Recélant des merveilles d’électro-pop à la fois douces et multiples, « Sauna » de Leyya dépoussière un genre qui en avait bien besoin, tout en lui ouvrant la voie vers des expériences sonores osées et magnifiques.

On connaissait Leyya à travers ses clips bercés de simplicité, de débrouillardise, d’intelligence scripturale et d’une émotion immédiate. Un génie de la mise en scène artistique, sonore et plastique qui devait nous aider à pénétrer dans le monde acidulé et sensitif de Marco Kleebauer et Sophie Lindinger, où couleurs, saveurs et expériences servaient de base immuable à leur sens inné et passionnant de la composition. Il faut donc admettre que l’on attendait « Sauna » avec une impatience non feinte, tant leurs récentes élucubrations mélancoliques, épicées d’un léger soupçon d’humour noir, nous tendaient les bras pour nous permettre de saisir l’album au vol, une fois celui-ci disponible. Et il faut bien avouer que l’opus est une formidable réussite qui réconciliera aussi bien les fans de pop que ceux, plus scrupuleux, de musique électronique ; mais pas seulement. Car « Sauna », dans ses structures, ses arrangements et son ingéniosité, est un exemple parfait de maîtrise harmonique et mélodique qui fera très certainement date, pour peu que sa place majeure dans l’industrie actuelle lui soit accordée ou édifiée par les auditeurs qui y prêteront attention.
« Drumsolo » nous avait déjà subjugués, alliant une énergie folle à des beats trip-hop bientôt rejoints par les pulsations lentes et langoureuses d’une batterie et d’une basse jouant à cache-cache avec le chant ; une mise en bouche qui ne laissait pas présager des multiples secrets disséminés un peu partout dans « Sauna ». D’instrumentations faisant de l’organique une pure source revitalisante (le solo de « Zoo » et la guitare affirmée et en roue libre de « In Your Head ») à des mouvements plus amples et soyeux (« Solitude (I’ve Never Been Fun) »), Leyya s’amuse, court parmi les notes et les portées dans une mémorable extase. Et n’hésite pas à convier le calme et la colère sur le superbe « The Fall », piste électrique et convulsive qui nous porte autant vers les sommets qu’au bord de l’abîme. Dans ces écarts de conduite magnifiques et savants, le duo n’omet pourtant pas de livrer quelques titres véritablement ancrés dans leur époque, comme ce « Heat » qui nous reste en mémoire longtemps après son écoute, ou le paisible et réconfortant « We Did OK ».
« Sauna » est un disque demandant une attention de tout les instants, mais créant, dans l’âme de l’auditeur, une sensation lumineuse de bien-être et de consolation. Leyya nous aide à dériver, soit dans les vapeurs aveuglantes de sources chaudes, soit dans les propres mondes brûlants de notre imaginaire. Immanquable.

« Sauna » de Leyya est disponible depuis le 26 janvier 2018 chez LasVegas Records / Plus One Record.
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