parierais ?
Ça dépend de quoi on parle… De musique ou de business ? Si c’est musical, je suis un fan ultime de Grand Parc. Si c’est pour savoir qui va devenir le prochain Stromae, je m’en contrefous !
- Comment vois-tu la place d’un magazine papier au sein du tout numérique ?
Nous avons fait le choix du papier, car ça sent bon et parce que c’est agréable de lire un magazine dans un endroit chaleureux ou dans un moment de flottement. Même si nous sommes dans une période de dématérialisation et de populisme numérique, nous croyons en sa survie. C’est bien le cas pour le vinyle !
Nous sommes également sur Internet, car c’est aujourd’hui indispensable pour communiquer. Comme nous sommes un magazine bimestriel, nous proposons des sujets culturels d’actualité, des reports ou des chroniques de cinéma sur notre site Internet.

- Quels sont les plus-values, les éléments différenciateurs ?
Pour ce qui est des plus-values, je pense que le fait d’être en association nous permet d’agir librement. J’ajouterais que nous ne sommes pas que spectateurs, mais aussi activistes, en proposant notre propre programmation.
Notre singularité se joue essentiellement au niveau local, car nous n’avons pas de concurrent. À l’échelle nationale, ça se joue sur notre approche et le choix des sujets.
- Avez-vous des soutiens, des aides, des anges bienfaiteurs ?
Que des anges bienfaiteurs : nos lecteurs, notre équipe et nos annonceurs.
- Géographiquement proche (mais pas que) de l’Angleterre, avez-vous des velléités de faire un pont avec vos voisins rockers ?
C’est vrai que nous sommes proches de l’Angleterre. J’adorerais passer une semaine à Brighton, parler de sa faune ou faire un compte-rendu du Great Escape, mais les finances nous en empêchent. Par contre, il ne nous est pas impossible de programmer des groupes anglais ou de faire jouer les groupes qu’on soutient là-bas.
- Avez-vous envie d’aller au-delà du mag (compilations, festival, tremplin, live session, concerts à emporter, etc. ?)
Je parlais précédemment de soirées concerts et de l’Oiseau Productions ; c’est le genre d’initiatives qui nous intéressent. Mais il ne faut pas tout mélanger : nous sommes plutôt de ceux qui se disent « faisons ce que nous savons faire ! » Nous avons déjà réalisé une compilation en édition limitée, en partenariat avec Combien Mille Records (le label de Superpoze). Une nouvelle pourrait arriver prochainement, avec un autre label qu’on apprécie. Nous avons également pensé à la vidéo, mais nous attendons de rencontrer la personne avec qui ça fonctionnera humainement et professionnellement.
Faire les choses bien ou ne pas les faire du tout !
- Si L’Oiseau devait sortir une campagne de pub, quel en serait le slogan ? Le visuel ?
Pas de slogan, juste le logo. Mais on ne peut pas se le permettre actuellement !
- Vous vous voyez où dans dix ans ?
Pas le temps de se poser cette question, nous sommes bien trop occupés !
Pour fêter la sortie du numéro 16 de l’oiseau, gagne un pack spécial comprenant 1 abonnement d’un an au magazine, 1 totebag exclusif de Inaniel Swims et 1 gravure numérotée en tirage limité à 44 exemplaires de Sorry Sorrow Swims.
Les gagnants du jeu sont :
Jonathan T. de Fécamp
Jules G. d’Éterville
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