[EP] L’Impératrice – Sonate Pacifique

L’Impératrice, c’est avant tout un très beau nom. Riche non pas de la situation de son mari, L’Impératrice a bien plus. Mariée à Cracki Records depuis 2012, elle s’épanouit dans un univers propice à sa langueur monotone. Faite cocue par les très bons Isaac Delusion ou encore Apes & Horses, elle ne s’en plaint pas mais serait plutôt du genre à y trouver une sorte de contentement, une source d’inspiration même. Il suffit de jeter un coup d’œil à ses reprises des premiers suscités, celle notamment de Supernova.

Son premier EP perçait en 2012 avec entre autres le titre éponyme « L’Impératrice » – à croire qu’elle se démultiplie pour le bonheur de nos sens : celui d’une musique majestueuse qui s’insère dans un univers taillé sur mesure.

Il suffit de goûter la pochette de ce second EP « Sonate Pacifique » pour le croire : qui ne voudrait pas l’exhiber dans son salon à côté d’une belle platine Thorens ?
Ce disque transpire surtout une atmosphère. Fort de ses vingt-six minutes, ce petit bateau-taxi-bijou transporte parmi des années de références musicales plus hétéroclites les unes que les autres.

L'Impératrice - Sonate Pacifique

Entrée dans un corridor noir aux lumières lointaines et bleutées. Un synthé en descente tape une rythmique égarée dans les hautes sphères d’une dimension invisible à nos yeux.
Sur « A View To a Kill », les mots sonnent comme une énigme dont on ne trouverait pas le fin mot. La subtilité de Air dans une construction séculaire. Chaque instrument vient s’agglomérer à une cause meilleure, celle de l’harmonie musicale. Ce n’est pas facile à écouter mais au diable la facilité ! Cette musique est cérébrale, elle est construite sur des dizaines d’étages où chaque note a sa place. Pour reprendre cette magnifique pochette, on peut imaginer l’album comme une vague millénaire, celle décrite par Saint-John Perse dans « Amers » :

« … Étroits sont les vaisseaux, étroite notre couche.
Immense l’étendue des eaux, plus vaste notre empire
Aux chambres closes du désir.

Entre l’Été, qui vient de mer. À la mer seule, nous dirons
Quels étrangers nous fûmes aux fêtes de la Ville, et quel astre montant des fêtes sous-marines
S’en vint un soir, sur notre couche, flairer la couche du divin.

En vain la terre proche nous trace sa frontière. Une même vague par le monde, une même vague depuis Troie
Roule sa hanche jusqu’à nous. Au très grand large loin de nous fut imprimé jadis ce souffle…
Et la rumeur un soir fut grande dans les chambres : la mort elle-même, à son de conques, ne s’y ferait point entendre ! »

Tout le disque ne sera que ça, une longue et lente construction qui finit par fracasser les rochers dans un sublime ralenti. Voilà pourquoi cette sonate est pacifique.

Survient alors « Aquadanse ». On est dans le funky nébuleux, sorte de mélange baroque entre ces synthés qui évoqueraient un certain Richard Wright pour l’étrangeté de sa démarche ou Nile Rodgers pour cette guitare qui claque. On ne sait pas trop quoi en faire, dans une ambiance mortifère mais en même temps dansante. Vous en conviendrez, danse macabre que cette Aquadanse. Un subtil et étrange mélange qui n’a pas froid aux yeux.

« Sonate Pacifique ». La Sonate est majuscule, pas son message de paix. Sans doute avons-nous affaire à Loïc Fleury, chanteur d’Isaac Delusion. L’ambiance est la même, une voix onirique assise sur des instruments qui le sont tout autant. On se croirait dans une église, ou alors en pleine apothéose, littéralement, au moment où l’empereur romain est divinisé. Lors de l’ultime étape durant laquelle ce dernier devient le bûcher, un aigle s’envole, emportant son âme vers le divin royaume. Ce serait kitsch, mais regardez bien ce rapace, suivez-le plutôt, et voyez comme il se meut dans les airs. Il ne danse évidemment pas au rythme de cette guitare sympathique, il ne fait que voler, mais avec une telle grâce ! Sa majesté L’Impératrice en est désormais là, au Panthéon créé expressément pour les productions de Cracki Records, un petit coin de paradis dans un monde de brutes. Sa paix est éternelle.

Dans la veine de Disclosure, même si nous ne sommes évidemment pas dans le même état d’esprit, « Naufrage en Adriatique », nous couche sans doute du côté de Lampedusa. L’esprit est d’abord égaré, à la recherche de repères. Toujours ces vagues, cette vague plutôt, au-dessus  de laquelle plane un clavier, une batterie à ses côtés. Perdu sans doute, mais il reste dans la mémoire de cet égaré cette perle funky. Pauvre de tout, il conserve son imagination, celle qui débite les sonates, qui fait d’une simple vague le début d’une épopée vers l’infini et (l’)au-delà.

La touche finale sera pour ce morceau-fleuve, cette sonate qui revient nous chatouiller les oreilles mais en restant muette cette fois-ci, sans voix. L’instrumentale fonctionne toujours, les sensations sont là.

L'Impératrice

Avec L’Impératrice, vous côtoierez une majestueuse musique. Une musique qui occupe l’espace et les sens et élèvera vos pensées. Noble, travaillée et sonnant toujours juste, elle reste sans doute un peu jeune, comme un vin qui se voudrait tannique, mais nul doute qu’il s’agit là d’un nectar prometteur, issu d’un domaine qui monte. Tout est là pour vos yeux, vos oreilles et les autres sens qui se seraient perdus en chemin. Laissez-les se faire guider par cette grande dame à travers l’Océan Pacifique car à ce qu’on dit, les voyages forment la jeunesse.

« Sonate Pacifique » de L’Impératrice est disponible depuis le 22 septembre 2014 chez Cracki Records.


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