Nous savions les Californiens loin d’être à court de textures accrocheuses, de percussions hyperactives et d’harmonies à trois voix qui ont façonné dès « Gorilla Manor » ce pour quoi nous courons après. Nous les attendions tout de même depuis trois ans, affriolant de la moindre nouvelle, rendue publique en avril dernier lors d’un concert-surprise à San Francisco, où les heureux présents avaient pu découvrir le morceau « Past Lives », avant-goût extatique de l’entier « Sunlit Youth ». Ce troisième album est sans étonnement ou nouveauté apparente, mais est-ce vraiment un leurre ? Pas du tout, et c’est là que tout le génie de Local Natives prend forme : garder sa singularité coûte que coûte. Les cinq irréductibles continuent donc de nous captiver depuis 6 ans, nous émerveiller et nous galvaniser cette fois de plus avec un branlement de rythmes et de couleurs qui prônent la vie et la jeunesse.

Le précédent opus, « Hummingbird », qui avait quelque peu baissé la tension du projet, mais qui n’en restait pas moins bouleversant de sensibilité. Quand certains y voyaient un début de revirement, d’autres soulevaient la question de l’honnêteté et de la confession de ses auteurs. En effet, « Hummingbird » fut inspiré par la mort de la mère de Kelcey Ayer (chanteur, claviériste et percussionniste du groupe) et par le départ de leur bassiste Andy Hamm. Au moment de la sortie, Kelcey déclarait : « Nous n’avions pas l’intention de faire un album sombre ou triste, mais nos écrits sont basés pour la plupart sur nos propres expériences. Cet album est une sorte de fenêtre qui donne sur les dernières années. » Cette déclaration affiliée à leur manière alternative d’amener la musique pop-rock fut détonante, contemplative et poignante, et des morceaux comme « Heavy Feat » et « Bowery » forcent encore l’admiration.
Les cinq compagnons vont mieux à présent et s’alignent désormais sur la musicalité de leur premier album. « Sunlit Youth » est simplement excitant, dans le premier sens du terme. Littéralement traduit par « jeunesse ensoleillée », l’album est une suite d’hymnes à ces moments de la vie où tout devient possible, accompagné par le soleil californien bien connu de ses semblables. Cet univers découle de l’intention première du groupe : « Le lot d’excitation dans la fabrication de ce nouvel album provient du questionnement à entreprendre différemment l’écriture des chansons », déclare Ryan Hahn (chanteur et guitariste). « Tu commences à penser « Qu’est-ce que tu veux entendre ? », en oubliant ce tu as fait auparavant et ce que les gens attendent. C’est dans cette optique que nous avons composé notre musique cette fois. Nous voulions que toutes les chansons aient une énergie différente pour vraiment nous remettre en question à chaque fois sur ce que nous faisions. »
Les images fusent alors. Palmiers, motel, piscine, bitume brûlant et coucher de soleil ahurissant : la recette est claire et redoutablement efficace. Néanmoins, ce cliché superficiel semble cacher une sensibilisation sérieuse sur le déclin et l’illusion d’une jeunesse en perte de repères – ou encore pour les trentenaires qui restent bloqués dans l’entre-deux. Mais musicalement, comme pour conjurer le sort, Local Natives fait de nos obstacles de sublimes errances vivifiantes, réels mirages d’une absolution naïve et vaporeuse comme le présenterait peut-être Sofia Coppola dans ses œuvres cinématographiques, avec tout de même un peu moins de mélancolie. C’est avec toutes les secousses enivrantes de « Villainy », « Fountain of Youth » ou encore « Mother Emmanuel » que le quintette californien aspire pour chacun d’entre nous la possibilité de s’accomplir pleinement, de réaliser ses rêves.
« Cet album est optimiste et rappelle ce sentiment que nous – en tant qu’individu et société – avons le pouvoir d’avoir la vie que nous souhaitons. Il est exubérant et joyeux, mais je pense que nous avons maintenant une conscience de soi en ce monde que nous ne pouvions pas avoir à 20 ans lors de notre premier enregistrement. Nous nous rendons compte qu’il y a une nature cyclique et une nouvelle perspective dans tout cela. Cet album fait face à ces réalités et possède cette vision optimiste de la façon dont le monde fonctionne. » Il sera peut-être réducteur et simpliste de dire que l’ensemble donne de l’espoir, un réel espoir et un bonheur immense. C’est le plus important, « Sunlit Youth » est une fontaine de jouvence.

« Sunlit Youth » de Local Natives, sortie le 9 septembre 2016 chez Infectious Music.
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